‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 114 sur 153 · CHAPITRE II. - LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. - LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE

populations. Un cas de ce genre se présenta à Milan après la deuxième conquête française (1516), c'est-à-dire à une époque de désordre et d'agitation violente : un ermite toscan, Jérôme de Sienne, qui appartenait peutêtre au parti de Savonarole, occupa pendant plusieurs mois la chaire de la cathédrale, fulmina contre la hiérarchie, fît mettre un nouveau lustre et ériger un autel dans le dôme, opéra des miracles et ne céda la place qu'après des luttes très-vives ». Pendant cette période, qui fut décisive pour le sort de l'Italie, se réveille partout la manie des prédictions, et, quand elle se montre, elle n'est pas particulière à une classe de gens déterminée. On sait, par exemple, qu'avant le sac de Rome les ermites se signalèrent par une véritable fureur de prédiction. (T. I, p. i54 et 155.) A défaut de véritable éloquence, ces gens-là envoient à l'occasion des messagers avec des symboles, comme, par exemple, l'ascète Filippo de Mancini près de Sienne, qui expédia dans la ville anxieuse (1496) un « petit ermite » (romitello), c'est-à-dire un élève, avec une tête de mort au bout d'un bâton et un billet contenant une sentence menaçante, tirée de la Bible ».

Mais souvent les moines eux-mêmes s'attaquaient directement aux princes, aux autorités, au clergé et à leurs propres confréries. Il est vrai qu'un sermon subversif prononcé contre une maison princière, tel que celui qu'au quatorzième siècle Fra Jacopo Bussolaro avait débité à Pavie », ne se retrouve pas dans les âges

1 PiUTO, Areh. stor., III, p. 357 SS. BURIGOZZO, ibid , p. 431 SS.

» Allegretto, dans Murât., XXIII, col. 856 ss. La phrase tirée de la Bible était ainsi conçue : Ecee venio cito ei velociter. Bstole parait.

3 Matteo Villani, VIII, cap. n ss. Il commença par prêcher contre la tyrannie en général, puis, la famille régnante des Beccaria ayant voulu le faire assassiner, il changea du haut de la

suivants-, mais ce qui est fréquent, ce sont des critiques hardies, dirigées contre le Pape et formulées dans la propre chapelle du pontife (t. I, p. 295, note 3); ce sont de uaïfs conseils politiques donnés ea présence de princes qui ne croient pas «n avoir besoin '. Sur la place du château de Milan, un prédicateur aveugle de l'Ineoronata (par conséquent un Augus(in) se permettait (1494) de dire du haut de la chaire à Ludovic le More : « Seigneur, ne montre pas le chemin aux Français, car tu t'en repentiras1! » Il y avait des moines prophètes qui, sans s'occuper directement de politique, faisaient de l'avenir des tableaux si terribles que leurs auditeurs en étaient épouvantés. Peu de temps après l'élection de Léon X (1513), douze Franciscains parcoururent l'Italie, qu'ils s'étaient partagée par régions : celui d'entre eux qui prêcha à Florence », Fra Franccsco di Montepulciano, répandit parmi le peuple une terreur toujours croissante, vu que sa parole arrivait, plutôt renforcée qu'affaiblie, jusqu'à ceux que la trop grande multitude empêchait d'approcher de sa personne. Après avoir prononcé un sermon de ce genre, il mourut subitement « d'un mal de poitrine » ; tout le monde vint baiser

chaire la constitution et les autorités elles-mêmes, et força les Beccaria de s'enfuir (1357). Corap. Petrarca, Epp.fam., XIX, 18, et A. HORTIS, Scrilti inediti di F. P., p. 174 à 181.

1 Parfois aussi la famille régnante payait des moines dans les circonstances difficiles po.ir prêcher la loyauté au peuple. Ainsi firent les Este de Ferrare, qui, pendant la guerre centre Venise (1481), chargèrent un prédicateur de Bologne de rappeler à leurs suj ts les bienfaits de leurs maîtres, et de leur peindre les malheurs qu'ils encourraient si les Vénitiens étaient victorieux. Comp. Sanudo, dans Murât., XXII, col. 1218.

* Prato, Arch, stor., III, p. 251. — On trouve dans Burigozzo la nomenclature de prédicateurs antifrançais remarquables par leur fanaiiSîM , qui surgirent après l'expulsion des Français; voir Burigozzo, ikd., p. 443, 449, 485, ad. a. 1523, 1526, î»29.

3 Jac. Pitti, Sloria Fior., \. H, p. 112.

Page 1