INTRODUCTION XV
nécessaire pour briser leurs chaînes et les aider à supporter la vie.
Voyez ces deux hommes, au milieu des sociétés les plus brillantes et les plus fières, par exemple, à Athènes ou à Rome. Ils représentent la dégradation morale et physique avec tout ce qu'elle a de plus triste et de plus repoussant. Objets d'effroi et de mépris, ils sont traités comme de vils animaux en attendant qu'ils soient condamnés au dernier supplice: mornes et désespérés, l'un enfermé dans son cachot, l'autre penché sur son instrument de travail, en proie aux plus sombres pensées, sans espérance, sans amour, ils ne songent même pas à la délivrance ; quand un écho affaibli leur apporte le bruit lointain des fêtes mondaines, ils se rappellent qu'ils n'ont pas de place dans la société de leurs semblables. S'ils perdent la conscience de leur état et le sentiment de leur misère, c'est qu'ils sont arrivés à l'insouciance dans le crime et à l'abrutissement dans l'esclavage. Ils ne peuvent descendre plus bas.
La société païenne n'a plus alors qu'une ressource : elle envoie au criminel ce personnage étrange que nous nommons le bourreau et que Joseph de Maistre appelle « l'horreur et le lien de l'association humaine (1) » ; elle attache aux flancs de l'esclave un tyran impitoyable, armé du fouet et du bâton. Elle tue ou opprime ceux qu'elle ne peut dompter.
(1) Soirées de Saint-Pétersbourg , t. I, premier entretien.