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LE TRAVAIL, L'INDUSTRIE ET LE COMMERCE

moyen de se faire rendre justice tôt ou tard, et, en attendant, de rendre moins onéreuses les charges de toute nature qui pèsent sur eux.

L'agriculture est le premier facteur de la richesse ; l'industrie en est le second. L'une produit la plupart des matières premières ; l'autre les élabore, les modifie et les transforme. Il nous serait facile de montrer que l'Eglise, par les découvertes de ses savants, par la patience et l'habileté qu'ont déployées ses ouvriers, surtout dans les monastères, a contribué plus qu'aucune autre institution au progrès des arts industriels. Il suffirait de rappeler Richard, abbé de Saint-Alban, inventant l'horlogerie au ive siècle ; les illustres chrétiens Boèce et Cassiodore et le fameux Gerbert, pape sous le nom de Sylvestre II, aussi remarquables peut-être par leur habileté dans la mécanique que par leur connaissance profonde des sciences mathématiques et de la philosophie. On pourrait surtout opposer aux instruments de précision dont notre siècle est si fier cette horloge construite, au XIV® siècle, par un moine de Gluny, qui indiquait l'année,

«« Que les jeunes gens se le disent bien, — s'écriait M. Grivart, sénateur, le 11 septembre 1893, à Martigné-Ferchaud, — à tout prendre, la vie des champs sera pour eux la plus clémente et la meilleure, et ce serait, d'un autre côté, le signal d'un irréparable déclin si, par la paresse des uns et le dédain des autres, le travail agricole, le plus noble, le plus fécond, le plus nécessaire de tous, était abandonné. » Initiés maintenant dès le premier âge à leur noble métier, ils sauront en apprécier la grandeur et la dignité.

11 appartient aux prêtres, qui ont un si grand intérêt moral et religieux à retenir aux champs la classe agricole, de favoriser de tout leur pouvoir une réforme applicable à toutes les régions de la France. Le plus difficile est fait, puisque les initiateurs de ce nouvel enseignement en ont trouvé et fixé la formule pédagogique. L'organisation adoptée en Bretagne est purement locale, elle peut être transformée et adaptée aux besoins divers des autres j)rovinces.

Qu'importent les formes concrètes de cette œuvre, pourvu qu'elle se répande, dans l'intérêt du pays, et qu'elle devienne pour les habitants des campagnes un instrument de progrès et une condition de stabilité!

(Revue du clergé français.)

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le mois, la semaine, le jour et la minute, avec un calendrier ecclésiastique notant les fêtes et les offices de chaque jour, les positions, oppositions et conjonctions des astres, etc.

Mais nous avons à traiter une question d'une importance plus haute. L'Eglise n'a jamais regardé la richesse produite et les perfectionnements matériels réalisés que comme des résultatssecondaires. Pour elle, ce sont des moyens ; le but, c'est la félicité éternelle, mais c'est aussi le bonheur terrestre de tous ceux qui concourent à la production de la richesse, patrons et ouvriers.

Il y a eu de tout temps une « question sociale », sauf dans les couvents où le vœu de pauvreté fait disparaître toute préoccupation égoïste, et accroît la richesse commune sans exciter les convoitises des particuliers. Toujours le développement de l'industrie a fait naître l'antagonisme entre le possesseur des capitaux, le patron, qui a voulu tirer de l'ouvrier la plus grande somme de travail possible, au moins de frais possible, et Touvrier lui-même, constamment porté à demander une diminution d'heures de travail et une augmentation de salaire.

Aujourd'hui que cet antagonisme est porté à un point d'exaspération que l'on n'avait peut-être jamais vu, quels sont les, moyens proposés au patron et à l'ouvrier, pour réaUser leurs! prétentions respectives, par les économistes étrangers à l'idée chrétienne ? Uabus de la force, d'une part, et, de l'autre, la grève.

L'Eglise avait d'autres remèdes pour cette maladie qui menace de désagréger toutes les parties du corps social. Au lieu de donner au capitaliste et au travailleur des armes pour se combattre l'un l'autre, elle les réunissait sous une bannière commune et les associait étroitement pour une œuvre qui devait profiter

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à tous les deux. Sous son influence, le capitaliste devenait véritablement patron, c'est-à-dire protecteur de l'ouvrier qui, malgré l'infériorité où le plaçaient sa pauvreté et son ignorance relatives, était cependant constitué le compagnon ou l'associé du maître : chaque atelier, chaque usine devenait une famille.

Cette grande institution des corporations ouvrières, si calomniée de nos jours par les économistes libéraux, a joué un rôletellement important dans l'ancienne Europe, que nous lui consacrerons un chapitre entier. Disons dès maintenant que le modèle de la corporation laïque fut l'atelier monastique où, comme nous l'avons fait remarquer, tout le travail accompli concourait à la richesse commune, sans qu'il pût y avoir l'ombre d'une rivalité.

Saint Bernard a laissé une ravissante description des diverses^ industries qui s'exerçaient à Clairvaux dès le xii^ siècle. Nous allons mettre sous les yeux du lecteur cette page joyeuse et suave, afin qu'il puisse comparer la vie laborieuse mais paisible des moines au surmenage écrasant imposé aux ouvriers de nos usines modernes.

« Si tu désires connaître la situation de Clairvaux, écrit à un de ses amis l'illustre abbé, que ce récit te serve de miroir. Deux montagnes prennent naissance non loin de l'abbaye. L'une est féconde en vignes, l'autre fertile en moissons. Elles servent ainsi à réjouir la vue ou à procurer au couvent les aliments nécessaires, puisque,, sur les flancs de l'une, croissent les aliments, sur ceux de Fautre, de quoi pourvoir à la boisson. Au sommet, les moines trouvent un travail fréquent, mais agréable et plus doux que le repos. Ils y ramassent le bois mort, le lient en fagots à brûler, extirpent les ronces envahissantes, uniquement bonnes au feu, arrachent les épines, enlèvent, détruisent, dispersent, pour me servir de la parole de Salomon, les rejets inutiles qui envahissent les rameaux

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des jeunes arbres ou s'attaquent aux racines, et cela pour permettre au dur chêne de s'élancer dans les airs, au tendre tilleul d'étendre ses rameaux, au frêne flexible et facile à fendre de s'élever librement, ou au hêtre touffu de se développer en largeur.

Derrière l'abbaye se trouve une large plaine, dont un mur occupe une bonne partie, enfermant ainsi le couvent dans son vaste développement. Dans cette enceinte, des arbres nombreux et d'espèces variées font un verger à l'instar d'une forêt. Contigu aux cellules des infirmes, ce verger procure un soulagement précieux à leurs infirmités : c'est pour eux un heu de promenade et de repos par la grande chaleur. Le malade, en effet, s'asseoit sur le vert gazon, et quand les ardeurs de la canicule brûlent la terre et dessèchent les fleuves, lui, à l'abri de la chaleur du jour, il ne craint pas, sous le feuillage des arbres, l'inclémence du ciel. Gomme soulagement à sa douleur, les herbes variées du gazon apportent à ses narines un parfum réconfortant. L'agréable verdure des pelouses et des arbres repaît ses yeux, ainsi que les fruits déhcieux qui croissent et pendent près de lui ; aussi peutil dire avec raison : « Je me suis assis à l'ombre de l'arbre que j'avais désiré, et son fruit est doux à mon gosier. » Ses oreilles sont charmées par les douces modulations d'oiseaux au plumage varié, et, pour la guérison de la maladie seule, la divine Pitié^ prépare de nombreux soulagements dans la sérénité de l'air, fécondité de la terre, offrant aux yeux, aux oreilles, aux narines le charme des couleurs, des chants, des odeurs.

Là où finit le verger commence le potager, partagé en carrés^ ou plutôt divisé par les petits ruisseaux qui y circulent. Biei qu'en effet l'eau y semble dormir, ehe coule cependant d'un cou^ rant insensible. Ici encore les frères infirmes jouissent d'un beai

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spectacle quand, assis sur le bord verdoyant d'une eau pure, ils voient les poissons se jouer dans Tonde transparente, offrant l'aspect de deux armées prêtes à en venir aux mains. Cette eau sert à la fois à la vie du poisson et à l'arrosage des légumes. L'Aube, rivière célèbre, fournit à l'entretien de ces ruisseaux, rraversant les nombreuses usines de l'abbaye, elle laisse partout derrière elle une bénédiction pour ses fidèles services. Amenée à grand'peine dans ce but, elle n'en sort pas entière, ni ne traverse le couvent en paresseuse. Coupant la vallée dans un canal sinueux creusé non par la nature, mais par l'industrie des frères, elle envoie à l'abbaye une moitié de ses eaux, comme pour saluer le religieux et s'excuser de n'être pas venue tout entière, n'ayant pas trouvé un canal assez vaste pour l'ensemble de son cours. Et quand, par hasard, à l'époque des débordements, elle arrive en un torrent impétueux, arrêtée par l'obstacle du mur sous lequel il lui faut passer, elle reflue pour rentrer dans son premier lit. Introduite dans la mesure où le mur, comme un portier, lui a permis de passer, d'abord elle entre au moulin, où 3lle s'empresse, se travaille de toutes manières, soit pour moudre e blé sous la meule, soit pour séparer dans un crible fin la farine lu son.

Dans le local voisin, elle emplit la chaudière, se livre aux ardeurs du feu pour préparer aux frères une boisson quand la térilité de la vendange n'a pas répondu aux soins du vigneron t qu'il faut suppléer au sang du raisin par le produit de l'orge. Mors, on ne la tient pas encore quitte. Des foulons, en effet, îtabhs sur les confins du moulin, l'appellent à eux, exigent, à uste titre, qu'après la peine qu'elle s'est donnée à moudre la lourriture des frères, elle prépare aussi de quoi les vêtir. Pour 3lle, sans faire aucune objection, elle se prête à tous leurs désirs,

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et soit qu'elle élève, soit qu'elle abaisse alternativement de gros pilons, ou plutôt de gros marteaux, de gros pieds de bois (car c'est le nom qui paraît le mieux convenir au travail forestier des foulons), elle les décharge d'un lourd travail, et, s'il est permis de dire un mot plaisant dans un sujet sérieux, elle prend sur elle la peine de leurs péchés. Dieu bon ! quelle consolation tu procures à tes pauvres pour les empêcher de se laisser consumer par une tristesse trop amère ! Quels adoucissements tu prodigues au châtiment des coupables, de peur que la violence de la peine ne les abatte î Que d'attelages de chevaux, en effet, que de bras d'hommes fatiguerait le travail accompli sans fatigue par ce gracieux fleuve ! Sans lui, nous ne saurions même préparer ni vêtements, ni aliments; mais lui, il travaille en commun avec nous, et n'attend d'autre récompense de la peine qu'il se donne ici-bas que la permission, sa tâche soigneusement accomplie, de s'en aller libre. Donc, après le mouvement rapide qu'il a communiqué à tant de roues, il sort si écumeux, qu'il semble luimême comme moulu et rendu plus mou. Ensuite, c'est à la cordonnerie qu'il passe, où il prête, non sans fatigue, son ministère à la fabrication des chaussures nécessaires aux frères. Enfin, distribué en divers petits courants, il parcourt dans une course officieuse chaque corps de logis, s'informant partout s'il y a pour lui quelque service à rendre.

Cuire, cribler, tourner, broyer, arroser, laver, moudre, amollir, voilà les travaux auxquels il se prête sans murmurer. Enfin, pour comble de faveurs, et par crainte de laisser quelque part une œuvre incomplète, il emporte les immondices, laissant partout derrière lui la propreté. Après ce travail pour lequel il était venu, il se rend en hâte à son cours d'origine pour remercier, au nom de l'abbaye, l'Aube de tous ses bienfaits, et répondre à

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