I.A CIVILISATION
L'avenir industriel, de même que la portée sociale et politique de la Russie, fut clairement dévoilé au génie de Picrre-le- Grand, et depuis lui, on n'a fait que poursuivre l'accomplissement successif de son oeuvre d'exploitation.
Mais cet accomplissement est, et restera toujours à la charge du Pouvoir et du Gouvernement. Relativement aux forces physiques de l'Empire, comme relativement à ses agents moraux, ou retrouve toujours la nécessité de son unité autocrate, et par là forte et omnipotente.
Ces ressources et ces forces ne sauraient jamais être dégagées ni utilisées généralement, si le Pouvoir ne les embrassait pas dans toute leur étendue ; s'il ne leur donnait pas la direction ; s'il n'en enseignait et la portée et la manipulation. C'est lui qui seul peut les combiner avec les différents intérêts des régions et des localités , en leur épargnant ainsi , ou le choc qui brise en éclats, ou la compression qui lentement dessèche et tue.
Sans le stimulant qui part du Pouvoir et qui se répand en tous sens, l'activité serait étouffée par l'inertie; car l'intérêt individuel n'étant souvent qu'un excitatif trop faible , parfois même mal compris, ne saurait conséquemment ^voir des résultats généraux.
Si un des éléments, en même temps qu'un des résultats de la civilisation, est la prospérité, son développement exige impérieusement une sécurité, un calme et un ordre, sans lesquels elle ne pourrait pousser le moindre germe.
Cet ordre , qui consiste non seulement dans le calme et la tranquillité des populations, mais qui doit être un état social, où toutes les forces productives soient sûres d'une liberté égale, et reçoivent une direction simultanée vers un même but, la nature du Pouvoir qui régit la Russie le lui assure également.
A côté des mesures purement législatives et administratives , dont le Pouvoir seul est capable d'apprécier l'opportunité, la disposition des ressources matérielles sur une échelle proportionnée à l'immensité du territoire , ne peut de même partir que de lui , puisque les principaux ressorts qui doivent mettre en mouvement toute cette création sont accumulés et disposés entre ses mains.
Tous les genres de travaux publics, qui seuls peuvent accélérer et accomplir les destinées matérielles d'un Etat, avaient déjà été créés et entrepris par
Pierre-le-Grand, qui les exécuta sur le littoral, comme à rintérieur de son Empire.
De nouvelles découvertes ont depuis élargi la sphère de ces travaux. Mais les appliquer en Russie, ne peut être le fait que d'un pouvoir absolu dans ses décisions, comme dans ses moyens d'exécution ; absolu de même par l'obéissance qu'il trouve sur tous les points. Sans ces conditions normales, il n'y aurait ni ensemble dans les travaux, ni moyens de les conduire à travers les entraves qui surgiraient , autant par le manque d'une conception générale, que par celui de moyens d'exécution.
La question d'économie domestique est d'autant plus exclusivement question gouvernementale dans tous ses rapports avec l'industrie, qu'il existe une disproportion plus grande entre la matière première, c'est-à-dire, entre toute l'étendue du sol en général et les moyens de le remuer ; moyens qui consistent dans le capital , et la quantité disponible des divers instruments de travail, des bras et des machines qu'exigent les différents points du sol. Ces dernières demandent en outre pour agir avec efficacité, une combinaison intelligente et précise, combinaison qui ne peut sortir que du Gouvernement, car lui seul embrasse à la fois de son regard, et la cause et les moyens.
Il n'y a aussi que le Gouvernement qui puisse entreprendre et conduire à bout l'œuvre gigantesque de l'émancipation du sol par les chemins et les canaux ;
ainsi que de l'adoucissement des climats par le nivellement et les dessèchements qui en égalisent la disparité. Lui seul encore peut réduire tes distances, non pour quelques points seulement, mais successivement pour toute la Russie. Les essais des individus et des compagnies n'y pourraient suffire, et ils se perdraient dans l'immensité de l'espace.
L'industrie manufacturière, que son échelle sur les différents points du pays , soit grande ou petite , ' de même que l'industrie agricole, sera plus que suffisante pour occuper de son exploitation la plus grande partie des capitaux des individus et des associations.
Le Gouvernement n'est plus dans la nécessité générale de devenir partout le premier entrepreneur; car , grâce à ses soins , l'instruction nécessaire , comme aussi l'esprit des entreprises, est assez généralement répandue. Sa mission d'exploitateur des terrains et des produits semble être arrivée à son terme ; et les spéculations de ce genre n'auront besoin que de leurs propres forces pour avancer dans les voies, que le premier, il a tracées devant elles.
Un ministère ou une administration spéciale de l'industrie , dans tout son ensemble , lui en conserverait toujours la haute main et la direction. Cette branche administrative, outre les résultats immédiats qu'elle exercerait sur l'état industriel du pays ; état qui par là , souvent ne serait pas soumis aux règles fiscales de la douane , s'occuperait encore à réunir des matériaux
et posséderait avec le temps une statistique du pays, non seulement sous le rapport de sa population , de son étendue topographique, de la quantité des bestiaux domestiques et de la qualité du sol, mais encore de toutes les forces motrices , des capitaux en circulation , de la qualité et de la quantité des travaux dans chaque embranchement agricole et industriel, de la valeur des produits livrés par ceux-là, de la possibilité de leur amélioration et de leur augmentation, de la demande qui en pourrait être faite , et enfin de Técoulement. On approfondirait , on évaluerait ainsi la capacité et les penchants des intdligences , comme aussi la capacité productive du sol ; et le tout , combiné de la sorte, formerait une statistique, tant morale que physique, de l'industrie.
Les^ bonnes écoles normales prépareront des ouvriers , et déjà on a joint aux gymnases et aux autres institutions l'enseignement de l'agriculture et de la technologie manufacturière. Ainsi, par la voie de l'instruction , l'influence du Gouvernement sur la prospérité des établissements augmentera au fur et à mesure que ceux-ci trouveront des travailleurs intelligents, munis des connaissances élémentaires, et capables de les étendre successivement par l'assiduité , l'observation et l'expérience.
Avec le temps, peut-être, une nouvelle- organisation attachera les fils aux travaux de leurs përes , et par cette hérédité manufacturière , on verra se multiplier
et se perfectionner les ressorts de toute espèce de productions. Une des raisons de la supériorité de l'Angleterre dans tout ce qui est travail , c'est que pour la plupart du temps, un seul et même genre est transmis des përes aux enfants qui , grandissant ainsi avec le procédé, le manient avec assurance et dextérité, et lui appliquent tous les ressorts d'une intelligence qui s'est presque exclusivement développée en vue de cette occupation. Les ouvriers qui arrivent aux fabriques à un âge mûr perdent un temps précieux à apprendre insuflSsamment leur métier, que bien rarement ils parviennent à connaître complètement et à manier avec perfection.
Le plus puissaot secours que trouvent l'État et la Dation entière, dans le développement des intérêts matériels de la Russie , découle de la noblesse , qui ayant principalement , sinon exclusivement , à sa disposition les matières premières , et possédant en outre Tinstruction nécessaire, tant générale que détaillée, dispose encore en grande partie de la main-d'œuvre et du capital. La noblesse russe préside aujourd'hui, sous l'influence du Souverain , au développement , tant moral que physique , de son pays. Elle devrait ^ se maintenir pour toujours à cette élévation , puisque c'est elle seule qui résume dans leurs différents degrés la masse des lumières qui éclairent le pays, et que, par sa fortune, c'est elle encore qui les applique à l'amélioration généi*ale.
La noblesse peut et doit faire revivre pour la Russie notre antique et' unique privilège , celui de conduire les masses du peuple aux améliorations respectives à chaque époque ; privilège qu'aucun pouvoir ni aucun événement social ne peut nous arracher,
puisque aucun d'eux ne peut eifacer les temps qui l'ont consacré. C'est en suivant l'exemple de la noblesse j comme celle-ci suivait partout celui des Souverains , que les masses se jetèrent entre les bras du christianisme. C'était elle , et non la bourgeoisie y qui érigeait des églises, des cures, des écoles, et qui travaillait ainsi, sans désorganiser, à l'émancicipation morale des peuples qui reconnaissaient sa bannière.
La noblesse a toujours été l'instrument de toutes les grandes œuvres que l'histoire déroule sur ces pages ; car les sacrifices , le dévouement , l'abnégation de soi-même pour le bien général, furent sans cesse l'unique élément de son existence et de son activité. Couvrir les frontières de la patrie, verser son sang pour donner aux pacifiques bourgeois la sécurité , comme le temps et les moyens de s'enrichir; voilà ^quelle fut sa tâche de tous les siècles. C'est elle qui conçut et traduisit en fait toute idée grande et généreuse. Ainsi les croisades au moyen âge. Durant tous les siècles qui les suivirent , la noblesse protégea presque à elle seule la poésie, les arts et toutes les découvertes de l'esprit humain , et elle contribue ainsi exclusivement à développer et à forger les armes que l'ingratitude retourna ensuite contre elles même. Dans les derniers temps , c'est encore la noblesse de tous les pays qui , aveuglée par les dehors fallacieux de générosité et de sacrifices , dont savaient
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s'affubler le philosophisme et le libéralisme, ces inventions bourgeoises du xviii* et du xix® siècles, c'est encore la noblesse , dis-je , qui se précipita la première et tête baissée dans la gueule béante du cratère révolutionnaire. Mais quand elle se sacrifiait et se dépouillait ainsi elle-même de tous les avantages que des siècles reconnaissants lui avaient largement octroyés , était-ce à son propre profit ? Ce n'était que pour cette bourgeoisie qui , depuis qu'elle est au large et à l'œuvre dans les affaires des deui hémisphères , ne sait que rogner les idées et les choses , et réduire toutes les questions larges et sociales à la seule mesure du profit et du gain. A-t-on vu sortir de ses rangs rien de grand et de majestueux ? Die n'a produit que le calcul qui resserre l'âme et le cœur. La noblesse ne s'est détériorée qu'en se mêlant à la bourgeoisie. Quelle est la religion, quelles sont les institutions que cette dernière ait créées ou reconnues ? Le doute au lieu de la foi.
En politique, Tœuvre constitutionnelle de la bourgeoisie dépérit à vue d'œil. Elle n'a encore profité nulle part sur le continent. En France, le Pouvoir ne fait de bon que ce qu'il accomplit en dehors des clameurs constitutionnelles, et là où, revenant aux antiques traditions de la monarchie, il peut s'affranchir des influences bourgeoises. Enfin si la constitution en Angleterre s'est maintenue pendant des siècles, et si elle a été longtemps salutaire à l'Etat , c'est qu,'elle
fut principalemenl l'œuvre de la noblesse, et que la bourgeoisie fat, ou soumise à Tinfluence législative de raristocralie , ou effacée par elle.
Le cœur, comme l'esprit de l'homme, se formant généralement par les sentiments , les idées et les nolions qu'on inocule dès le bas âge , et dont nous voyons l'exemple journalier, la vie et les idées bourgeoises doivent donc nécessairement être ce qu'elles sont.
De tout temps, le noble, impressionné depuis son enfance des sentiments de dévouement , de sacrifice à ses devoirs , à ses . convictions , se trouve par là toujours prêt à verser au premier appel son sang , et à donner sa fortune pour ses Souverains et sa patrie ; car c'est là qu'est pour lui l'honneur.
Que voit au contraire l'enfant bourgeois dès qu'il ouvre les yeux , dès que son intelligence se remue ? continuellement l'art de faire quatre de deux, par toutes les voies et tous les moyens possibles. Profit et gain sont ses paroles sacramentales , la solution de son existence. Mauvaise foi et rouerie mercantile remplissent l'atmosphère dans laquelle il se meut , qu'il aspire et qui l'alimente.
Des exceptionis honorables sans doute, mais de tout letnps rares, ne peuvent changer en riqp l'esprit de la masse entière.
Si les populations des villes sont corrompues, démoralisées , abruties , est-ce là l'œuvre de la noblesse ou celle de là bourgeoisie?
La noblesse, dès son appari^on dans l'ordre social, s'appropria ce qui alors était du plus noble usage , comme aussi le plus utile et le plus nécessaire à toute la société chrétienne. Les armes , d'où dépendaient tout ordre et toute sécurité , furent son partage exclusif, et elle ne s'en servit que pour la défense de la foi , du Souverain , de ses concitoyens , des faibles et des opprimés.
La bourgeoisie, au contraire, ne donna son premier signe de vie que quand la sécurité générale de la société fut consolidée par la noblesse. Ce n'est qu'alors qu'elle s'immisça dans les affaires publiques , et qu'elle apparut avec ses ergoteurs et ses escrimeurs de langue, avec ses avocats, agents dissolvants de tout ordre. Si la lance et l'épée appartenaient à nos ancêtres et composaient leur avoir, la duplicité, l'argutie, les pièges et les embûches appartenaient en propre et appartiennent encore à la bourgeoisie.
Quelle que soit la morgue qu'elle affiche de nos jours, elle n'aspire néanmoins qu'à s'anoblir, qu'à s'élever matériellement à notre niveau. Elle essaie de s'approprier les signes extérieurs de la noblesse ; mais les sentiments lui en seront toujours étrangers. Elle s'efforce de cacher sous le plumage d'écussons empruntés ce qu'il y a de mesquin dans tout son être- Sa tendance, son seul objet de convoitise, c'est de monter vers nous , et par là ne rend-elle pas le plus
ET LA RUSSIE. 2l>9
éclatant hommage à la noblesse qu'elle proclame déchue?
Pour la bourgeoisie, c'est donc un mouvement ascendant que de se rapprocher de la noblesse. Mais d'après les lois éternelles de la création , ce mouvement ascendant des corps n'a lieu que vers des sommités quelconques, et la bourgeoisie obéit avec soumission à ces lois.
Le partage de la noblesse de la Russie est donc une mission grande et sublime, puisqu'elle est appelée à s'associer au développement des destinées morales et des intérêts matériels de l'Empire ; à rétablir l'antique droit de sa caste, à s'emparer, comme toujours, de l'élément qui domine le siëcle et la société ; c'est-à-dire , que si elle avait autrefois le pas par les armes et le génie belliqueux , elle doit l'avoir aujourd'hui par l'intelligence, en dirigeant l'exploitation de l'esprit ^ comme de la matière ; en animant surtout celle-ci de cette chaleur généreuse qui en fera un bienfait général , et dont elle est privée jusqu'à présent entre les mains d'avides spéculateurs.
Elle doit diriger le peuple par les sentiments et par les intérêts, et comme c'est la destinée de la Russie envers la société générale , de la soutenir , de la ramener vers les idées de l'ordre, de même il a été réservé à sa noblesse , de maintenir , de contenir, d'éclairer l'ordre social domestique, en le dirigeant dans les voies nouvelles du progrès. Les masses aban-
données à elles-mêmes ne sauront jamais se mouvoir dans cette sphère. Elles exigent des chefs et des directeurs pour être initiées et conduites dans les différents courants de la civilisation. Et c'est dans les princes et les nobles qu'elles trouveront les conducteurs les plus sûrs, les plus dévoués, et les plus désintéressés, puisque c'est à l'ombre que ceux-là ont projetée , qu^ les peuples ont grandi , qu'iis pourront grandir encore et jouir de leur croissance.
En Russie, la noblesse facilite et généralise tous les efforts et toutes les vues du Pouvoir pour le bien national.
Le travailleur et la terre lui appartiennent lexclusivement. Elle possède l'tin et l'autre par espaces et par chiffres énormes, et par là, le capital numéraire. Ce n'est que par elle que les grands établissements des fabriques et des manufactures peuvent être érigés à bon compte. Elle les rend réellement nationaux, réellement améliorateurs de l'existence des masses. Elle est en possession de la plus grande partie de ces établissements sur toute l'étendue de l'Empire. Beaucoup de ses noms les plus illustres, comme de ses membres les plus éclairés, s'adonnent à pousser le mouvement industriel, et joignent à la possession des ressources matérielles , non seulement les lumières générales , mais encore les connaissances spéciales aux branches des travaux qu'ils remuent par leur fortune.
C'est par la noblesse que les sciences et les arts
s'acclimatent ici ; c'est elle qui les approprie à la Dation. Elle introduit les améliorations, les inventions et les procédés , et elle lie la marche de l'industrie russe avec le progrès que l'industrie générale poursuit dans les autres pays. Après avoir lutté pendant des siècles, sous la direction de l'autocratie, pour l'indépendance et l'agrandissement de la patrie, la noblesse, toujours sous l'influence encourageante de ses Souverains, livre aujourd'hui des combats pleins de succès au sol, et travaille à la prospérité et au bien-être général du pays, comme elle le fit jadis pour son affranchissement politique ; comme elle le ferait encore, avec le dévouement qui la distingue à un si haut degré , toutes les fois qu'elle y serait appelée par la voix de ses princes. Ainsi la noblesse russe venge «elle de tous les pays , à laquelle on reproche de s'être laissé affaisser et rabougrir. Elle prouve que , comme l'humanité, elle est toujours saine, active, vigoureuse , élastique et fidèle au principe d'apoblir par son contact, même l'industrie, dont la bourgeoisie a vicié les destinées.
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L'influence de la noblesse domine donc sur tous les éléments réunis en Russie, tandis que la bourgeoisie vient en seconde ligne. Celle-ci , renfermée dans sa sphère naturelle , diffère en tous points de la même classe dans les autres Etats; car tout ce qui pourrait remuer et bouleverser l'ordre religieux, comme l'ordre social , lui est absolument antipathique , et elle l'envisage, ainsi que le fait le peuple, comme antinational.
Le commerce intérieur, immense comme l'Etat, celui de l'Asie, et une partie des exploitations industrielles, sont entre les mains de cette classe. Mêlée au peuple ou aux paysans, la bourgeoisie est en quelque sorte la cheville ouvrière de l'Empire. Pour la connaître dans son type vraiment national et utile, il faut la chercher dans l'intérieur de la Russie, et non dans les villes septentrionales et dans les ports d'où elle est repoussée par l'essaim des spéculateurs de tous les pays. Ce n'est qu'à l'intérieur qu'on verra à quel point l'intelligence ouvrière a son siège dans le cerveau
du Russe en général. Si, souvent déjà dans Tâge mûr, il apprend les connaissances nécessaires pour les fabriques et les manufactures avec une admirable aptitude et une prestesse étonnante , à quel degré de perfectionnement ne serait-il pas capable de parvenir, quand on l'instruirait dès Tenfance , et qu'il recevrait une longue éducation industrielle ? Et cela , d'autant plus qu'étant laborieux de sa nature, son intelligence innée se développerait rapidement. Sous ces deux rapports, le Russe surpasse toutes les autres races qui sont incorporées à sa patrie.
En lui comparant les habitants indigènes de la Pologne, de la Lithuanie et des provinces de la Baltique, on est étonné de leur infériorité. Toutes les fabriques et les manufactures de ces contrées appartiennent aux Allemands exclusivement , sans que , par exemple, en Pologne ou sur la Baltique , les natifs y participent dans la plus petite proportion. Le cas est le même pour le commerce qui , comme on sait , a été de tout temps le domaine du Juif en Pologne, tandis que dans les provinces allemandes les Russes s'y immiscent en grande partie. En Russie , surtout dans l'intérieur, tout se fait par des Russes, commerce comme industrie. S'il y a des étrangers dans celte dernière, le nombre en est petit, et ils ne servent qu'à enseigner les métiers ; car ceci une fois mis en train , l'intelligence russe se suffit à elle-même. C'est encore le Russe qui est le cultivateur par excellence, et
même autour des villes allemandes des proviiices de la Baltique, c'est le paysan russe, venu du centre de l'Empire , qui plaute les jardins , les potagers , et qui approvisionne les marchés de ces villes. J'ai mentionné plus haut que c'est encore lui qui, dans les provinces allemandes, élève principalement toutes les bâtisses. C'est à côté de ce paysan russe que ressort plus vivement l'état d'atonie du peuple indigène de ces contrées ; car , quoi qu'il soit libre de la servitude , et qu'il se trouve dans les conditions que la philosophie et la philanthropie requièrent pour le développement universel , il est resté pourtant ce qu'il était depuis des siècles, ce qu'il était dans la servitude: sans aucun penchant vers l'amélioration , et peu propre au progrès .dans le travail industriel. Il se trouve néanmoins de temps immémorial sous l'influence de la culture allemande ; il est même protestant. Ici, comme partout au-delà des frontières allemandes vers l'Orient, cette culture est restée stérile pour le peuple qu'elle n'a ni remué ni fécondée C'est la culture russe qui porte chez lui le mot d'ordre et d'éveil, et qui lui enseigne le travail.
Tels sont les moteurs inteUigents que la Russie possède pour agir sur ses propres forces productives et sur sa fécondité. Peut-on douter que lorsque celles-ci seront embrassées et maniées dans tous leurs détails par les habitants, la plus grande masse des besoins intérieurs ne puisse être satisfaite sans qu'on soit obligé de recourir aux importations de l'étranger.
Le Gouvernement qui , jusqu'à présent , encourage spécialement l'esprit d'association, esprit qui décuple les ressources exigées pour tous les genres d'exploitation , donnera encore par cette voie un puissant élan au développement de l'industrie native, et sous peu on verra celle-ci arriver à un degré qui lui assurera sans contestation les marchés de l'Asie , tant au nord, qu'au centre et au midi ; et le lien de la réciprocité des intérêts resserrera tous les autres liens dont la Russie entoure les régions Asiatiques.
so
Cctle capacité industrielle des hommes , comme celle du sol et de ses produits, augmente l'importance des travaux publics, qui seuls peuvent frayer à la première les voies et les lui faciliter. C'est là surtout le domaine de l'action du Gouvernement. Plus que pour aucun pays au monde, la question des communications par terre et par eau est en même temps question d'Etat de la plus haute portée politique, car elle palpite d'un intérêt immédiat pour la prospérité et le bien-être de la Russie.
Cette question acquiert toute la gravité dont elle est susceptible, lorsqu'on observe avec quel empressement décisif toute l'Europe s'est jetée sur tous les points à construire des chemins de fer, à réduire pour ainsi dire son étendue ; mais surtout lorsqu'on réfléchit que la Russie , si elle veut se tenir , même quelque peu de pair avec le continent, doit achever pour ellennême autant que tofiis autres pays ensemble, afin de rapprocher dans ses propres dmnaines les zones, les régions et les différentes localités. Ce serait là joindre par le fait le Nord au Midi , et dans la suite des temps l'Orient à l'Occident.
Mais déjà, pour l'économie intérieure, la promptitude des communications facilite l'approvisionnement des provinces septentrionales par le midi , et augmente la possibilité d'exporter les grains à bas prix par les ports du nord. Les premières éprouvent souvent une grande cherté quand le midi, surchai^gë
de denrées qu'il ne peut écouler, se trouve sous le coup d'une pléthore étouffante.
En un mot, tout ce qui est vie morale ou matérielle de la Russie comme de TAsie , dépend principalement de la solution que le Pouvoir donnera à cette question physique, et cela d'autant plus que tout, autour de l'Empire, s'agite dans ce sens. Je n'oserais pas entreprendre de traiter des immenses et profonds contours de la Russie , ni même de les tracer dans ce cadre-ci , car il s'agirait alors de suivre le cours de ces grandes artères que lui donna la nature, que l'art actuel doit compléter, et sans lesquelles un corps aussi énorme que celui de notre pays , ne saurait ni vivre ni se mouvoir avec aisance.
Le Pouvoir, qui prévoit toujours d'avance les besoins de toute nature que ses sujets ont à chaque instant, s'occupe avec une sollicitude continuelle de cette branche si éminemment administrative. Elle fut créée par Pierre-lc-Grand. Mais Paul I®' en comprit toute la portée, et il sentit combien il était nécessaire de régulariser sur ce point l'action gouvernementale, en lui donnant l'ensemble de l'unité. C'est lui qui créa une administration spéciale des voies et communications, Tune des premières en date en Europe. Elle acquit sous ses successeurs un développement rapide en s'enrichissant de savants , qui successivement formèrent sur leurs traces des hommes spéciaux munis de toutes les connaissances qu'exige cette partie.
so.
Mettre à profit ce que la nature semble avoir ellemême préparé par un grand nombre de rivières et de lacs, combiner sur ces données comme aussi sur celles des ressources en main-d'œuvre et en capitaux disponibles, la création de nouvelles voies pour les contrées qui n'en possèdent pas de naturelles; voilà le problème dont la solution se résout plus visiblement de jour en jour sur tons les points de l'Empire.
C'est ainsi que la viabilité du territoire reçoit une extension plus grande, et que les lignes de la navigation intérieure, résultant des bassins hydrographiques que comprend le sol russe, en Europe comme en Asie, se perfectionnent et deviennent de plus en plus utiles.
On ne peut oublier de signaler ici que le ci-devant royaume de Pologne a reçu, depuis qu'il est incorporé à la Russie, un système complet de communications par les chaussées qui lient ses villes , en le traversant dans tous les sens ; système auquel se rattachent aussi ses fleuves par les canaux exécutés depuis la même époque. Les lits des rivières sont nettoyés; en un mot,, ce réseau de communications s'augmente sans cesse par les soins continuels du Gouvernement.
Le roulage qui occupe en Russie une grande partie de la population, s'il était simplifié et agrandi par les chemins artificiels , rendrait les habitants avec leur capital de chevaux, à la culture du sol qui demande des bras sur tous les points ; et il résul-
terait de cette 'amélioration un avantage d'autant plus grand," que l'écoulement des produits serait plus facile, et trouverait sans trop de difficulté, des marchés éloignés.
La navigation à vapeur, moins coûteuse que la communication par les chemins de fer, s'établit et se généralise simultanément sur les différents points de TEmpire. Les fleuves du nord, comme ceux du midi, commencent à se couvrir de bateaux de ce genre, et cela avec d'autant plus de facilité, que les frais ne dépassent pas les capitaux que de nombreuses sociétés sont à même de réunir promptement. Les chemins de fer ne seront d'urgence que là où la navigation ne saurait arriver : ils serviront à réunir les points éloignés avec les ports des rivières.
La navigation à vapeur sera surtout utile pour exploiter l'Asie et pour en faciliter la soumission; car les expéditions qu'on pourra faire sur les fleuves qui en traversent le centre et qui tombent dans l'Aral ou dans la mer Caspienne, seront moins coûteuses, plus promptes et plus vigoureuses dans leurs résultats, que celles qu'on entreprenait par terre à travers des steppes immenses.
Plus on avance sur tous les points du globe dans la solution de la question des voies et communications, plus on se convainc généralement à quel point en dépendent la prospérité , l'aisance , la sécurité tant extérieure qu'intérieure, on pourrait même dire, le sort et Texistence morale comme politique des Etats.
Ce n'est pas un objet purement matériel qu'on trouve dans cette question, mais un agent social qui perfectionne et qui enrichit. Et que n'est-elle pas pour la Russie qui représente aujourd'hui tant d'intérêts divers sur la plus vaste échelle?
Ce n'est que par la facilité des communications, que le commerce y pourra atteindre une extension proportionnée à la grandeur de l'Etat. Le nord de l'Europe, de même que l'Angleterre en particulier, sera sous peu obligé d'ouvrir ses ports à l'importation des grains nécessaires à la nourriture de ses populations misérables et affamées. C'est la Russie qui y prendra la plus large part ; mais elle y rencontrera , pourtant la puissante concurrence des deux Amériques. Pour combattre victorieusement celle concurrence , il faudra que les plaines immenses et vierges qui s'étendent entre Moscou, le Volga, le Don, la Tauride et le Boryslhëne , soient rapprochées des ports septentrionaux de la Russie, et que dans ce rapprochement, elles trouvent un stimulant capable d'utiliser largement l'inépuisable fécondité de leur terroir.
Tout revient ainsi au mouvement matériel sur les chemins et les canaux.
Leur alliance intime avec l'industrie est prouvée partout jusqu'à la dernière évidence, et il y a longtemps que ceUe*là est rentrée dans le domaine social, politique et gouvernemental.
ET LÀ BUSSIE. 311
En Russie , les principaux moyens par lesquels elle se développe sont, comme on l'a vu, entre les mains du Pouvoir.
Les grands travaux ne pourront être achevés que par de grandes masses de bras, et ces masses devront être régies et conduites par Tordre et la discipline. Ni l'un ni l'autre ne nuisent non plus à l'organisation des travaux industriels. Les viaducs de tout genre seraient exécutés plus facilement par les corps militaires que par tonte autre agglomération d'ouvriers ; et ils auraient encore par là l'avantage de ne pas détourner ceux-ci du travail de la terre, pendant la partie de l'année qui en exige le plus grand nombre.
On a déjà depuis quelque temps appliqué le principe de colonisation militaire à l'exploitation agricole. Le temps, j'en suis sûr, le justifiera, tout difficile et tout hérissé d'impossibilités qu'il a paru être du commencement. Gomme mesure politique et sociale, ce principe de colonisation, appliqué aux extrémités occidentales de l'Empire, aura pour suite l'amalgame de la population russe avec les populations locales.
Cependant les travaux de tout genre,, Cels que Tindustrie , Tagriculture , etc., ne sauraient, sans Tin-tervention ravitaillante des capitaux, prendre Tessor définitif dont ils sont capables. L'accumulation de ces derniers ne va nulle part de pair avec les besoin^ et les exigences ; et en Russie, encore moins qu'ailleurs, elle ne peut s'élever en proportion de leur demande.
Ce manque de proportion entre le capital et les exigences se fait particulièrement sentir chez les nations plus avancées dans la carrière iiidustriefle, et partant plus enrichie par ses résultats. Différents établissements de crédit , tant de la part ties Gouvernements, que de celle des particuliers, sont partout destinés à remédier à cet inconvénient et à augmenter la circulation des capitaux.
La nature de ces établissements de crédit, comme leur mode d'opération et leurs ressources , change et diffère d'après les habitudes financières et les institutions des différents pays.
Leur organisation n'a reçu encore une solution complète, ni de la part de la science ou théorie, ni de la part de la pratique.
Si la Russie ne jouit pas encore des avantages qui résultent d'une accumulation successive et de longue durée, elle est en revanche le seul Etat de l'Europe qui se soit maintenu dans son allure, libre de l'influence et de la prépondérance des financiers et des banquiers. Grâce aux soins du Pouvoir, ceux-ci n'ont pas encore doté ce pays de l'agiotage.
Il dépendra du Pouvoir de ne jamais rendre le bien-être de la Russie l'objet des spéculations, des calculs et des menées de quelques individus. Il n'a pour cela qu'à s'emparer des moyens qui lui permettront de se mettre à la tête des établissements de crédit et des banques, comme il se trouve le premier dans tout ce qui forme l'élément du bien général. Il épargnera ainsi à son pays l'écueil où viennent échouer les Etats riches et industriels , et qui les empêche d'arriver au point de développement dont ils seraient capables ; développement entravé , d'un côté par Tagiotage ; de l'autre, par l'égolsme des gros capitalistes et des banquiers.
Si c'était le Pouvoir qui érigeât les banques locales ou provinciales dans chacun des chefs-lieux du gouvernement ; s'il en avait la suprême gestion , les petits capitaux accumulés par des particuliers s'y verseraient avec une confiance que ne sauraient mériter
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les banques el les établissements des personnes privées. On trouverait dans ces banques une garantie contre la banqueroute frauduleuse , contre la soustraction des fonds, etc. Elles ne pourraient dégénérer de leur principe et de leur but , en s'engageant dans des spéculations d agiotage quelconque.
La richesse de la nation se fondrait ainsi dans celle de l'Etat: Tune ne pourrait se dévdopper sans l'autre, et ces deux intérêts ne venant jamais à se séparer j l'Etat n'éprouverait pas ces secousses violentes qui ont renversé des dynasties et des sociétés entières.
La question des banques, si prépondérante d'ellemême dans l'économio de tous les Etats, question qui se débat entre les intérêts généraux et les intérêts particuliers , les droits acquis et ceux à acquérir, se simplifie sous un point de vue en Russie* Ici, il n'y a que le Gouvernement qui possède à sa disposition les ressources réelles, c'est-à-dire, un capital disséminé sur tous les points de l'Empire, et qu'il peut à volonté transformer en capital de banques.
Aucun autre Etat du monde ne se trouve dans 'Une position aussi favorable pour étendre ainsi simultanément sur tout le pays ce réseau qui raffermirait son mouvement , tant agricole qu'industriel , et qui, comme un souffle omnipotent , animerait tout ce qui est travail et production. Ce qui, dans les ^conditions ordinaires ne pourrait être l'ouvrage que d'un siècle , le Pouvoir serait à même de l'accomplir généralement
ici , du moment que sa volonté suprême s y déciderait.
Il ne s'agirait alors ni de créer de nouveaux capitaux, ni de faire changer de destination à ceux qui seraient engagés dans d'autres opérations; mais de donner simplement une nouvelle portée au capital qui se trouve déjà accumulé entre les mains du Gouvernement.
L'Impératrice Catherine fonda sous le nom de Régence de tutelle publique des administrations qui s'étendirent successivement dans tous les chefs-lieux des gouvernements , en leur donnant à chacune , lors de leur création en 1776, un capital de 15,000 roubles ou 50,000 d'après le cours actuel. Avec les intérêts de ce fonds , les régences doivent subvenir à l'entretien des hospices , des hôpitaux , des maisons de détention et des prisons.
La loi organique de ces régences leur permet de recevoir en dépôt les sommes en litige ; elle y fait encore verser quelques sommes qui reviennent au fisc, comme certaines peines pécuniaires, les frais des causes dont l'appel a été interjeté, etc., etc.
Le capital primitif, augmenté par ces divers versements successifs , ne devait être mis en circulation que comme prêt fait exclusivement sur biens immeubles, avec intérêts et amortissement.
Si l'utilité de ces établissements est grande sous le rapport de la philanthropie , elle est en revanche
presque nulle pour activer et secourir les exigences pécuniaires , comme pour influencer la prospérité générale. -^
C'est ordinairement la petite propriété foncière qui en fait usage. Mais ses dettes surpassent toujours de beaucoup ses revenus, il s'ensuit qu'elle végète à peine. La somme pour laquelle elle s'engage à la régence ne sert ordinairement qu'à payer l'arriéré des impôts ou quelques dettes menaçantes. Ces biens hypothéqués et grevés sont donc loin de pouvoir donner les moyens d'activer la culture et d'améliorer l'état d'une propriété dont l'arriéré en dettes , augmentant de nouveau, ne finit que par l'expropriation forcée, moyen qui fait rentrer le capital , ou qui du moins assure pour quelque temps une perception plus régulière des intérêts.
Dans les villes, des maisons ainsi engagées , tombant souvent en ruines , ne trouvent pas d'acheteurs et restent à la charge du créancier.
. Ces derniers cas sont rares pourtant , vu qu'on prête plus volontiers sur les fortunes de la noblesse, comme offrant de plus sures garanties. Toutefois même alors , le capital circule dans un cercle vicieux et stérile.
Cette fondation primitive s'est accrue au point qu'en 1837 , sur toute la surface de l'Empire , les régences possédaient en propre la somme de 46 millions de roubles , et qu'elles en avaient 89 millions en dépôt.
Le Gouvernement pourrait rendre cette somme si considérable , éminemment fécondante pour le pays , si tout en conservant à ces régences leur destination philanthropique, il les transformait en établissements de crédit ou banques locales ; et comme celles-ci deviendraient une nouvelle branche d'administration , le Gouvernement en serait le chef naturel.
Le but primitif de charité aurait alors devant lui un horizon plus large. On subviendrait, non seulement aux souffrances et à la misère du corps , mais encore on assisterait l'activité intelligente ; on l'affranchirait de l'usure qui la dessèche et la brise ; ou augmenterait les moyens et on élargirait les voies qui peuvent rendre le travail plus lucratif, et par là, la prospérité de plus en plus générale. L'indigence et même la paresse seraient plus rares ; car dans un pays comme la Russie, les occupations ne sauraient manquer, si le stimulant était mis à la portée de tous.
Ces régences deviendraient des banques d'escompte, de prêt, de circulation et de dépôt.
Une oi^anisation spéciale en poserait les principes , et tracerait les règles et les conditions d'après lesquelles devraient être faites les émissions et les opérations.
Ces banques s'agrandiraient par les versements des petits rentiers , ou plutôt , de ces petits accumulateurs disséminés dans les boui^s, les villes et les villages,
ET LA hUSSIE. 319
et qui pour la plupart retirent de la circulation une partie considérable du numéraire pour l'enfouir improductivement.
€es agences , appartenant au gouvernement, celui-ci y pourrait faire verser les sommes qui restent stérilement sans circulation pendant un certain temps dans ses caisses ; sommes que les dijQPérentes impositions y font arriver. Ces caisses formeraient, en cas de besoin, des succursales toujours alimentées. On ne laisserait pas leurs sommes dans les banques ; mais on les en retirerait pour les paiements que les caisses n'effectuent d'ordinaire que périodiquement. Le revenu de l'Etat, sans être détourné de sa destination, contribuerait toujours ainsi à doubler ses forces et ses ressources industrielles.
A ces banques se rattacheraient avec le temps les caisses d'épai^ne , ces sermons pratiques de moralité , d'ordre et de sobriété pour le peuple , et dont l'établissement est l'objet de l'urgente sollicitude de tous les gouvernements.
Par les banques s'opérerait l'émission du papiermonnaie en place du numéraire. Cette émission faite par des banques liées entre elles et formant partie de l'administration générale, le cours des billets émis serait partout le même; car les banques jouiraient sur tous les points de la même sécurité et de la même garantie. Peut-être par celte voie arriverait-on à établir un pied uniforme dans la circulation monétaire , qui diffère
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aujourd'hui à Tinfini et dont les fluctuations entravent les opérations commerciales.
Ainsi rentrerait dans Tensemble du mouvement de la machine gouvernementale, le ressort principal qui meut le progrès de notre siècle , et auquel se rattache presque sur tout le globe , la question de vitalité des individus et des États.
Si par des institutions d'enseignement en tout genre, le gouvernement ouvre un vaste champ au développement des forces intellectuelles de ses sujets, afin que cette instruction ne reste pas perdue , il tâchera sans doute encore par toutes les voies à sa disposition , d'obtenir que les connaissances acquises , ainsi que l'intelligence développée des individus, s'utilisent dans l'industrie agricole et manufacturière , dans le commerce , etc : et à cet effet, il mettra plus à la portée de tous les ressources toutes-puissantes du crédit. C'est par elles que l'inventeur et l'entrepreneur trouveront des instruments convenables; et celui qui aura puisé dans son intelligence de nouveaux moyens de dégager, de façonner, de travailler la matière première, se verra lui-même par là émancipé et retiré des serres du spéculateur, en même temps capitaliste et usurier. Ce secours physique aidera à utiliser , à matérialiser , à rendre productive l'instruction acquise, à en faire une source réellement profitable à tous.
En me laissant aller à entrer dans quelques détails , à énumérer quelques probabilités de l'action gouverne-
mentale dans l'avenir, je n'aî eu pour but que de constater Texistence des éléments matériels de la Russie, des ressources naturelles de son sol et de sa position, comme aussi de celles que chaque pays peut se créer à lui-même par le progrès et par le prolongement de sa vie sociale et politique. Toutes ces ressources ensemble assurent à la Russie une place au moins à c6té , si ce n'est an-dessus des autres Etats sous plusieurs rapports. Cette place , la Russie l'occupera après peu d'efforts ; car si les autres contrées sont plus avancées dans plusieurs branches du développement matériel , la Russie disposant largement, èomme on l'a vu, de tous les ressorts qui accélèrent le mouvement, marche , grandit , et ne manquera pas de bientôt les, atteindre.
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