CHAPITRE III. — LA LANGUE CONSIDÉRÉE, ETC
lion sur le fanatisme des puristes, sur leurs congrès linguistiques, etc. leur influence ne devint sérieusement nuisible que plus tard, lorsque le souffle d'originalité qui avait animé la littérature se fut affaibli et qu'ii s'évanouît même sous l'action de causes bien plus puissantes. Enfin, l'Académie délia Crusca était libre de traiter l'italien comme une langue morte. Mais elle était réduite à une telle impuissance qu'elle ne put pas même l'empêcher de prendre au siècle dernier l'esprit français.
C'était cette langue aimée, cultivée, assouplie par tous les moyens, qui constituait, sous la forme de la conversation, la base de la sociabilité. Tandis que, dans le Nord, la noblesse et les princes vivaient isolés ou bieu dépensaient leurs loisirs dans les tournois, à la chasse, dans des cérémonies pompeuses, que les bourgeois passaient leur temps à se livrer à des jeux ou à des exercices corporels, parfois aussi à versifier ou à célébrer des fêtes, il y avait de plus, en Italie, une sphère neutre où des gens de toute origine, dès qu'ils avaient le talent et la culture nécessaires, s'amusaient à causer et à échanger des idées sérieuses ou gaies sous une forme noble et délicate. Comme la question de l'hospitalité ne venait qu'en seconde ligne2» il était facile de tenir à l'écart les sots et les parasites. Si nous pouvions prendre au mot les
» Vers la fin de l'année 1531, un congrès de ce genre devait avoir lieu à Bologne, sous la présidence de Bembo, après qu'une première tentative avait échoué. Voir la lettre à Claud. Tolomei, dans FlRENZCOLA, Opère, vol. II, Appendices, p. 231 ss. Pourtant il s'agit ici moins du purisme que de la vieille querelle entre les Toscans et les Lombards.
2 Vers 1550, Luigi Cornaro se plaint (au commencement de son Traitato délia viia aobria) du fait suivant : ce n'est que depuis peu de temps qu'on voit l'Italie envahie par les cérémonies et les compliments (espagnols), par le luthéranisme et par la débauche. (La tempérance et la liberté, la facilité des relations sociales disparurent en même temps.) Comp. p. 93 et 94.
auteurs de dialogues, les plus graûds problèmes de l'existence auraient rempli la conversation entre des esprits d'élite-, l'expression des pensées les plus élevées n'aurait pas été, comme généralement dans le Nord, un fait isolé, elle aurait été un don commun à plusieurs. Nous nous bornerons ici à parler de la sociabilité dans ce qu'elle a de gracieux et de léger.