CHAPITRE II
Le Travail, l'Industrie et le Commerce.
La propriété du sol est la première base de la richesse ; le travail, l'industrie et le commerce en sont les sources immédiates : sans ces trois facteurs, la propriété serait improductive. Or, si l'Eglise se préoccupe avant tout de conduire ses enfants à la patrie céleste, elle a toujours admis que l'usage modéré et sage des biens d'ici-bas est un moyen de travailler avec plus de liberté à la sanctification de son âme. Léon XIII ne disait-il pas naguère qu* « une certaine mesure de biens matériels est nécessaire à l'ouvrier pour mener une vie vertueuse? » Si, dans ses préoccupations, l'Eglise a placé la richesse au dernier degré, comme il convient, elle n'a pas oublié que ce degré a aussi son importance, et que l'échelle de la civihsation, pour être complète, doit comprendre aussi ce dernier échelon. Il suffira, pour s'en convaincre, de parcourir rapidement les annales du travail et l'histoire du progrès de Tindustrie depuis l'avènement du Christianisme : partout on rencontrera la main bienfaisante de TEghse.
Et d'abord, l'EgHse a toujours encouragé le travail, et très spécialement le travail manuel. Pour le mettre en honneur, elle
dut s'attaquer primitivement à un préjugé très enraciné dans l'ancien monde.
Chez les peuples de l'antiquité, le travail manuel était méprisé. Aristote le proclamait illibéral (1) ; Platon lui infligeait la même épithète (2). Les ouvriers n'étaient pas même regardés par les Grecs comme dignes du nom de citoyens ; on les assimilait, ou peu s'en faut, aux esclaves. Selon les idées reçues dans cette société si policée et si brillante, l'homme libre, en possession de tous ses droits, ne travaille pas ; il ne s'applique même pas aux arts libéraux ; il doit, comme homme libre, se montrer dans les théâtres, et faire étalage de son éloquence et de son oisiveté dans les assemblées.
A Rome, mêmes doctrines antisociales. Gicéron méprise le travail à tel point qu'il considère les ouvriers comme des barbares et des gens de rien (3).
Térence, qui est un bon témoin des idées reçues à Rome de son temps, laisse entendre que, pour être respecté et honoré, il fallait n'être pas obligé de travailler pour vivre (4). Juvénal nous apprend quelle était l'occupation la plus chère aux Romains libres : « Ramper ou être insolents avec les riches, pour en obtenir du pain ou des amusements sanguinaires (5). »
« Telle a été, dit Léon XIII, la condition du travail chez les deux peuples les plus cultivés de la gentilité, et, en dehors de ces peuples, le travail n'a jamais été honoré davantage, et il ne l'est pas maintenant encore là où l'Evangile n'a pas été accepté* Gomme les vieux Germains, décrits par Tacite, qui avaient le tra-
(1) Politique, III, 3 ; VIII, 2.
(2) De Repuhlica, 2.
(3) Quœst. tuscul., V, 36.
(4) Eum., II, 2.
(5) Satires, X, 18.
vail en horreur, de même, de nos jours, nous voyons se perpétuer la même antipathie chez les peuples privés de la lumière de l'Evangile. Dans l'Inde, un brahmine, c'est-à-dire un homme appartenant à la classe la plus élevée, se croirait souillé s'il touchait seulement un paria. Les sauvages de l'Amérique du Nord s'abstiennent du travail qu'ils imposent aux femmes, lesquelles sont traitées comme des esclaves ; et si nous devons mentionner une fameuse Revue, même au miUeu de nous, qui sommes arrivés néanmoins à une si grande culture, le travail n'est guère honoré qu'en paroles, et tandis que Ton s'incline devant le riche, on ne fait pas bon visage à ceux dont les mains se durcissent au contact des instruments de travail (1). »
Ce n'est pas seulement un préjugé que l'Eglise eut à combattre à l'origine. Pour divers motifs, les faits étaient d'accord avec les doctrines. En Italie spécialement, le despotisme des empereurs avait découragé le travail en rendant la propriété incertaine. Autant il y avait de possesseurs expulsés ou émigrés, autant il y avait d'artisans désœuvrés, vagabonds, fuyant d'autant plus le champ et l'atelier qu'on voulait les y ramener de force. Esclaves ou libres, colons ou émancipés, tous étaient rebutés du labeur, parce que le labeur ne promettait rien de certain.
Pour combattre ces vieilles erreurs, aussi funestes à la prospérité matérielle des Etats que contraires à la saine morale, il fallait un enseignement qui vînt de haut ; l'Eghse oppose aux maximes des philosophes l'exemple de Jésus-Christ, vrai Fils de Dieu, qui voulut être soumis à un pauvre artisan de la Galilée, et ne rougit pas lui-même, dans l'atelier de Nazareth, d'appliquer à l'outil sa main bénie.
(1) L" Eglise et la Civilisation, traduction de M. Lapeyre, p. 17.
360 l'église et le progrès matériel
Pour combattre Tapathie et le découragement produits par les abus d'un régime despotique, il fallait prêcher d'exemple. L'Eglise y excella.
Saint Paul, au sortir d'Athènes, rencontre à Gorinthe un juif nommé Aquila, originaire du Pont, expulsé de l'Itahe avec Priscille, sa femme, par ordre de l'empereur, qui a prescrit à tous les juifs de s'éloigner de Rome; il se joint à eux parce qu'ils exercent le même métier que lui, partage leur demeure et travaille avec eux (1); plus tard, parlant de son labeur auxThessaloniciens, il leur conseille de travailler de leurs mains comme lui. Il a voulu, dit-il, donner un exemple à imiter. Ayant appris que quelques-uns d'entre les fidèles jettent le trouble parmi leurs frères, <( ne faisant rien et se mêlant de tout, nous ordonnons à ceux-là, dit l'Apôtre, et nous les conjurons par Notre-Seigneur Jésus- Christ de manger leur pain en travaillant en silence. »
Enfin, il écrit aux Corinthiens : « Nous travaillons avec beaucoup de peine de nos propres mains. On nous maudit, et nous bénissons ; on nous persécute, et nous souffrons. » Tel est le chrétien parfait. La résignation, chez lui, remplace la révolte. Il mange en paix le pain quotidien qu'il demande à genoux au Père commun des hommes, et, si ses frères le lui refusent, il meurt en priant pour eux.
Lorsque l'Eglise eut conquis sa liberté sous Constantin, et put enfin ouvrir toutes grandes les portes de ses monastères aux âmes afi'amées de solitude, elle se trouva exposée à un péril nouveau, celui de devenir le refuge de tous les oisifs, volontaires ou involontaires, que le défaut de sécurité avait éloignés du travail manuel.
(1) Leur métier consistait à faire des tentes de cuir pour les gens de guerre.
LE TRAVAIL, l'iNDUSTRIE ET LE COMMERCE 361
L'esclave, le fugitif, le colon émigré, vinrent frapper ou aux portes du monastère, ou à celles de l'Eglise. Ils venaient chercher là une vie pauvre, sans doute, mais protégée, oisive même, selon l'espérance de quelques-uns. Sous le froc du moine, ils se flattaient que ni le maître, ni l'agent du fisc, ni l'officier de César, ne les retrouverait pour les ramener à l'ergastule, à la charrue, à la curie.
L'Eglise ne tarda pas à faire disparaître ce malentendu. D'abord, par respect pour les droits du maître, elle ferma ses portes à l'esclave ; par respect pour les droits de la cité, elle refusa d'admettre le décurion ; en un mot, elle renvoya impitoyablement tous ceux qui étaient débiteurs d'un travail, astreints à une servitude, serfs de l'homme ou de TEtat. De plus, loin de faire de la cellule l'asile de la paresse, elle prétendit que le travail y fût plus rude, plus constant, plus sévèrement exigé qu'ailleurs.
L'évêque d'Hippone, Valère, voyait son diocèse encombré de ces étranges prétendants à la vie cléricale ou monastique. Il chargea son prêtre Augustin de leur montrer sous son vrai jour l'avenir qu'il leur réservait.
Saint Augustin mit rudement le doigt sur la plaie : « Vous êtes, dit-il, des pauvres, des laboureurs, des artisans, qui avez déserté le travail pour le monastère, des esclaves qui avez abandonné le service du maître pour le service de Dieu. Vos maîtres vous ont affranchis ou vous ont promis l'affranchissement pour vous faire entrer dans le cloître. Vous exclure du cloître eût été sans doute une grande faute, car bon nombre d'illustres saints sont sortis de ces humbles professions. Mais, dites-le-moi, êtesvous venus dans le seul but d'embrasser le service de Dieu? ou bien, las d'une vie pauvre et laborieuse, n'avez-vous pas seulement
362 l/ÉOLISE ET LE PROGRES ^lATKRIEL
cherché à être nourris et vêtus sans rien faire, et de plus à être honorés par ceux qui vous noéprisaient autrefois?... Que ceux d'entre les moines qui font le service de l'autel, qui dispensent les sacrements, soient exempts du travail, je Tadmets... Que ceux qui, dans le siècle, pouvaient vivre sans travailler, qui se sont convertis à Dieu et ont donné leurs biens aux pauvres, qu'une éducation un peu meilleure, comme on le dit, mais plus molle, a rendus incapables du travail corporel, que ceux-là s'en exemptent, je le veux bien encore. Et cependant si la force corporelle ne leur manque pas, s'ils n'ont pas des charges dans l'Eglise, ils feront bien de travailler, ne serait-ce que pour laisser sans excuse ces paresseux qui ont quitté pour le cloître une vie plus infime et plus laborieuse : ils feront en cela un plus grand acte de miséricorde que lorsqu'ils ont partagé entre les pauvres tout leur bien... Leurs forces les trahissent-elles, ils feront bien do s'astreindre à quelque tâche qui exige, non la fatigue corporelle, mais le soin et la vigilance, afin qu'eux non plus ne mangent pas leur pain gratuitement.
« Mais vous, qui avez reçu une éducation plus dure, c'està-dire plus heureuse, vous ne voulez pas imiter les riches du siècle qui deviennent souvent des ouvriers laborieux ! Il y aura dans les cellules des sénateurs travaillant de leurs mains, des ouvriers au repos ! Là où le possesseur de la terre vient pour mener une vie humble et pauvre, le paysan viendra pour mener une vie douce et commode (1) ! »
Saint Augustin propose aux moines africains l'exemple des anciens monastères d'Orient : « Là, dit-il, personne ne possède rien en propre, et personne n'est à charge à personne. Les reli-
(l) De oper. monach., 22.
LE TRAVAIL, l'iNDUSTRIE ET LE COMMERCE 363
gieux se livrent à un travail qui assure leur nourriture et ne détourne pas leur pensée de Dieu. L'étude elle-même ne nuit pas au travail. Ils filent de la laine ; ils font leurs vêtements ; ils donnent l'habillement aux frères qui leur donnent la nourriture (1). »
Les autres Pères font entendre le même enseignement : « Soyez toujours occupés à quelque travail, dit saint Jérôme, pour que le diable ne vous trouve pas oisifs. Faites des corbeilles de jonc, sarclez la terre, tracez des sillons égaux dans lesquels vous sèmerez des légumes et où vous ferez couler une eau vive. Greffez des arbres, fabriquez des ruches, faites des filets. Ecrivez des livres, afin que le moine gagne de quoi vivre, en même temps que Tâme se nourrira de salutaires pensées (2). »
« Quoiqu'il vaille mieux, dit saint Basile, que le moine travaille dans sa cellule, cependant, s'il est contraint de travailler en plein air, la sainte philosophie dont il fait profession ne sera point un obstacle à ce labeur. Dans les marchés, sur les places publiques, dans les assemblées, sur les montagnes, dans les champs, dans la foule du monde, le sohtaire se renferme au dedans de luimême comme dans un monastère que la nature lui a donné, et ne médite rien qui ne soit digne de l'excellence de son état (3). ))
Ce n'est pas seulement aux moines que l'on fait une obligation du travail manuel. Les clercs sécuhers, au moins ceux qui sont dans les ordres inférieurs, sont vivement engagés « à s'assurer par leur travail le vivre et le vêtement plutôt que de les demander à l'Eglise (4) », afin de laisser intact le patrimoine des pauvres.
(1) De tnoribus Eccl. cathoL, I, 31.
(2) Ad Rusticutn monach.
(3) Constit. monast.y 5.
(4) Saint Basile.
3Gi l'église et le progrès matériel
Du reste, si en Occident les soucis de l'audience épiscopale et le travail de la prédication empêchent l'éveque de se livrer au travail des mains, l'Orient a conservé, à cet égard, les coutumes primitives. Un recueil de Constitutions qui paraît appartenir au iii^ ou au iv° siècle, et qui recommande aux jeunes clercs l'assi- -duité au travail personnel, fait mention de cet usa^^e : « Nousmêmes, disent les évêques, nous qui sommes voués à la parole évangélique, nous ne négligeons pas les œuvres manuelles ; quelques-uns de nous sont pêcheurs ; d'autres cultivent la terre, nul n'est oisif. »
Saint Basile loue un prêtre indigent qui vivait du travail de ■ses mains ; il interdit le commerce aux clercs, mais il leur conseille d'exercer un métier. Saint Spiridion, évêque d'une bourgade de l'île de Chypre, continuait, comme avant son ordination, à garder son troupeau. Saint Zenon, évêque de Majume, âgé de cent ans, faisait encore des habits de hn qu'il vendait pour sa nourriture et pour celle des pauvres. Ces évêques d'Orient, qui avaient souvent pour cité épiscopale un village, et pour troupeau spirituel un petit nombre d'artisans, ne rougissaient pas de faire ce qu'avait fait saint Paul.
Mis en honneur par le clergé, le travail manuel fut bientôt <3onsidéré par les laïques fervents comme une œuvre pieuse, compagne nécessaire de la prière et d'une vie réglée. Nombre ■de chrétiens, nés de familles opulentes, apprenaient un métier, afin de pouvoir laisser leur patrimoine aux pauvres, en gagnant eux-mêmes leur pain à la sueur de leur front. Les noms de saint Crépin et de saint Crépinien sont assez connus. Dans les principales villes d'Italie, il se formait des ateliers pieux, où des hommes sous la conduite d'un prêtre, des veuves et des vierges gouvernées par une femme d'un âge mûr, jeûnaient, priaient.
travaillaient, demandaient à une profession manuelle leur subsistance quotidienne.
Qu'on veuille bien se rappeler qu'à l'époque où l'on entreprenait cette courageuse réhabilitation du travail manuel, les campagnes de l'empire romain, dépeuplées par les vexationsimposées aux colons et par les invasions des barbares, étaient presque partout en friche, et l'on jugera de l'importance sociale de cette initiative prise par les moines. D'après Rufin, l'Eghse comptait, à la fin du iv° siècle, presque autant de moines qu'il y avait d'habitants dans les villes ; il y en avait cinquante mille, au dire de saint Jérôme, présents chaque année à la réunion annuelle de la seule règle de saint Pacôme ; la seule cité d'Oxyrrynchus en comptait vingt mille ; cinq mille habitaient la seule colline de Nitrie ; dix mille obéissaient au seul abbé Sérapion, à Arsinoé. Dans cette foule de travailleurs, il y avait des gens de tout état : tailleurs, corroyeurs, boulangers, tisserands, mais surtout laboureurs, soit sur leur champ, soit sur le champ d'autrui, ne craignant pas même de louer leurs bras pour scier les blés au sein de la moisson. N'étaient-ce pas là des recrues envoyées par la Providence pour faire reparaître sur la surface désolée de l'Empire quelques épis et un peu de verdure ?
Nous admirons les prodiges de simplicité et de courage accomplis par les moines des contrées d'Orient ou des pays soumis aux Romains. Cependant leur tâche était relativement aisée, car ils n'avaient qu'à remettre en valeur une terre bien des fois retournée déjà par le tranchant de la charrue. Que dire des services rendus à l'agriculture par les premiers religieux qui pénétrèrent dans les forêts de la Germanie ! C'est là qu'il faut se reporter par la pensée pour apprécier à leur juste valeur les bienfaits matériels des institutions monastiques, que M. Mignet
appelle avec raison la concentration du Christianisme à son plus haut degré.
Quelle énergie persévérante ne fallait-il pas pour s'enfoncer dans ces forêts aux futaies gigantesques, sombres et impénétrables qui enveloppaient la partie la plus fertile de l'Europe moderne d'un vaste réseau de silence et de ténèbres, dans ces halliers de ronces et d'épines, d'une épaisseur formidable, qui arrêtaient à chaque instant le voyageur, ou déchiraient ses membres de mille plaies ! Quelle confiance en Dieu ne fallait-il pas pour aller ensevelir sa vie au miUeu de marais et de tourbières enveloppées d'une atmosphère humide et insalubre, imprégnée de miasmes pestilentiels, et cela sans instruments aratoires, sans même le secours d'animaux domestiques !
Aucun obstacle, aucun danger n'arrête le moine. S'il faut se glisser à travers des épines acérées, ramper sous des branches entrelacées ou à travers des sentiers tortueux pour découvrir quelque sombre caverne dont il fera sa demeure, il est prêt. « C'est, dit Montalembert, en approchant à genoux d'un tel repaire, dont les bêtes féroces elles-mêmes redoutent l'entrée, que le moine choisit souvent son domicile. Là où la caverne naturelle lui manque, il se construit une hutte de branchages et de roseaux, ou transforme en cellule les ruines d'un édifice abandonné (1). »
Ce n'est pas tout. Avant qu'une terre aussi rebelle produise quelques récoltes, il faut vivre, ou plutôt il faut lutter contre la faim. « Le moine était réduit, disent les annalistes, à se nourrir d'herbes, de racines sauvages, de faînes de hêtre disputées aux écureuils ; l'eau du rocher que Dieu faisait quel-
(1) Les Moines d'Occident, Introduction.
LE TRAVAIL, l'iNDUSTRIB ET LE COMMERCE 367
quefois miraculeusement jaillir pour étancher sa soif était son seul breuvage. Jamais de chair, rarement du pain ; quelques pommes sauvages ou quelques baies de myrtilles étaient pour lui un mets délicieux ; un poisson industrieusement pris à la rivière voisine était le festin des grandes fêtes. »
Souvent, il est vrai, Dieu se plaisait à récompenser la vertu de ses serviteurs par des faveurs visibles. Ces héros de la pénitence et de la pureté semblaient avoir reconquis sur le monde l'empire que possédait le premier homme avant la chute : les animaux du désert respectaient la vie paisible des moines, et souvent même leur prêtaient leurs services. Du reste, on peut dire, sans recourir au miracle, que ces animaux, habitués à se voir traqués par les chasseurs et à se voir épargnés par les moines, perdirent peu à peu à ce contact leur férocité, et c'est ce qui explique un des faits les plus importants dans l'histoire de l'agriculture : la domestication des espèces animales, revenues à l'état sauvage après la disparition graduelle de la civilisation romaine.
Cependant les efforts héroïques des débuts produisent leur fruit. Le terrain une fois déblayé, des cellules se bâtissent, les premières récoltes apparaissent; des bâtiments d'exploitation s'élèvent : c'est une abbaye qui vient de surgir au milieu du désert de la forêt vierge.
Les populations rustiques du voisinage viennent contempler ces merveilles, et de l'admiration elles passent bientôt à l'imitation. Le paysan devient l'aide volontaire du moine, et, sans revêtir toujours le froc, il contribue, comme mercenaire, à défricher le sol de l'enclos monastique et à conduire la charrue. Une nombreuse population rurale ne tarde pas à se grouper autour des abbayes, et ainsi s'explique l'immensité des travaux
:î68 l'église et le progrès matériel
de défrichement et de grande culture que les cénobites purent entreprendre, travaux dont les résultats subsistent, et nous étonnent encore aujourd'hui.
« Une abbaye, dit Augustin Thierry, n'était pas seulement un lieu de prière et de méditation ; ses dépendances formaient encore ce que nous appelons aujourd'hui une ferme modèle. Il y avait là des exemples d'industrie et d'activité pour le laboureur, l'ouvrier, le propriétaire. Ce fut l'école où s'instruisirent ceux des conquérants à qui l'intérêt bien entendu fit faire, sur leurs domaines, de grandes entreprises de culture ou de colonisation, deux choses dont la première impliquait alors la seconde. »
Mais nulle œuvre humaine n'est à l'abri dés catastrophes que la Providence permet parfois pour éprouver la vertu de ses fils les plus fidèles.
L'établissement monastique terminé, les hordes barbares arrivent : Sarrasins, Hongrois, Normands, Danois se ruent successivement sur le coin de terre fertilisé par les sueurs des rehgieux. Les moissons ravagées, les bâtiments incendiés, les travailleurs égorgés, les ronces envahissant de nouveau tout le terrain conquis par la culture : tel est le résultat de leur passage. Mais, sur ces ruines fumantes et arrosées de sang, de nouveaux religieux se lèvent pour reprendre l'œuvre des martyrs. Le découragement leur est inconnu; ils disputent aux glaces, aux sables, aux rochers les derniers fragments de sol cultivable; et, lorsque les envahisseurs se sont retirés, ils reprennent une à une les pierres de leurs couvents en ruines, afin d'élever de nouvelles demeures qui dureront ce qu'il plaira à Dieu.
Voilà ce qu'ont fait pour le défrichement et l'amélioration du
LE TRAVAIL, l'iNDUSTRIE ET LE COMMERCE 369
■sol français les moines qu'on n'a pas craint d'appeler des oisifs, ^t qu'on a dispersés, il y a un siècle, afin de faire passer leurs ■terres dans des mains plus habiles et plus laborieuses !
Nous venons de tracer en quelques pages l'histoire des origines de l'agriculture en Europe. Tout le monde sait que les moines continuèrent à travers tout le Moyen Age cette vie de travail qui fut pour les populations des campagnes un si précieux exemple, et qui concourut si puissamment, spécialement en France, à la richesse nationale.
Saint Bernard et ses disciples fécondèrent les vallées stériles •que leur abandonna Thibault, comte de Champagne. Fontevrault fut une véritable colonie, établie par Robert d'Arbrissel, dans un pays désert, sur les confins de l'Anjou et de la Bretagne. Des familles entières cherchèrent un asile sous la direction de ^es Bénédictins : il s'y forma des monastères de veuves, de filles, de laïques, d'infirmes et de vieux soldats. Tous devinrent cultivateurs, à l'exemple des rehgieux, qui abattaient eux-mêmes les arbres, conduisaient la charrue, semaient les grains, et couronnaient cette partie de la France de ces belles moissons qu'elle n'avait point encore portées.
Toutes les abbayes, et spécialement celles du même Ordre, se communiquaient leur science, leurs méthodes, leurs découvertes, leurs produits. Lorsque, dans ses voyages lointains, un moine découvrait une semence ou une plante nouvelle, il s'empressait de la porter à son couvent pour l'y acclimater. A son tour, chaque abbaye importante faisait part à ses frères les plus éloignés des nouveaux procédés de culture expérimentés avec succès, et ainsi se formaient, par les moines, de vastes sociétés internationales pour la propagation des meilleures méthodes agricoles.
CiV/MS. CURKT. — ♦* 2-4
370 l'église et le progrès matériel
« A mesure, dit un historien anglais, que les changements survenus dans les conditions de la vie sociale amenaient des changements correspondants dans le mode du travail, on vit toujours les rehgieux conserver le goût et l'inteUigence des cultures perfectionnées. »
« Jusqu'au dernier jour de l'existence des monastères, dit Montalembert, et d'un bout de l'Europe à l'autre, on a constaté la supériorité de leur administration et des produits de leurs domaines sur ceux de la propriété laïque; juste et éclatante récompense de leur admirable activité, noble hommage que n'ont pu leur refuser ceux-là mêmes qui ont contribué à leur ruine et qui se sont enrichis de leurs dépouilles. >>
Chateaubriand, qui avait vécu sous l'ancien régime, affirmait qu'à l'époque de la Révolution, malgré le relâchement de certains Ordres religieux, les plus belles cultures, les paysans les plus riches, les mieux nourris et les moins vexés, les équipages champêtres les plus parfaits, les troupeaux les plus gras, les fermes les mieux entretenues se trouvaient dans les abbayes. Alors, comme de tout temps, « il faisait bon vivre sous la crosse. »
Ce n'est pas seulement la grande culture qui doit beaucoup aux travaux des moines. L'art des jardins, et en particuher l'arboriculture, avait fait sous leur impulsion de grands progrès. Les couvents possédaient à peu près les seuls bons fruits, et connaissaient la manière de les propager. Lorsque ces établissements furent dispersés, l'arboriculture revint, à peu de chose près, à son état primitif, et si elle est de nouveau en progrès, depuis quelques années, c'est que nous reprenons les excellents procédés des moines (1).
(1) Voir le rapport rédigé, en 1863, par la Commi.ssion agricole de la Haute-Saône.
« Nous avons lu, dit un économiste récent, les plus belles pages de Varron et de Columelle sur la manière de cultiver la terre chez les Romains ; les meilleurs spécialistes contemporains nous ont donné une idée du progrès de la science agricole dans les temps modernes. Eh bien ! après avoir admiré les ouvrages de ces savants auteurs, nous avons étudié les travaux des premiers Cisterciens ; nous avons visité ceux qu'exécutent encore aujourd'hui leurs successeurs les Trappistes, et nous avons été forcé de reconnaître que là où les moines ont planté leur bêche, là sont encore les colonnes d'Hercule de l'agriculture (1). »
(1) Les pages suivantes, que nous empruntons à une des meilleures Revues contemporaines, démontrent qu'une autre Congrégation religieuse, l'institut des Frères de l'Instruction chrétienne, créé dans notre siècle par l'abbé Jean-Marie de la Mennais, continue dignement la tradition des anciens couvents :
Le clergé et renseignement agricole.
Un fait d'un très vif intérêt s'est passé à Rennes, dans ces derniers temps. Il mérite d'être signalé à l'attention du clergé français, que préoccupe visiblement la question de son rôle social aussi bien dans les campagnes que dans les villes. Deux fois déjà les délégués des cinq évêques de l'antique province de Bretagne se sont joints, dans les salons de la Société d'agriculture d'Ille-et-Vilaiue, aux représentants (les Sociétés agricoles de tout le pays, pour jeter les bases définitives de l'organisation de l'enseignement agricole dans les écoles primaires.
Une expérience de trois années, en manifestant au grand jour l'opportunité et la possibilité de l'orientation nouvelle donnée à l'instruction des enfants de la campagne, explique ce concours de toutes les forces religieuses et sociales de la région pour une même œuvre.
L'heure n'est pas encore venue de publier les conclusions des discussions de cette importante assemblée. Le fait de sou existence est assez significatif pour appeler l'attention sur l'entreprise qui a provoqué un accord si unanime dans une vaste province.
Puisse l'exposé succinct des motifs, de l'organisation et des résultats de l'enseignement agricole provoquer un mouvement analogue dans les autres parties de la France ! Le clergé et les congrégations enseignantes ont Ih une très belle mission. Ils ne la méconnaîtront pas.
Cette œuvre de l'enseignement agricole dans les écoles primaires, qui est indifférente en apparence au point de vue religieux, a été pourtant immédiatement considérée par le clergé breton comme providentielle. Le grand mal dont gémissent les pasteurs des paroisses rurales est en eflet l'émigration des cultivateurs vers les faubourgs des grandes villes. 11 est particulièrement sensible dans la partie bretonnaute du pavs, dite Basse-Bretagne, parce qu'en abandonnaut le sol natal, les
372 l'église et le progrès matériel
« Le labourage et le pâturage sont les deux mamelles de la France », disait Sully. On dirait parfois que, de nos jours, elles sont près de tarir. En tout cas, il est certain que la terre a peine
émigrés emportent leur langue celtique et forment, en des villes comme Paris, Saint-Denis, Le Havre, Angers, des groupes autonomes de miséreux qui gardent sur leurs lèvres le cachet de leur origine. Ce mouvement est moins apparent dans la Haute-Bretagne, où l'usage de la langue française rend plus facile la fusion des partants avec le milieu dans lequel ils s'établissent. Il n'en existe pas moins avec intensité, comme le prouvent les statistiques officielles.
M. le vicomte de Lorgeril, ancien député de Saint-Malo, l'a parfaitement compris, et, avec cet esprit d'initiative qui le désigne pour l'organisation de toutes les innovations heureuses en matière agricole, il a entrepris hardiment la réforme de l'enseignement primaire dans un sens plus pratique. Avec le concours du T. C. Frère Abel, assistant du Révérend Frère Cyprien, supérieur général des Frères de l'Instruction chrétienne, qui en a trouvé la formule pédagogique, il a lancé le département d'Ille-et-Vilaine dans cette voie en 1892. Son but était double : travailler au progrès de l'agriculture en Bretagne, attacher à la terre les habitants des campagnes en rendant la culture plus intelligente et plus rémunératrice.
Pour une telle entreprise, il fallait un solide point d'appui. L'Institut de Ploèrmel, comprenant l'excellente occasion qui se présentait à lui de rendre un éminent service au pays qui l'a vu naître, se jeta avec ardeur et courage dans ces sentiers nouveaux. Du premier coup son intelligente administration saisit toute la portée de la réforme qu'elle allait tenter : l'esprit de routine n'est point son fait, et M. de la Mennais, en dispersant ses Frères dans les plus petites paroisses rurales de la Bretagne, avait tracé à l'avance la mission agricole de ses Frères.
La persécution, en rendant aux congrégations enseignantes la liberté, leur a permis de sortir de l'ornière administrative et centralisatrice.
Pourquoi former les petits pâtres des environs de Loudéac ou de Lannion sur le même moule et d'après le même programme que les gamins de Belleville ou de Ménilmontant?
Il faut faire aimer aux enfants l'existence saine, indépendante et morale des champs ; il faut leur faire apprécier et goûter le travail de la terre. L'enseignement pratique donné à l'école primaire est le meilleur moyen de leur inculquer cet amour de l'agriculture. L'histoire de Pépin est assurément excellente à connaître pour de petits Français, mais la connaissance de assolements, des engrais, des soins à donner aux animaux, du choix des semences, a bien son petit mérite.
L'agriculture devient de plus en plus une science. Les intelligents, les esprits ouverts au progrès peuvent seuls désormais la rendre productive. Les enfants ont donc besoin, pour s'initier à ces principes scientifiques, d'acquérir la notion de ces mots spéciaux qui reviennent à tout instant dans les journaux agricoles, dans les bulletins des syndicats, dans les discours de comice ou de concours.
Franchement ce n'est pas trop demander que de réclamer une heure par semaine pour préparer les enfants de nos campagnes à la science qui leur est le plus nécessaire après celle de la religion : la science de leur métier.
L'organisation de cet enseignement agricole est très simple. Elle est à la fois théorique et pratique.
LE TRAVAIL, l'iNDUSTRIE ET LE COMMERCE 373
à nourrir, dans certaines provinces, celui qui la cultive. Quand finira cette crise? Nul ne le sait ; mais l'Eglise, ne pouvant faire réformer une législation contraire aux intérêts de l'agriculture,
En classe l'instituteur donne la leçon pédagogique qui comprend :
1° Une dictée de principes portant, par exemple, sur le drainage, l'irrigation, le dessèchement, l'épierrement, etc.;
2° Une lecture expliquée et développée de cette dictée corrigée, avec le menu détail de ces opérations successives;
3° Un questionnaire qui permet de voir comment les élèves ont compris la dictée et les explications;
4° Une ou deux expériences simples et à la portée des enfants ;
5' Trois ou quatre problèmes d'application comme celui-ci : On a un terrain rectangulaire, dont la longueur est de 350 mètres et la largeur de 180 mètres; combien dépensera-t-on pour le drainer, sachant qu'il faut 7 hectom. de tuyaux pour drainer un hectare; que le mètre de tuyaux revient à 0 fr. 40; que chaque drain a 0™, 30 de longueur et que l'on paye 4 fr. pour la pose de 100 mètres de drain?
Je sais bien qu'une grave objection se présente aussitôt à l'esprit de tous les hommes sérieux qui savent que l'école professionnelle n'a jamais remplacé et ne remplacera jamais l'atelier; qu'un métier ne s'apprend pas en écolier, mais en apprenti.
L'observation est grave ; elle est prévue.
Pour donner l'enseignement agricole dans son école, l'instituteur a soin de choisir dans la paroisse où il est établi un propriétaire ou un fermier ami, ayant une exploitation bien tenue, et lui demande de devenir professeur pratique. Il ne refusera pas, heureux et lier de jouer ce rôle vis-à-vis de ses enfants et de ceux de ses amis. Point n'est besoin que la terre ou sa ferme soit modèle, il suffit qu'elle soit cultivée avec intelligence.
Le professeur théorique, c'est-à-dire l'instituteur, fait un plan colorié de cette exploitation, qui a sa place sur les murs de la classe à côté de la carte de France. Dans un coin de ce plan, il inscrit le tableau de l'assolement adopté par le professeur pratique; puis il joint à côté le tableau de l'assolement enseigné dans la classe.
Il apprend que le cultivateur vient d'étendre les engrais ou amendements sur l'un de ses champs ; il sait que le moment de soigner les pommiers est venu ou qu'un travail d'irrigation est commencé; aussitôt, après avoir rappelé à ses élèves les notions théoriques qui se rapportent à ces matières, il les conduit dans le champ, le verger ou la prairie, interroge devant eux les travailleurs pour avoir d'eux-mêmes l'explication de leur travail et commente enfin ces conversations.
Voilà la classe pratique d'agriculture.
Quant à l'horticulture, si négligée par les habitants de certaines parties de la Bretagne, elle s'enseigne dans le jardin de l'instituteur. Les élèves y apprennent la culture des légumes; ils y plantent, gretlent, bouturent.
Il ne reste plus, après ces travaux, qu'à écrire en classe un compte rendu détaillé de la visite à la ferme ou au jardin. C'est la meilleure des narrations.
Les résultats obtenus depuis trois ans justifient amplement les eff'orts que nous avons faits en Bretagne pour établir l'enseignement agricole.
En 1892, époque des premiers essais, 500 élèves ont été présentés, dans l'archi-
impuissante à dégrever la terre des impôts qui Técrasent, s'efforce au moins d'adoucir le sort du paysan. Elle favorise de tout son pouvoir les syndicats agricoles qui sont pour eux un
diocèse de Rennes, devant les juges de la Société d'agriculture d'Ille-et-Vilaine ; 262 ont été récompensés et 25 Frères ont reçu des médailles. En même temps, dans le diocèse de Vannes, 130 élèves subissaient le même examen devant la Société d'agriculture de l'arrondissement de Ploërmel, présidée par M. le comte de Lambilly ; 115 méritèrent un diplôme et 8 Frères reçurent des médailles.
Le début de l'œuvre était encourageant.
Il ne pourrait s'expliquer, si les Frères instituteurs n'avaient été préparés k leur nouvelle fonction de professeurs d'agriculture par leurs travaux préalables. Pour tout comprendre, il faut rapprocher ce résultat des succès obtenus dans les concours. Or il se trouve que cette année-là même, au Congrès du syndicat pomologique de France, à Saint-Servan, 37 Frères de La Mennais obtenaient 40 récompenses, et, quatre jours plus tard, 24 d'entre eux étaient récompensés par l'Association pomologique de l'Ouest, réunie à Evreux.
L'année suivante, en 1893, le diocèse de Quimper était entamé et la Société d'agriculture de Brest, présidée par M. le vicomte de Lesguern, entrait en lice. Les résultats généraux de ce second examen furent admirables : 45 écoles envoyèrent devant les jurys 888 élèves, dont 725 méritèrent des diplômes.
Enfin l'année 1894 fut décisive; le diocèse de Saint-Brieuc commençait brillamment avec 25 écoles, sous le patronage de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord. La Loire-Inférieure, où l'enseignement libre est si prospère, ne pouvait rester en arrière : le Comice agricole d'Ancenis, présidé par M. le comte de Laudemont, présenta 23 écoles.
Les examens furent un triomphe. La Bretagne se retrouvait une, comme aux beaux jours d'autrefois, pour transformer l'instruction de ses jeunes générations. La puissante Association bretonne s'affirmait de nouveau avec éclat en resserrant dans son sein les liens de cette merveilleuse unité : 116 écoles amenèrent devant ses jurys 2.206 élèves, dont 1.605 reçurent un diplôme.
Devant de tels chiffres, il est inutile d'insister. Cette victoire décisive assurait l'œuvre de l'enseignement agricole dans les écoles primaires.
Déjà les départements voisins envient cette organisation à peine ébauchée. La Mayenne, représentée aux assemblées de Rennes par un membre de son clergé, ne tardera pas à imiter la Bretagne. Au Mans, M. le baron S. de la Bouillerie, dans un rapport adressé au Comité catholique, n'a pas craint de dire : « Le diocèse du Mans doit entrer dans le mouvement. Il a l'avantage de jouir déjà d'un régime d'examens fonctionnant à merveille. Rien de plus facile que d'élaborer un programme agricole, de le soumettre aux chefs d'établissements et de le sanctionner d'un concours jugé par une commission spéciale. »
Maine-et-Loire, l'Orne se sont déjà essayés en 1894. Que ne feront-ils pas en 1895?
Le concours actif de NN. SS. les Evêques permet de présager à l'œuvre un brillant avenir. La Bretagne ne s'endormira pas sur ces premiers lauriers. Déjà l'Ille-et-Vilaine et les Côtes-du-Nord se préparent à donner la même orientation à l'instruction des petites filles de la campagne. Les mêmes raisons militent en faveur de cette seconde branche de l'œuvre entreprise par l'Association bretonne.