‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 65 sur 153 · C1IAP. IV. - LA FORME SUPÉRIEURE DE LA SOCIABILITÉ · texte numérisé non relu

C1IAP. IV. - LA FORME SUPÉRIEURE DE LA SOCIABILITÉ

bases solides devait reposer une société qui, malgré ces histoires, respectait les formes, ne dépassait pas les bornes de la convenance, et qui, au milieu des distractions les plus futiles, était capable de revenir aux discussions sérieuses. C'est que le besoin de relever et d'enno- Liir les relations sociales était plus fort que tout le reste. Il ne faut pas prendre pour terme de comparaison la société fort idéalisée que Castiglione, à la cour de Guidobaldo d'Urbin, et Pietro Bembo, au château d'Asolo, présentent comme te but suprême de la vie. C'est précisèment la société d'un Bandello, avec toutes les frivolités dont elle s'occupe, qui donne la meilleure mesure de la distinction, de la grâce facile, de la bieuveillance, de la véritable liberté, et même de l'esprit, du goût délicat en matière de poésie et d'art qui distinguaient ces cercles. Un fait qui prouve surtout en faveur de cette société, c'est que les dames qui en étaient l'âme devenaient célèbres et jouissaient de la plus haute considération, sans que leur réputation en souffrit le moins du monde! Sans doute, une des protectrices de Bandello, Isabelle de Gonzague, de la maison d'Esté (t. I, p. 55), a donné prise à la médisance ; mais c'est à la conduite légère de ses demoiselles d'honneur', et non à ses propres écarts, qu'elle doit sa fâcheuse renommée. Julie de Gonzague-Colonna, HippolyteSforza, qui devint princesse de Beutivoglio, Blanche Rangoua, Cécile Gallerana, Camille Scarampa et d'autres furent absolument irréprochables, ou bien les fautes de leur vie privée ne diminuèrent en rien l'éclat de leur gloire. La dame la plus célèbre de l'Italie, Vittoria Colonna (née en 1490, morte en 1547), l'amie de Castiglione et de Michel-Ange, était

**k\°>Jrch- «or., M, P- 309, nomme ces dames : Alquanie ministre dt Venere.

une sainte *. Quoi qu'il en soit, ce qu'on raconte de particulier sur les divertissements auxquels ces sociétés se livraient à la ville, à la campagne, dans des stations balnéaires, n'est pas tellement extraordinaire qu'on puisse en conclure la supériorité de la société italienne sur celle des autres pays de l'Europe. Mais qu'on écoute Bandello* et qu'on se demande ensuite si quelque chose de pareil était possible en France, par exemple, avant que ce genre de société eût été transporté dans ce pays par des hommes comme lui. Sans doute, ces cercles élégants n'eurent aucune influence sur la production des grandes œuvres de cette époque ; cependant on aurait tort de faire trop bon marché de la part d'initiative qui leur revient dans le mouvement de l'art et de la poésie ; elles ont au moins le mérite d'avoir aidé à créer ce qui n'existait alors dans aucun pays : l'unité du goût et l'amour éclairé du beau. Ce genre de société est donc un produit nécessaire de cette culture et de cette existence qui étaient alors particulières à l'Italie et qui depuis sont devenues européennes.

A Florence, la vie sociale subit l'influence de la littérature et de la politique. Laurent le Magnifique est avant tout une personnalité qui domine complètement son entourage, non pas, comme on serait tenté de le croire, par sa situation qui le met au niveau des princes, mais par l'éclat de ses qualités naturelles. Il est le maître absolu de ce cercle, précisément parce qu'il laisse toute liberté à ces hommes si différents les uns des autres»,

1 On trouve des détails biographiques et quelques-unes de leurs lettres dans A. de Reumont, Lettres d'Italiens craignant Dieu. Fribourg eu Brisgau, 1877, p. 225 ss.

s Les passages les plus importants sont : parte I, nov. 1, 3, 21, 80. 44:11, 10, 34, 55; III, 17, etc.

» Conip. Lor. Maynif. de' Medici, Poésie, I, 204 ( le Banqutt), 291

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