‹ La civilisation chrétienne chez les FrancsChapitre 14 sur 29 · L*É6USE. 32S · texte numérisé non relu

L*É6USE. 32S

« voir, mes enfants^ que chacun de vous, jusque < ce qu'il ait enseigné et fait comprendre cette ici € au filleul qu'il a levé des fonts du baptême, reste « engagé par sa parole de caution. Et celui qui € aura négligé de renseigner en rendra compte € au jugement de Dieu '. » Ne méprisons pas ces moines qui enseignent le Credo aux barbares assis à leurs pieds. Toute la métaphysique chrétienne est déjà dans ce peu de mots ; et les doctrines du moyen âge sauront bien Ten faire sortir. Il ne suffisait pas d'éclairer les intelligences, il les fallait exercer ; il fallait les tirer de Foisiveté qu'elles aimaient, pour les soumettre à un régime actif et laborieux : la prédication y pourvoyait encore. On se rappelle les conseijs de Tévèque Daniel^ et ces questions dont il veut qu'on presse les païens : « Si le monde a eu un commencement ? et, s'il a commencé, qui l'a créé ? S'il fut toujours, qui donc le gouvernait avant la naissance des dieux ? S'il faut servir les dieux pour une félicité présente et temporelle, ou pour un bonheur éternel et futur ? > Ces interrogations ne laissaientjpas de relâche aux esprits ; elles les poussaient au doute comme à une révolution morale, d'où ils sortaient libres. Il ne faut pas croire qu'on né les affranchit de la servitude païenne que pour les remettre sous

1. Exhortatio ad plebem ehristianam, en langue tudesque, ap. Wackernagel Alldeuthsches Lesebuchj p. 51 : « Hloset, ir^chindo liupostuD, rihtida thera galaupa the ir in herzin kahuctlicho hapen sculut, Ir den cbristanum namum intfangan eigat, thaz istj'chundida juverera christanheiii, fona démo truhtine innam gaplasan-, fona sin selpes jungiron kasezzit. » etc.

un autre joug. Nous avons quinze homélies de saint Boniface h ses disciples ; il n'en est pas une où le maître ne respecte cette liberté naturelle de la raison, qui ne se rend qu'à la vérité reconnue *. Le dogme enseigné s'interprète et se développe, ses conséquences ne s'arrêtent plus : elles mèneront les esprits plus loin qu'ils ne croient. On a reproché au christianisme d'être allé chercher des peuples paisibles qui ne songeaient à rien, et d'avoir tourmenté les hommes. Le reproche est vrai, mais il est glorieux. Une fois établi dans les intelligences, le christianisme ne souffrait plus qu'elles s'endormissent. Il les occupait de lui d'abord, puis de toutes choses ; comme la lumière, lorsqu'elle est quelque part, ne se fait pas voir seulement, mais aussi tout ce qu'elle enveloppe. Il ramenait sans cesse les hommes en présence de Dieu et d'euxmêmes , il les entretenait de questions redoutables, et qui veulent qu'on y songe toujours^ de la vie, de la mort, de l'éternité. Il formait les ignorants à la réflexion, à la méditation, à ces difficiles exercices auxquels la philosophie antique n'avait appelé qu'un petit nombre de sages. Ce furent ces utiles fatigues qui finirent par dompter les paresseux instincts des barbares. La nation germanique y prit le tempérament laborieux qu'elle a gardé; et, la passion du travail s'emparant de cette race forte, il ne faudra pas s'étonner d'en voir naître un jour Albert le Grand, Erasme et Leibnitz.

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