AFFAIBLISSEMENT DE LA FOI EN GÉNÉRAL
mais qu'ils ont été idéalisés (con arte accresciulé). » Et le malheureux force sa raison à croire et se lamente de ne pouvoir croire de son plein gré. S'il pouvait seulement passer un mois avec de bons moines, il deviendrait croyant ! On voit aussi que ces gens du parti de Savonarole connaissaient peu la Bible; Boscoli ne sait réciter que des Pater et des Ave ; aussi supplie-t-il Luca de dire à ses amis qu'ils se mettent à étudier l'Écriture saint.?, car l'homme ne possède à sa mort que ce qu'il a appris pendant sa vie. Ensuite Luca lui lit et lui explique la Passion d'après l'Évangile de saint Jean ; chose curieuse, la divinité du Christ est évidente pour le condamné, tandis qu'il a peine à comprendre qu'il soit homme en même temps : il voudrait voir l'homme dans le dieu, « comme si Jésus-Christ venait à sa rencontre, sortant d'une forêt » ; là- dessus son ami lui prêche l'humilité, disant que ce sont là des doutes inspirés par Satan. Plus tard il se rappelle que dans sa jeunesse il a fait vœu d'aller en pèlerinage à l'Impruneta, et qu'il n'a pas accompli ce vœu ; son ami lui promet de faire le pèlerinage à sa place. Dans l'intervalle vient le confesseur, un moine du couvent de Savonarole, dont il avait demandé l'assistance; celui-ci commence par lui expliquer les idées de saint Thomas d'Aquin sur le tyrannicide, puis il l'exhorte à mourir sans faiblesse. Boscoli lui répond : « Mon père, ne perdez votre temps, car les philosophes suffisent à m'enseigner le courage de mourir; aidez-moi à souffrir la mort par amour de Jésus-Christ. » Le reste, la communion, les adieux et l'exécution sont décrits en termes extrêmement touchants; mais ce qui frappe surtout, c'est le trait suivant : lorsque Boscoli posa la tête sur le billot, il pria le bourreau de retarder encore d'un moment le coup fatal : « car, disait-il, depuis qu'on lui
avait lu son arrêt, il n'avait cessé d'aspirer à une réconciliation complète avec Dieu sans pouvoir y arriver comme il le désirait; mais en ce moment il espérait se donner à lui tout entier. » C'est évidemment une expression de Savonarole qui, comprise à moitié seulement, avait jeté l'inquiétude dans son âme.
Si nous possédions d'autres aveux de ce genre, le tableau intellectuel s'enrichirait d'une foule de traits intéressants que les traités et les poëmes sont incapables de nous fournir. Nous verrions mieux encore combien était fort le sentiment religieux primitif, combien était subjectif et fragile en même temps l'attachement de l'individu à la religion, enfin quels redoutables ennemis se dressaient en face de cette dernière. 11 est incontestable que des hommes placés dans de telles conditions sont impuissants à fonder une Église nouvelle; mais l'histoire de l'esprit des peuples occidentaux serait incomplète si elle ne s'arrêtait pas sur celte période de fermentation traversée parles Italiens, pendant qu'elle peut s'épargner l'étude d'autres nations qui ne prenaient aucune part au mouvement intellectuel. Mais revenons à la question de l'immortalité.
Si le scepticisme qui régnait à cet égard parmi les esprits cultivés gagna tant de terrain, cela tenait aussi à ce que la grande mission de découvrir le monde et d'en reproduire l'image par la littérature et par l'art, absorbait presque entièrement toutes les forces de l'esprit et de l'âme. Nous avons déjà montré que ce caractère mondain de la Renaissance était fatal (p. 268). Mais en même temps ces études et ces travaux firent naître un sentiment général de doute et de curiosité. Si cet esprit se manifeste peu dans la littérature, si, par exemple, il ne se révèle que par un petit nombre de critiques diri-