‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 109 sur 153 · CHAPITRE II. — LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE

fut pendu; quant à Maivezzi, il ne fut pas inquiété*.

Fait digne d'être remarqué, les ordres considérables, tels que les Bénédictins avec leurs ramifications, étaient bien moins détestés que les ordres mendiants, malgré leurs grandes richesses et leur sensualité; sur dix nouvelles qui parlent de frati, il y en a tout au plus une qui prend pour objet et pour victime un monaco. Ce qui contribuait singulièrement à faire épargner ces ordres, c'est qu'ils étaient plus anciens, qu'ils n'avaient pas été fondés dans un but de police, et qu'ils ne s'immisçaient pas dans la vie privée des gens. Il y avait dans le nombre des hommes pieux, instruits et intelligents; mais, en moyenne, ils sont tels que les peint un des leurs, Firenzuola* : « Ces religieux, bien nourris, drapés dans leurs amples frocs, ne passent point leur vie à courir le monde nu-pieds et à prêcher, mais, chaussés d'élégantes pantoufles en cuir de Cordoue, ils se prélassent dans leurs belles cellules lambrissées de bois de cyprès, et se croisent les mains sur le ventre. Et si jamais ils sont obligés de se déplacer, ils circulent commodément assis sur des mulets ou sur des chevaux bien doux et bien luisants. Ils ne se fatiguent pas trop l'esprit par l'étude et par la lecture, afin que la science ne vienne pas mettre à la place de leur simplicité monacale l'orgueil de Lucifer. »

Quiconque est versé dans la littérature de ce temps reconnaîtra que nous n'avons cité que ce qui est indispensable pour l'intelligence du sujet '. Il est évident que

1 BuRSELMS, Ann. Bonon., ap. MURAT., XXIII, col. 886 SS., c. 896. (Malv. mourut en 1468; son bénéfice passa à son neveu.)

* Comp. p. 77 ss. Il était abbé des Vallombrosans. Le passage, traduit librement ici, se trouve dans les Opère, vol. II, p. 209, dans sa dixième nouvelle. Une agréable description de l'heureuse existence que mènent les Chartreux se trouve dans le Commentario d'italia, fol. 32 SS., cité p. 74.

* Pie II était, par principe, favorable à la suppression du célibat :

la réputation que s'étaient faite le clergé séculier et les moines a dû ébranler les convictions religieuses d'une foule innombrable de gens.

Quels jugements terribles ne trouve-t-on pas chez les auteurs! Pour finir, nous n'en reproduirons qu'un, parce qu'il vient seulement d'être publié et qu'il est encore peu connu.

Guichardin, l'historien et le secrétaire des papes de la famille de Médicis, dit (1529) dans ses Aphorismesx : « Personne n'est plus choqué que moi de l'ambition, de la cupidité et de l'inconduite des prêtres, autant parce que chacun de ces vices est haïssable en lui-même, que parce que chacun isolément ou tous réunis sont peu convenables chez des gens dont la vie devrait être tout entière consacrée à Dieu; enfin, parce qu'ils sont tellement contraires les uns aux autres, qu'ils ne peuvent se trouver réunis que chez des individus extraordinairement dépravés. Pourtant la position que j'occupais à la cour de plusieurs papes m'a forcé, dans mon propre intérêt, de travailler à la grandeur de mes maîtres. Autrement, j'aurais aimé Martin Luther comme moimême, non pas pour m'affranchir des lois que nous impose le christianisme tel qu'on le définit et qu'on le comprend généralement, mais pour voir remettre à leur place cette foule de misérables (questa caterva di scelerati), de manière qu'ils fussent obligés de vivre sans vices ou sans puissance. »

Le même Guichardin croit aussi* qu'en matière de choses surnaturelles nous sommes toujours dans une

Sacerdotibus magna ratione sublatai nuptias majori retlituendas videri, était une de ses sentences favorites. Platina, Vitm Poniiff., p. 311.

1 Ricordi, n. 28, Opère inédite, vol. I.

1 RiCORPi, n. 1, 123, 125.

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