‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 124 sur 153 · CHAPITRE II. — LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — LA RELIGION DANS LA VIE JOURNALIÈRE

1529, alors que la guerre, la famine et la peste, jointes à la rapacité espagnole, avaient réduit le pays au désespoir C'était un moine espagnol, Fra Tommaso Nieto, qui avait alors le don d'attirer la foule ; dans les processions, que jeunes et vieux suivaient nu-pieds, il faisai t porter le Saint Sacrement d'une manière toute nouvelle, c'est-à-dire fixé sur une caisse recouverte de draperies, qui reposait sur les épaules de quatre prêtres en surplis; c'était une imitation de l'arche d'alliance» telle que le peuple d Israël la porta jadis autour des murs de Jéricho. C'est ainsi que le malheureux peuple de Milan rappelait au Dieu antique l'alliance qu'il avait conclue autrefois avec les hommes, et, lorsque la procession rentrait dans la cathédrale et que la foule criait : Misericordia ! de manière à faire trembler l'édifice, plus d'un pouvait croire que le ciel allait faire violence aux lois de la nature et de l'histoire, et sauver le pays par un miracle.

11 y eut même en Italie un gouvernement qui alla jusqu'à se mettre à la tête de ce mouvement des esprits qui prescrivit et réglementa les actes de pénitence : e* fut celui du duc Hercule Ier de Ferrare ». Pendant que Savonarole était puissant à Florence, que ses prédictions se répandaient au loin et franchissaient même les A peu nins, que l'esprit de pénitence faisait d'incessants progrès, tout Ferrare se mit volontairement au pain et à l'eau (au commencement de l'année 1496) ; un Lazariste annonçait du haut de la chaire la guerre la plus horrible

1 Burigozzo, Arch. stor., m, 486. Relativement à la misère qui désolait alors la Lombardie, Galeazzo Capello (De rébus nuper m Italia gestis) est la source classique; en somme, Milan n'eut guère à souffrir moins que Rome lors du sac (1527).

* On l'appelait aussi l'arca del tettimonio, et l'on savait que la chose était conzado (arrangée) con g<-an mitterio.

3 Diario Ferrarese, dans MURAT., XXIV, col. 317, 322, 323, 326, 386, 401.

et la plus affreuse famine que la terre eût jamais vues; ceux qui jeûneraient, disait -il, pourraient échapper à ce malheur, car ainsi l'avait prédit la Madone à de pieux et saints personnages ». La cour ne put échapper à l'obligation de jeûner; elle prit même la direction du mouvement. Le 3 avril (jour de Pâques), parut un édit contre ceux qui blasphémeraient le nom de Dieu et de la Sainte Vierge, contre les jeux défendus, la sodomie, le concubinage, les maisons publiques ; il fut défendu à tous les marchands, excepté aux boulangers et aux fruitiers, d'ouvrir leurs boutiques les jours de fête, etc.; les Juifs et les Maures, qui étaient venus en grand nombre de l'Espagne pour se réfugier à Ferrare, ne devaient se montrer qu'avec leur 0 en étoffe jaune cousu sur la poitrine. Les contrevenants furent menacés non-seulement des peines édictées par les lois antérieures, mais encore des peines plus graves que le duc trouverait bon de décréter ; l'initiative de ces décrets devait appartenir pour un quart au duc, pour les trois autres quarts à l'accusateur et aux autorités. Pendant quatre jours de suite le duc, civec toute sa cour, assista au sermon; le 10 avril, tous les Juifs de Ferrare furent obligés de s'y rendre ". Mais le 3 mai, le directeur de la police, ce fameux Gregorio Zampante dont il a été question déjà plus haut (t. I, p. 64), fît publier l'ordre suivant : celui qui avait donné de l'argent aux estafîers pour ne pas être dénoncé comme blasphémateur, devait se présenter pour être remboursé, sans préjudice des dommages et intérêts qu'il aurait à toucher; en effet, ces misérables avaient

1 Ad uno santa firm> o santo donna, dit le chroniqueur; il était défendu aux maritati d'avoir des concubines.

4 Le sermon tait surtout à l'adresse des Juifs. Après le sermon, on baptisa un Juif, ma non di quelti, ajoute le Chroniqueur, cht erano

stali a udire la Predica.

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