‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 132 sur 153 · CIIAP. V. - AFFAIBLISSEMENT JE LA FOI EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

CIIAP. V. - AFFAIBLISSEMENT JE LA FOI EN GÉNÉRAL

plus belle et ne cessa qu'en présence de la réaction catholique ; la préexistence des âmes en Dieu, conçue plus ou moins d'après l'idéologie de Platon, resta longtemps une idée très-répandue, dont les poètes1, par exemple, surent tirer parti. On ne se préoccupait pas des conséquences qu'elle entraînait au point de vue de la continuation de l'existence après la mort.

L'antiquité influa sur les idées modernes, surtout par l'intermédiaire de ce remarquable fragment du seizième livre de la République de Cicéron, qui est connu sous le nom de « Son^e de Scipion ». Sans le commentaire de Macrobe, il aurait probablement été perdu comme le reste de la seconde moitié de l'ouvrage de l'orateur romain -, grâce à ce critique, on a pu en faire des copies », et, à partir de l'invention de l'imprimerie, des éditions innombrables; c'est ainsi que d'autres commentateurs ont pu l'étudier sous toutes ses faces. Il s'agit de la description d'un ciel réservé aux grands hommes, que remplit l'harmonie des sphères. Ce ciel païen, que d'autres extraits des auteurs anciens firent encore mieux connaître, prit insensiblement la place du ciel chrétien, de même que l'idéal de la grandeur historique et de la gloire rejeta dans l'ombre l'idéal de la vie chrétienne, mais sans que le sentiment intime de l'homme en fût blessé comme par la doctrine de la suppression totale de la personnalité. Déjà Pétrarque, sans faire mention de la Bible3,

1 Ariosto, Orlando, canto VIII, str. 61. — Ridiculisés dans Orlandino, cap. iv, sir. 67, 68. — Cariteo, membre de l'académie, napolitaine de Pontanus, profite de la théorie de la préexistence des âmes pour exalter la mission de la maison d'Aragon. Roscoe, Leons X ed. Bossi, t. II, p. 288.

s Ortlliad Cic. de repuM,, 1, VI. — Comp. aussi LUCAN., Pharsal., IX, au commencement.

* Petrarca, Epp./am., iv, 3; IV, 6. Fracass. (en ital.),I, 498 ss.

fonde ses espérances sur ce « Songe de Scipion », sur les affirmations qu'il trouve dans d'autres écrits de Cicéron et sur le Phédon de Platon. « Pourquoi, se demande-t-il, ne partagerais-je pas comme catholique une espérance que je trouve chez les païens? » Un peu plus tard, Coluccio S. lutati écrivait ses « Travaux d'Hercule » (dont le manuscrit existe encore), où il prouve à la fin que le ciel appariient de droit aux hommes énergiques qui ont soutenu de grandes luttes et accompli de grands travaux sur la terre Si Dante avait cru devoir assigner aux païens les plus illustres, qu'il jugeait certainement dignes du paradis, ces limites qni se trouvent à l'entrée de l'enfer', la poésie moderne, par contre, acceptait avec enthousiasme ces idées libérales sur l'autre monde. Côrae l'ailé, d'après le poëme écrit par Bernardo Puici sur sa mort, est reçu dans le ciel par Cicéron, qui a mérité, lui *ussi, le nom de « père de la patrie », par les Fabius, par Curius, par Fabncius et par beaucoup d'autres; il sera avec eux un des ornements de ce chœur où n'entrer que des âmes sans reproche*.

Mais il y avait encore dans les auteurs anciens une image moins riante de l'autre vie; c'est le royaume des ombres d'Homère et des poêles qui n'avaient pas égayé et humanisé cette seconde existence. Certains esprits en avaient été irappés. Jovianus Pontanus4 met dans la

1 Fil. Villani, Vite, p. 15. Ce remarquable passage est ainsi COIIÇU : Che agit vomtniforlissimi poichè hanno vinto le mottruose fatiche délia terra, debitam*nte sieno date le stelle.

* Inferno, IV, 24 ss. — Comp. Purgatorio, VII, 28; XXII, 100.

' Ce ciel païen se retrouve aussi dans l'épiiaphe du sculpteur Nicolo dell' Arca *

Nune te Praxiieies, Phidias, Polycletus adorant Miranturque tuas, o Nicolae, manus.

(Dan» BURSELLIS, Ann. Bonon., MURAT. , XATÎI ool 912

4 Dans un de ses derniers écrits Aetna

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