LA FORME SUPÉRIEURE DE LA SOCIABILITÉ
Au commencement du seizième siècle, du moins, cette forme est belle et régulière; elle repose sur une convention, tacite ou non, qui s'inspire surtout du but à atteindre et de la convenance, et qui est juste l'opposé de l'étiquette pure. Dans des cercles peu raffinés qui avaient le caractère d'une corporation permanente, il y avait des statuts et des admissions en forme, comme, par exemple, dans ces bruyantes et joyeuses sociétés dont parle Vasm les réunions régulières de corps aussi nombreux rendaient possible la représentation des comédies les plus importantes d'alors. Les sociétés réunies par hasard et pour un temps limité seulement acceptaient volontiers les lois éphémères de la dame la plus considérable. Tout le monde connaît le début du Décamèron de Boccace et considère l'empire de Pampinéa sur la société comme une agréable fiction; il est certain que ce n'est là qu'une fantaisie de l'auteur, mais c'est une fantaisie
1 Vasari, XII, p. 9 et 11, Vita de Rustici. — Qu'on y ajoute la clique médisante d'artistes râpés, XI, 216 ss. — Vita d'Anstotile. — Les capitoli de Machiavel sur une société de plaisir (dans les Opère minori, p. 407) sont une caricature comique de statuts de sociétés, dans le genre du monde renversé. — Ce qui est et restera incomparable, c'est la description de la soirée d'artistes à Rome, chez Benvenuto Cellini, I, chap. xxx.
qui repose sur uue pratique aussi réelle que fréquente. Firenzuola, qui écrit près de deux siècles plus tard (1523), et qui commence de la même manière son recueil de Nouvelles, en invoquant formellement l'exemple de Boccace, Firenzuola se rapproche certainement bien plus encore de la réalité en mettant dans la bouche de sa reine d'occasion un véritable discours du trône sur la distribution du temps pendant le séjour que la société qu'elle gouverne fera à la campagne. La journée commence par une heure d'entretien philosophique ; on disserte tout en se dirigeant vers une hauteur; on se réunit à table \ et le repas est égayé par les accords des luths et par des chants; puis on récite à l'ombre et au frais une canzone nouvelle dont le sujet est chaque fois indiqué la veille; le soir, on se rend au bord d'une source; là, tout le monde prend place et chacun à son tour raconte une nouvelle ; enfin vient le souper, qui est accompagné et suivi de conversations plaisantes « qui peuvent encore s'appeler convenables pour nous autres femmes et qui ne doivent pas sembler inspirées par les fumées du vin à vous autres hommes ». Dans les introductions ou dédicaces qui précèdent les différentes nouvelles, Bandello n'introduit pas de ces discours d'inauguration solennels, attendu que les diverses sociétés devant lesquelles se racontent ses histoires forment des cercles déjà constitués; mais il laisse deviner d'une autre manière combien il devait y avoir d'esprit, d'imagination et de grâce chez les membres de ces réunions. Bien des lecteurs se diront qu'il n'y avait rien à perdre ni à gagner dans une société qui pouvait écouler des récits aussi immoraux. Il serait plus juste de demander sur quelles
1 il s'agit du déjeuner qui avait lieu à dix ou onze heures. Comp. Bandello, parte II, nov. 10.