‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 25 sur 153 · LÀ BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

LÀ BIOGRAPHIE

En dehors du domaine de la poésie, les Italiens ont été les premiers de tous les Européens qui aient eu l'idée et le talent de peindre exactement l'homme historique au physique et au moral.

Sans doute le moyen âge produisit de bonne heure des essais dans ce genre, et la légende contribua du moins à entretenir jusqu'à un certain point le goût de la biographie et les aptitudes qu'elle exige. Dans les annales des couvents et des chapitres, on rencontre souvent des biographies très-intéressantes, comme celles de Meiuhard, supérieur du couvent de Paderborn, et de Godehard, supérieur de celui de Hildesheim ; on trouve de même des portraits de plusieurs de nos empereurs d'Allemagne tracés à la manière de Suétone, qui renferment des parties admirables; ces « Vitœ » profanes et d'autres semblables forment à la longue une galerie de pendants aux histoires des saints. Pourtant on ne peut guère nommer Egiuhard et Radevicus" à côté de Joinville, l'auteur de la Vie de saint Louis, attendu que ce livre, unique dans son espèce, est la première biographie

1 Radevicus, De gestis Friderici imp., surt. II, 76. — La remarquable Vita Henrki IV contient moins de détails personnels; il en est de même de la Vita Clwonradi imp., par Wipo-

parfaite d'un homme de l'Europe moderne. En général, des caractères comme celui de saint Louis sont fort rares; de plus, c'est une bonne fortune singulière qu'il se soit rencontré un écrivain d'une entière naïveté qui ait su démêler les sentiments de son héros dans tous les traits et dans tous les événements dont sa vie se compose, et les représenter en même temps d'une manière si parlante. Qu'il est difficile, en présence de l'insuffisance des sources historiques, de reconstituer même à peu près l'image d'un Frédéric II ou d'un Philippe le Bel! Bien des ouvrages qui, jusqu'à la fin du moyen âge, prétendent au titre de biographies, ne sont, à vrai dire, que des chroniques; il leur manque absolument le sentiment de l'individualité du personnage à peindre.

Chez les Italiens, au contraire, la recherche et l'élude des traits caractéristiques d'hommes considérables deviennent une tendance dominante, et c'est là ce qui les distingue du reste des Occidentaux, chez lesquels cette préoccupation ne se manifeste qu'à titre accidentel et dans des cas extraordinaires. En général, ce développement du sentiment de l'individualité ne peut exister que chez celui qui lui-même est sorti de la race pour devenir individu.

En même temps que se répand l'idée de la gloire (t. I, p. 177 ss.), se forment des biographes indépendants, de véritables critiques qui n'ont plus besoin de s'en tenir à des dynasties et à des séries de personnages ecclésiastiques, comme Anastasius», Agnellus* et leurs

1 II s'agit du bibliothécaire Anastasius, du milieu du neuvièm siècle, auquel on attribuait autrefois, mais à tort, toute la colle tion des Vies des papes {Liber pontificalis). Comp. WaTTENB vch. Sourc, de l'histoire d'Allemagne, 3« éd., I, p. 223 SS.

2 A peu près contemporain d'Anastasius; il egt l'auteur d'une histoire de l'évêché de Ravenne; voir Wattenbach, p. 227.

Page 1