‹ La civilisation chrétienne chez les FrancsChapitre 18 sur 29 · Gregorius Turoaeasls, IV, H; VII · texte numérisé non relu

Gregorius Turoaeasls, IV, H; VII

558 CHAPITRE Vin.

€ le jugement de Dieu ne vous abandonne pas. Choî- € sissez des conseillers qui soutiennent la gloire de € votre nom ; honorez vos évoques, et recourez en « tout temps à leurs avis. Si vous êtes d'accord € avec eux, votre gouvernement n'en deviendra 4: que plus fort. Relevez les citoyens opprimés, sou- € lagez les affligés, secourez les veuves, nourrissez € les orphelins, afin que tous vous ai ment en même « temps qu'ils vous craignent. Que la justice soit « sur votre bouche, sans rien attendre des pauvres € ni des étrangers ; car vous ne devez pas recevoir « de présents. Que votre prétoire soit ouvert à tous, € et que nul n'en sorte le cœur triste. Que vos ri- « chesses héréditaires servent à racheter des captifs « et à les délivrer de l'esclavage. Si quelqu'un pa- « raît devant vous, qu'il ne se sente pas étranger. € Plaisantez avec les jeune gens, délibérez avec les € vieillards, si vous voulez être tenu pour noble € et obéi comme roi. » Cette lettre est bien courte, elle toucha peu le barbare qui allait ensanglanter la fin de son règne par le meurtre de trois rois ses parents. Elle contient cependant tout l'idéal d'une institution que le monde n'avait pas vue, de la monarchie chrétienne. Les évêques des temps mérovingiens ne feront que poursuivre la pensée de saint Rémi. Elle les conduit tous les jours auprès de ces rois dangereux, que leur présence importune, mais qu'elle contient. Comme leur patriotisme, éclairé des grands souvenirs de la Bible, reconnaît dans la nation des Francs un second peuple de Dieu, ils n'auront pas de paix qu'ils n'aient fait

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asseoir sur le trône de Clovis d'autres Davids et de nouveaux Salomons.Nous ne trouvons pas d'autre inspiration dans ce discours adressé à Clovis 11, par un de ses conseillers, où Ton presse ce jeune prince d'étudier les saints livres, d'y chercher les exemples des rois qui surent plaire au Seigneur. Mais les Mérovingiens, pénétrés des vices de la décadence romaine, n'étaient déjà plus faits pour les fortes leçons de l'Ecriture, pour cette austère simplicité du monde naissant. L'Eglise trouva plus de prise sur une race plus neuve, et qui avait besoin d'elle. La famille de Pépin ne cachait point ses origines dans les temps fabuleux du paganisme : aucun dieu, ni du ciel ni de la mer, ne comptait parmi ses aïeux. Il fallait que la royauté nouvelle demandât au christianisme la consécration, qui seule pouvait la recommander à des peuples trop fiers pour obéir à un pouvoir où ils ne verraient rien que d'humain*.

Le sacre des rois, cette solennité où les monarchies chrétiennes déployaient toutes leurs splendeurs, semble avoir commencé dans un lieu bien obscur, au fond des montagnes du pays de Galles : quand les chefs de clans, cernés de tous côtés par

1. Epistola Remigii ad Chtodoverum, apud D. Bouquet, IV, 50 : « Rumor ad nos pei'venit administrais onem vos secundam rei bellicae suscepisse. Nou est novum ut cœperis esse sicut parentes lui semper fuerunt... » M. de Pétigny, Etudes sur V histoire et les institutions de l'époque mérovingienne, t. II, p. 363, veut que S. Rémi adresse cette lettre à Clovis au moment où celui-ci succède à Childéric dans les fonctions de maître des milices; mais il est manifeste que de tels conseils ne pouvaient être donnés qu*à un prince déjà chrétien.

3eo CHAPITRE VlII.

rinvasion anglo-saxonne, désespérant de soutenir le prestige d'une autorité ébranlée par tes défaites ' du dfehors et les factions du dedans, implorèrent [' l'appui de l'Église, courbèrent la tête devant leurs évèques, et leur demandèrent Fonction des rois d'Israël. C'est le témoignage de Gildas, qui écrit ' au commencement du sixième siècle, et qui peint toute r horreur de cet âge de fer, en représentant les rois sacrés, et bientôt après massacrés par leurs consécrateurs. Il se peut que les nations celtiques, dont le génie garda longtemps je ne sais quoi de biblique et d'oriental, se soient attachées les pre- ^ mières à une cérémonie qui évoquait autour des j princes chrétiens toutes les images de l'Ancien , Testament. On lit dans l'histoire de l'Irlandais Colomba, qu'au temps oii il vivait dans une île sur les côtes d'Ecosse, ravi en esprit, il crut voir un ange qui lui présentait un livre de cristal avec ce titre : Livre de l ordination des rois, lui commandant de lire ce rituel, et d'aller ordonner, selon la forme qu'il y trouverait prescrite, Aid an, roi des Scots septentrionaux. Le serviteur de Dieu obéit, non sans résistance ; et, passant la mer, il ordonna le roi des Scots en lui imposant les mains. Aidan régnait en 573 ; et après que les Irlandais furent devenus les instituteurs des Anglo-Saxons, on n'est point surpris de voir chez leurs disciples la tradition d'une royauté marquée de l'onction sainte, et de trouver dans le pontifical d'Egbert, archevêque d'York en 735, un rituel pour le sacre des rois *.

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