‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 123 sur 153 · CHAPITRE II. — LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE

tenue scandaleuse des prêtres pendant la messe. A côté de cela, les fêtes de l'Église brillaient par une magnificence et par un bon goût dont le Nord n'avait aucune idée. On est sans doute obligé d'admettre que le peuple dans la vie duquel l'imagination joue un si grand rôle, négligeait volontiers les choses qu'il avait sans cesse sous ie yeux pour courir à l'extraordinaire.

C'est aussi par l'imagination que s'expliquent ces épidémies de pénitence sur lesquelles il faut que nous revenions ici. Il faut bien les distinguer de l'effet produit par les grands prédicateurs : ce qui les provoque, c'est la présence ou la crainte de calamités générales.

Au moyen âge, on voyait de temps à autre un fléau de ce genre se déchaîner sur l'Europe, et il en résultait parfois chez les masses des mouvements singuliers, tels que les croisades et les pérégrinations de flagellants. L'Italie prit part aux unes et aux autres; les premières légions de flagellants se montrèrent aussitôt après la chute d'Ezzelino et de sa maison, dans la région de cette même ville de Pérouse1 que nous avons appris à connaître (p. 240, note 2) comme une des stations principales des prédicateurs qui devaient apparaître dans la suite. Puis vinrent les flagellants « de 1310 et de 1334, et enfin la grande pénitence sans flagellation, dont parle Corio 3 à propos de l'année 1399. Il est permis de sup-

' Monach. Paduani chron., I. m, au commencement. (MURATORI, vol. XIV.) on lit à propos de cet acte de pénitence : lnvasit primitus Perusinos, Bomanos postmodum, deinde /ère halim populo* universos. Par contre, GuilJ. Ventura (Fragmenta de gesiis Astensium, dans Monum. ktst Pair. SS.. m, col. 701) appelle cette flagellation admirabilù Lombardorum commotio; H dit que des ermites sont venus du fond dejeurs grottes, et qu'ils ont appelé les villes à faire pénitence.

- Giv. Villani, VIII. 122; XI, 23. Les premiers ne furent pas admis dans Florence, mais ceux qui vinrent plus tard furent accueillis avec d'autani plus d'empressement.

Corio, fol. 281. — un esprit soudain de pénitence fut provoqué

poser que les jubilés furent institués en partie pour régulariser et rendre inoffensif autant que possible cet étrange besoin de locomotion; aussi les pèlerinages italiens qui étaient devenus célèbres dans l'intervalle, comme Loreto, par exemple, cherchèrent et réussirentils à attirer une partie des voyageurs ».

Mais sous l'empire de certaines circonstances terribles on voit parfois se réveiller cette fureur de pénitence qui caractérisait le moyen âge ; le peuple effrayé, surtout quand des prodiges viennent se joindre au malheur public, veut apaiser le ciel par des flagellations, des supplications, des jeûnes extraordinaires, des processions solennelles et des édits sur la réforme des mœurs. C'est ce qui eut lieu à Bologne*, lors de la peste et du tremblement de terre de 1457 », et à Sienne, lors des troubles de 1496, pour ne citer que deux exemples entre mille. Ce qui est vraiment émouvant, ce sont les scènes qui se passèrent à Milan en

par les processions des Dealbati; il dura presque deux mois, s'étendant des Alpes à Lucques, de là à Florence et même plus loin; c'est ce que constate Léon. Aretinus, Hi$t. Fior., lib. XII; l'auteur s'exprime presque dans les mêmes termes dans ses Rer. liai. kist. (Ed. Argent., 1610, p. 252.)

1 Des pèlerinages ayant pour but des endroits éloignés deviennent déjà fort rares. Ceux des princes de la maison d'Esté à Jérusalem, à Sant-Yago et à Vienne sont énumérés dans le Mario Ferrarese. (Voir Mûrit., XXIV, col. 182, 187, 190, 279 ) Voir relui de Rinaldo Albizzi en Terre Sainte dans Machi a velu, Stor. fior., 1. v. Parfois c'est aussi le désir de la gloire qui les fait entreprendre; à propos de Lionardi Frescobaldi, qui voulait aller avec un compagnon faire un pèlerinage au saint Sépulcre (vers 14( 0), le chroniqueur Giov. Cavalcanti dit (ht. florentine, ed. Polidori, 1838, II, p. 478) : Stimarono di eternarsi nclla mente degti uomini fuluri. — Le poëme dePontanus : Ad amicos Hierosolymam proflciscentes {Opp., IV,

3446 ss.), se rapporte-t-il à un pèlerinage ou à une tentative faite pour conquérir la Terre Sainte?

* BURSELLIS, Annal. Bon., dans MuRAT., XXIII, col. 890.

3 Allegretto, dans Murât., XXIII, col. 855 ss Le bruit s était répandu qu il était tombé une pluie de sang a ux portes de Sienne. Tout le monde se précipita hors de la ville; tamen gli huomini di giudizio non lo eredono.

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