‹ La civilisation chrâetienneChapitre 22 sur 28 · LE DROIT D ASSOCIATION · texte numérisé non relu

LE DROIT D ASSOCIATION

Malgré les efforts de saint Louis, de Charles V, de Louis XI, de Henri III et de Henri IV pour appliquer le système des maîtrises et jurandes à toute l'industrie française, le progrès social faisait naître continuellement des métiers nouveaux qui débordaient les classifications antérieures, et Louis XIV mit à profit, dans un intérêt fiscal, la possibilité de créer des corporations nouvelles. En 1690, au moment où ses affaires commençaient à décliner, il vendit le droit d'exister aux communautés de vendeurs de bestiaux, emballeurs, rouleurs de vins, commissairesfacteurs pour le blé, l'avoine, les grains et farines, et fit plusieurs édits généraux sur le régime des corporations.

Il est inutile de dire que l'Eglise fut, en grande partie, étrangère à ces mesures, dictées surtout par le besoin d'alimenter le trésor public. Aussi les abus ne tardèrent-ils pas à surgir au sein de ces institutions qui, sous la tutelle des évêques et des moines, avaient rendu de si grands services.

Malgré les garanties qu'offrait le régime de la corporation aux consommateurs, malgré l'esprit d'association qu'il faisait naître parmi les artisans, malgré le profit même qu'en retiraient nos rois, l'opinion publique et même le gouvernement aperçurent de bonne heure les vices d'une organisation qui élevait des barrières autour de chaque industrie, et faisait de l'aisance acquise une condition pour le libre exercice du travail. On peut voir une protestation contre cet état de choses dans l'usage qui voulait que, lors de son joyeux avènement à la couronne de France, le roi, sans tenir compte des conditions ordinaires, nommât en chaque bonne ville un maître juré de chaque métier. On nommait aussi quelquefois un maître de chaque métier à la naissance d'un enfant de France, comme en faveur d'un mariage princier.

Pendant la minorité de Louis XIV, il fut créé deux maîtres de

446 l/ÉGLlSE ET LE PROGRÈS MATERIEL

chaque métier dans toutes les villes du royaume, pour célébrer l'arrivée de la reine d'Angleterre, échappée aux persécutions de ses sujets. On voulait protester contre la révolution britannique en faisant à cette princesse une réception triomphale.

Ces créations solennelles de maîtres, dont on vit encore des exemples pendant le xviii' siècle, étaient faites avec dispense du temps légal d'apprentissage, de l'examen, du chef-d'œuvre et des frais de réception, mais non pas du droit envers le roi, et ces nominations furent employées quelquefois, sans occasion solennelle, comme ressources financières.

Mais l'intervention exceptionnelle et quelque peu intéressée du pouvoir royal dans la collation de la maîtrise ne suffisait pas pour corriger les abus inhérents au régime des communautés. Cependant on apercevait ces abus ; on les réprouva de bonne heure. Lorsque Henri IV promulgua son règlement général sur les maîtrises, il voulait d'abord empêcher la fraude en tous états, ensuite « esviter aux partialités, monopoles, longueurs et excessives despenses qui se pratiquent journellement au très grand intérest et dommage des pauvres artisans désirant obtenir le degré de maîtrise. »

Henri IV prohibe les banquets de réception, mais il maintient les droits de cotisation, ainsi qu'un droit de réception pour la communauté et pour le roi.

Louis XIV signala, de son côté, les inconvénients de certains usages dans un édit de mars 1691. Ce prince y dit en parlant des corporations : « Le pubhc a été privé de l'utilité qu'il en devrait recevoir ; la longueur, les frais et les accidents des chefs-d'œuvre ayant souvent rebuté les aspirants les plus habiles et les mieux instruits dans leur art, qui ne pouvaient pas fournir aux dépenses excessives des festins et buvettes auxquelles on

Page 1