‹ La civilisation chrâetienneChapitre 2 sur 28 · L ART CHRETIEN O · texte numérisé non relu

L ART CHRETIEN O

L'Evangéliste rapporte que, « tout le peuple recevant le baptême, Jésus fut aussi baptisé, et, comme il adressait sa prière à son Père, le ciel s'ouvrit ;

« Et le Saint-Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe ; et une voix se fit entendre du ciel : Vous êtes mon Fils bien-aimé ; en Vous j'ai mis ma complaisance (1). »

Cette complaisance pour celui que le Moyen Age appelait le « Beau Dieu », cette admiration du Père céleste pour le Verbe incarné s'est communiquée à la terre, et les artistes chrétiens ont puisé leurs meilleures inspirations dans l'étude de cette vie dont la trame est toute composée d'événements merveilleux. L'Homme-Dieu en prière après son baptême, c'est l'homme régénéré, dépouillant sa laideur et sa corruption ; c'est l'homme orné de toutes les vertus, paré de toutes les grandeurs morales, et se montrant avec la physionomie d'un saint ; c'est Thomme déifié, se tournant vers le ciel pour croire, espérer, aimer, adorer.

La manifestation de cette beauté devait, avons-nous dit, amener dans les arts une révolution mémorable : « Vous allez saisir en deux mots, dit un grand évêque, le principe de la révolution que le Christianisme a su opérer dans l'art. Vous avez devant vous un bloc de marbre. Si Dieu vous a mis au front le rayon du génie, vous y jetterez telle idée qu'il vous plaira, l'idée de l'homme par exemple, Thomme cette merveille du monde physique, avec la perfection de ses organes, la dignité dé son maintien, la souplesse de ses mouvements, la beauté de ses formes, la finesse de ses tissus, l'heureuse distribution et l'étroit enchaî-

(1) Voir rintroiiucLioi).

6 l'église et le progrès artistique

nement de toutes ses parties. Vous tirerez tout cela de cette masse informe ; mais quand vous aurez tiré ce que je viens de dire, si vous n'allez pas plus avant, votre pensée, fille de la terre, s'arrêtera à la terre.

(( Si au contraire vous tournez cette statue vers Dieu, si le rayon d'en haut vient illuminer sa face, si l'image de la divinité reluit dans ses traits, si cet œil qui s'anime reflète la pureté de l'ange, si ces lèvres qui s'écartent semblent murmurer l'hymne de la prière, si ce je ne sais quoi d'humble et de sublime se mélange dans une indéfinissable harmonie : oh ! croyez-le bien, vous avez dépassé la terre, et votre pensée fille du ciel est remontée vers le ciel.

« Or, voilà ce qu'a produit la religion chrétienne. De même^ qu'elle a rétabli l'image de Dieu sur le front de l'homme et ramené la grâce divine dans son cœur, ainsi a-t-ehe transformé l'art en incarnant l'idée divine dans le beau humain. Ah ! n'eûtelle offert à l'humanité que le type idéal de l'Homme-Dieu, cette union sensible de la perfection divine et de la perfection humaine, cette expression souveraine de la majesté et de la bonté, de la béatitude et du sacrifice, ce type générateur, d'où est sorti depuis dix-huit siècles toute beauté, toute grandeur, toute sainteté, tout héroïsme, cette face adorable qui rayonne sur tout front chrétien et dont le rayonnement se prolonge dans toute œuvre chrétienne, n'eût-elle fait que cela, cela seul eût suffi pour transfigurer l'art.

« De là, en effet, cette beauté surnaturelle que le génie chrétien a su découvrir et peindre sur la face humaine, de là ce charme céleste qu'il a su attirer sur cette enveloppe matérielle et qu'on dirait une révélation de l'âme paraissant au dehors avec ce que Dieu a mis en elle de lumière et de grâce ; de là cette

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