CHAPITRE V. — LA BIOGRAPHIE
successeurs, ou comme les biographes des doges de Venise. Ils racontent la vie d'un homme quelconque, quand et parce qu'il a joué un rôle considérable. Outre Suétone, ils prenaient pour modèles Cornélius Nepos, les Viri illustres et Plutarque en général, en tant qu'il était connu et traduit; en matière d'histoire littéraire, les vies des grammairiens, des rhéteurs et des poètes, que nous trouvons dans Suétone et la célèbre vie de Virgile, par Donatus, semblent les avoir surtout inspirés.
Nous avons rappelé plus haut (t. I, p. 182 ss.) comment le quatorzième siècle vit naître des recueils biographiques, des vies d'hommes illustres et de femmes célèbres. Les auteurs de ces ouvrages ne sont naturellement que des imitateurs de leurs devanciers, dès que leurs personnages ne sont pas des contemporains; le premier écrit original, le premier chef-d'œuvre dans ce genre, c'est la vie de Dante par Boccace. Écrit d'une plume légère, hardie, souvent trop capricieuse, ce travail n'en fait pas moins sentir vivement tout ce qu'il y a eu d'extraordinaire dans la vie et dans la personne de Dante a. Puis viennent à la fia du quatorzième siècle les « Vite » de Florentins remarquables, par Philippe Villani. Ce sont des gens de toute espèce : des poètes, des juristes, des médecins, des philologues, des théologiens, des astrologues, des artistes, des hommes d'Etat, des guerriers, dont beaucoup vivent encore. Florence est traitée dans cet ouvrage comme une brillante famille où Ton note les rejetons chez lesquels l'esprit de la maison s'est conservé dans toute sa force. Ces por-
1 Je n'ose pas décider à quelle époque Philostrate a écrit ses collections.
2 Comp. le jugemmt remarquable porté par M. Landau, Boccace, p. 180-182.
traits sont fort courts; mais l'auteur a un rare talent pour faire ressortir tout ce qui est caractéristique; il s'entend surtout merveilleusement à mener de front la peinture physique et la peinture morale de ses personnages '. A partir de cette époque3, les Toscans n'ont jamais cessé de regarder la biographie comme un genre dans lequel ils étaient particulièrement appelés à réussir, et c'est à eux que nous devons les meilleurs portraits d'italiens du quinzième et du seizième siècle. Giovanni Cavalcanti (dans les suppléments de son histoire de Florence publiée avant 1450) J réunit des exemples de vertu et d'abnégation civique, d'intelligeuce politique, de talent militaire; ceux qui les ont donnés sont tous des Florentins. Le pape Pie II fait dans ses commentaires d'excellents portraits de contemporains célèbres; ré cemment on a réimprimé un travail qu'il a fait antérieurement aux commentaires *, et qui renferme en queique sorte les ébauches de ces portraits , mais
1 Voir plus haut, t. I, p. 167, note 2. L'original (en latin) n'a été publié par Galetti, à Florence, qu'en 1847, sous le titre : Philippi Villani libir de cir.italis Florentiœ famosis civibus, une vieille traduction italienne a été souvent imprimée depuis 1747; elle l'a été en dernier lieu en 1858. Le deuxième livre seulement nous intéresse ici; le premier, qui n'a jamais été imprimé, expose l'histoire primitive de Florence et de Rome. Ce qui est surtout intéressant dans le traité de Villani, c'est le chapitre De semipoetis, c'est-à-dire parlant d'auteurs qui ont écrit moitié en prose, moitié en vers, ou d'auteurs qui, en dehors de leurs occupations professionnelles, ont aussi publié des poésies.
* Ici nous renvoyons encore une fois à la biographie de L. B. Alberti, dont nous avons fait des extraits plus haut, t. I, p. 173 ss. (c'est probablement une autobiographie; voir plus haut, t. I, p. 173, note 2), ainsi qu'aux nombreuses biographies florentines qui se trouvent dans YArchivio storico de Muratori et ailleurs.
3 Sloria fiorentina, publ. par F. L. POLinoiu, Florence, 1838.
« De viri* illustribus, dans les écrits de la Société littéraire de Stuttgart, n° 1, Stuttgart, 1839. Comp. G. Voigt, H, p. 324 Sur les soixante-cinq biographies, il s'en est perdu vingt et une.