‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 98 sur 153 · CHAPITRE PREMIER. — LA MORALITÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — LA MORALITÉ

neur1.» Malheureusement, quand on est capable défaire une pareille distinction, on est bien près de se donner tout entière!

L'iofidélité de la femme est regardée comme légitime quand elle est provoquée par celle du mari. La femme dont l'individualité a été développée considère la violation du devoir conjugal par le mari non pas seulement comme la cause d'une blessure douloureuse, mais encore comme un affront, comme une tromperie humiliante pour elle, et dès lors elle tire de son époux la vengeance qu'il a méritée, et cela froidement, sans passion. La mesure du châtiment à infliger est une question qu'il appartient à son tact de décider. L'offense la plus grave peut, par exemple, être suivie de la réconciliation et ne pas nuire à la paix future du ménage, si elle reste tout à fait secrète. Les nouvellistes, qui sont pourtant au courant de cette sorte de scandales ou qui en inventent en s inspirant de l'esprit de leur époque, s'extasient quand la vengeance est parfaitement proportionnée à l'outrage, quand elle est savante. Il est bien entendu qu'au fond le mari ne reconnaît jamais cette loi du talion, et qu'il ne consent à la subir que par peur ou par des raisons de prudence. Quand ii n'est pas guidé par des considérations de ce genre, quand, à la suite de l'infidélité de sa femme, il se sent menacé de devenir la risée des tiers, laventure tourne au tragique. Il n'est pas rare alors de voir la femme coupable devenir la victime d'une vengeance sanglante. Ce qui est caractéristique au plus haut point, c'est qu'outre le mari, les frères3 et le père de la femme

1 Giraldi, Hecatommiihi, in, nov. 2. — On trouve des idées tout à fait semblables dans Corligiano, 1. IV, fol. 180.

3 On trouve l'exemple de la vengeance monstrueuse d'un frère (Pérouse, 1455) dams la chronique de Graziani, Arch, ttor., XVI, i, p. 629. Le frère force l'amant à crever les yeux à sa sœur, et le

se croient autorisés et môme obligés à punir l'épouse adultère. Dans ces cas la jalousie n'entre plus pour rien dans le châtiment, et le sentiment moral est presque hors de cause; ce qui domine, c'est le désir de. faire passer aux tiers l'envie de rire et de se moquer. « Aujourd'hui, dit Bandello, on voit une femme empoisonner son mari pour assouvir librement des désirs criminels, comme si, devenue veuve, elle pouvait faire tou: ce qu'il lui plaît Une autre fait assassiner son mari par son amant, parce qu'elle a peur que sa faute ne se découvre Puis surgissent pères, frères et maris, armés du poison, du fer et d'autres moyens; ils font disparaître l'objet qui :ause leur honte, ce qui n'empêche pas bien des femmes de continuer, au mépris de leur vie et de leur honneur, i se livrer à leurs passions1. » Une autre fois il s'écrie av;c moins de violence : « Ah! s'il ne fallait pas tous l<s jours entendre dire : Un tel a tué sa femme parce qu'l la soupçonnait d'infidélité, tel autre a poignardé sa file parce qu'elle s'était mariée secrètement, celui-là enïn a fait tuer sa fille parce qu'elle ne voulait pas acceper l'époux qu'il lui avait choisi! C'est bien cruel à nous de vouloir faire tout ce qui nous passe par la tête et dî me pas reconnaître aux pauvres femmes le même d aitt. Se permettent-elles de faire quelque chose qui rous déplaît, vite nous recourons à la corde, au poignari ou au poison. Quelle folie, de la part des hommes, de sipposer que leur honneur et celui de toute la maison dép<ndlent des désirs d'une femme! » Malheureusement il étai parfois si facile de prévoir l'issue d'une intrigue d'amou>, quae le nouvelchasse en l'accablant de coups. Il faut dire qe liai famille était une branche des O ldi, et qae l'amant n élit, effu'un cordier.

1 Bandello. parte I, nov. 9 et 26. On voit h cionfesseur de la femme se laisser Gagner par le mari et révéleri'adiuillère.

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