CHAPITRE VIII. - PEINTURE DE LA VIE ACTIVE
des auteurs italiens de tout genre se plaisent à reconnaître et à faire ressortir ce qu'il peut y avoir de grand et de respectable dans la vie du paysan. Jovianus Pontanus raconte1 avec admiration des traits de force d'âme empruntés à la vie des sauvages habitants des Abruzzes; dans les recueils de biographies comme dans les Nouvelles on retrouve l'héroïque fille des champs «qui risque sa vie pour défendre son honneur ou sa famille 8.
Dans de telles conditions il était possible de poétiser la vie rustique. 11 faut d'abord mentionner les Églogues de Batlisia Mooiovano, qu'où lisait beaucoup autrefois et qui méritent d'être lues encore aujourd'hui. (C'est un de ses premiers ouvrages, qu'il a composé lorsqu'il était encore étudiant, en 1480.) Elles flottent encore entre le naturel et le conventionnel ; pourtant le naturel prédo-
et de courir avec les villageois. Il cortigiano, 1. II, fol. 54. — Un propriétaire qui se console de l'avidité et de la fourberie de ses fermiers par l'idée qu'on apprend ainsi à supporter les gens, C'est Pandolfini (L. B. Alberti), dans le Trattalo del governo délia
fomiglia, p. 86.
1 Jovian. Pontan. De fortitudine, lib. II.
s On apprend à connaître la célèbre paysanne de la Valteline, Bona Lombarda, comme femme du condottiere Pietro Brunoro, dans Jacobus Bergomensis et dans Porcellius. (Voir Morat., XXV, col. 43.) — Comp. plus haut, t. I, p. 362.
3 Nous ne sommes pas à même de donner de plus amples détails sur la condition des paysans italiens d'alors, suivant les régions qu'ils habitaient, il faut consulter des ouvrages spéciaux, qui nous font défaut, pour se renseigner sur le rapport qui existait en ce temps-là entre le propriétaire et le fermier, ainsi que sur les charges qui pesaient sur tous deux, comparées aux charges actuelles. Dans les périodes de trouble et d'agitation, les paysans se livrent parfois à de terribles excès (Arch. stor., XVI, i, p. 451 ss., à propos de l'année 1140. — Corio, fol. 259. — Annales Foroliv., dans Murât., XXII, col. 227; ici l'on dit seulement que machinantes contra statum scelera sont pendus); mais nulle part n'éclate une jacquerie générale. L'insurrection des paysans des environs de Plaisance en 1462 a quelque importance et est très-intéressante. Comp. Coiuo, Storia di Milano, fol. 409. Annales Placent., dans Murât., XX, col. 907. Sismondi, X, p. 138. — Comp. aussi plus bas, sixième partie, chap. i.
mine. On y retrouve l'accent d'un honnête curé de village, qui met une certaine ardeur à éclairer les esprits. Lorsqu'il était Carmélite, il avait sans doute vu de près les gens de la campagne
Laurent le Magnifique montre un talent bien plus vigoureux : il sait s'identifier avec les paysans qu'il met en scène. Sa Nencia di Barberino 8 se lit comme une suite de véritables chansons populaires des environs de Florence, qu'il a réunies dans ses octaves à l'allure franche et rapide. L'objectivité du poëte est telle qu'on se demande s'il a de la sympathie pour le personnage qu'il fait parler (c'est un jeune paysan, Vallera, qui déclare son amour à Nencia) ou s'il veut s'en moquer. Il a recherché le contraste avec la bucolique conventionnelle qui met toujours en scène Pan et les nymphes; Laurent se complaît dans le grossier réalisme de la vie rustique, et pourtant l'ensemble de son œuvre produit une impression vraiment poétique.
lF. Bapt. Mantuani Bucolica seu adoleseentia in decem eclogas divisasouvent réimprimé, p. ex. à Strasbourg en 1504. L'époque où ces eglogues ont été composées est indiquée par la date de la préface (1498), par laquelle on voit aussi que la neuvième et la dixième églogue ont été écrites plus tard. En téte de la dernière on lit • Post religionit ingressum; en téte de la septième, au contraire, on trouve ces mots : Cum jam aulor ad religionem aspiraret. Dans ces églogues il n'est pas exclusivement question de la vie rustique il n'y en a même que deux qui en parlent, savoir la sixième De disceptatione rusticorum et civium (dans laquelle le poëte montre sa préférence pour les paysans), et la huitième, De rusticorum religione; les autres parlent d'amour, des rapports entre les riches et les poëtes, de la conversion aux sentiments religieux, des mœurs de la curie romaine.
8 Poésie di Lorenzo Magni/., f, p. 37. - Les remarquables poésies de l époque du Minnegesang allemand, qui portent le nom de Neilhard de Reuenthal, ne représentent la vie rustique qu'autant que le chevalier trouve du plaisir à se livrer à cette description. Les paysans, dans leurs chants populaires, relèvent vivement les railleries de Reuenthal. Comp. Charles Schroedeu, La poésie cham-