‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 131 sur 153 · CIIAP. V. — AFFAIBLISSEMENT DE LA FOI EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

CIIAP. V. — AFFAIBLISSEMENT DE LA FOI EN GÉNÉRAL

gées contre l'histoire biblique (p. 282), il n'en faudrait pas conclure qu'il n'a pas existé. Il était dominé, mais non étouffé par le besoin positif de multiplier les créations de l'art ; en outre, il était contenu parles rigueurs de l'Église, qui se déployaient dès qu'il essayait de s'affirmer sous forme de théorie. Mais cet esprit de doute devait inévitablement se porter sur la question de l'état qui suit la mort plutôt quesur toute autre, etcela pour des raisons trop faciles à comprendre pour avoir besoin d'être énumérées.

Ici encore l'antiquité intervint, et, dans cette matière, elle exerça une double action sur les esprits. D'abord on chercha à s'assimiler la psychologie des anciens et l'on tortura le texte d'Aristote pour arriver à une solution définitive. Dans un de ces dialogues imités de Lucien, comme cette époque en a beaucoup produit ', Charon raconte à Mercure comment, en transportant Aristote dans sa barque, il l'a interrogé sur ses croyances en matière d'immortalité; mais le prudent philosophe, qui n'en continue pas moins de vivre malgré sa mort, n'a pas voulu se compromettre par une réponse nette et positive; qu'adviendra-l-il après de longs siècles de l'interprétation de ses écrits? — On n'en disputait qu'avec plus d'ardeur sur ses opinions et sur celles d'autres écrivains en ce qui concerne la véritable nature de l'âme; son origine, sa préexistence, son unité dans tous les hommes, son éternité absolue et même ses migrations; il y avait même des gens qui traitaient ces questions en chaire *. Dès le quinzième siècle, le débat devint trèsanimé; les uns prouvaient qu' Aristote enseignait positivement la doctrine de l'immortalité de l'âme »; d'autres

1 Jovian. Pontan., Gharon., Opp., II, p. 1128-1195»

8 Faustini Terdocei liïunphus stultitiœ, 1. II.

* Par exemple, Botrbone Morosini, vers 1460; comp. San$ovitu>t

gémissaient sur l'endurcissement des hommes, qui, pour croire à l'existence de l'âme, voudraient la voir de leurs yeux 1 ; Filelfo, dans son oraison funèbre de François Sforza, cite en faveur de l'immortalité une foule de textes de philosophes anciens et même arabes, et termine ces citations, qui tiennent une page et demie d'un in-folio très-serré *, par les deux lignes suivantes : « En outre, nous avons l'Ancien et le Nouveau Testament, qui contiennent la vérité par excellence. » Puis viennent les platoniciens de Florence avec la psychologie de Platon, et, comme Pic, par exemple, avec le complémeut de la théorie du philosophe grec, emprunté à la doctrice du christianisme. Mais leurs adversaires faisaient triompher leur opinion dans le monde éclairé. Au commencement du seizième siècle, l'irritation que l'Église ressentait en voyant combattre les idées professées par elle, était devenue si vive qu'au concile de Latran (1513) Léon X dut publier une constitution3 en faveur du dogme de l'immortalité et de l'individualité de l'âme ; il affirmait cette dernière pour répondre à ceux qui enseignaient que l'âme était une dans tous les hommes. Mais quelques années plus tard parut le livre de Pomponazzo, où l'auteur établissait l'impossibilité de prouver philosophiquement l'immortalité; la lutte entre les partisans et les adversaires de la doctrine en question continua de

Venezia, 1. XIII, p. 243. Il a écrit De immortalitate animas ad me»tem Aristotelis. — Pomp. Lsetus croyait avoir trouvé un sérieux argument en faveur de sa mise en liberté, en rappelant qu'jl avait écrit une épltre sur l'immortalité de l'âme. Comp. la remarquable apologie qui se trouve dans Gregorovius, VU, 580 ss. — Comme pendant dans un sens contraire, voir les plaisanteries de Luigi Pulci sur 1 immortalité de l'âme dans un sonnet cité par Galeoui, Arch. sior. iial., n. S., IX, p. 49 SS.

1 Vcspas. Florent,, p. 260.

' Orationes l'hilelphi, fol. 8.

» Scptimo Decrtfal., 1. V, tit. III, cap. VIII,

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