‹ La civilisation et la RussieChapitre 11 sur 12 · ZI · texte numérisé non relu

ZI

A cAté de ces moyens pacifiques de conquête, tant intérieure qu'extérieure , tant morale que physique, si la guerre, ce dernier et terrible agent civilisateur, devenait imminente, le bon droit de la Russie serait soutenu sdors par des forces physiques proportionnées.

Toute vérité morale, comme celle des faits, se consolidant par la victoire définitive , la conquête est donc une voie de réalisation de la vérité sociale. C'est ainsi que la Russie l'a toujours exercée ; et c'est pour cette raison , que fidèle à sa nature intime , elle porte en elle la paix ou la guerre , d'après la marche des événements , les exigences qui se révèlent et leurs rapports avec sa mission. Des causes extérieures ne peuvent déterminer le penchement de la balance. La Russie, comme elle l'a fait pendant des siècles, s'y décide seule , par des causes et des raisons qui lui sont spéciales et individuelles. Tel fut. le caractère de toutes ses guerres. État puissant, Etat bien éloigné encore d'avoir atteint l'apogée qui lui est réservé , il ■ne pourrait s'adonner à un repos amollissant, ni le

souhaiter à tout prix ; car ce serait mentir aux destinées vers lesquelles le pousse la Providence. Aussi ses forces de terre et de mer répondent-elles, par leur organisation 9 à l'étendue comme aux besoins du pays.

La marine, plus jeune en date, mais dont Timportance augmente par ses rapports immédiats avec l'industrie et le commerce qui étreignent de plus en plus le globe de leur puissance, est Tobjet d'un double intérêt pour le Pouvoir , ' comme marine marchande ou pacifique, et comme marine de l'Etat ou de la guerre.

Si la dernière veille à la sécurité de la marine marchande, celle-ci alimente à son tour celle-là en cas de besoin, en lui fournissant des marins et des matelots expérimentés, adroits et familiers à tous les caprices , à toutes les violences de leur élément.

La Russie possède en abondance tous les moyens matériels pour former les deux marines et se les donner.

Les primes des douanes protégeraient les importations, comme les exportations de toutes les marchandises, sur des vaisseaux, russes par leur construction , leurs armateurs et leur équipage ; et cette protection spéciale ferait passer cette inumense ressource du pays , des mains des spéculateurs étrangers dans celles des indigènes. L'extension de l'industrie, et partant celle du commerce, mettraient la Russie

en état d'exporter sur tous les différents points du globe. Cette exportation , faite par ses propres moyens de transport , lui tiendrait lieu de ces colonies qu'on dit généralement nécessaires , inévitables même pour la formation d'une marine ! erreur d'où l'on conclut que la Russie , puisqu'elle manque de colonies , n'a ni besoin ni moyen de créer une marine imposante. Mais cet Empire, qui dans toutes les conditions de son existence , accomplit son développement d'après ses propres lois , et qui , à chacun de ses mouvements , brise les .théories routinières , conserve aussi cette spécialité concernant sa marine, déjà grande et puissante aujourd'hui , et qui s'agrandira encore malgré toutes les prévisions.

Le peuple russe, sous les auspices du Pouvoir, développera son active intelligence ici , comme il le fait dans tous les autres points.

Un grand nombre d'habitants s'adonnent à la navigation intérieure des fleuves et des lacs. Ces bateliers et mariniers, de même que les habitants du littoral de la Baltique , du golfe de Finlande , de la mer Noire , de la mer d'Azoff et de la mer Caspienne , occupés du cabotage, forment ensemble une pépinière assez forte pour la marine. Ce qui reste à exécuter sera aisément achevé par ce peuple , au savoir-faire et à la perspicacité duquel rien n'est longtemps étranger ou difficile.

Il y a quelques siècles que les cosaques du 60rystène , portés sur des barques fragiles , ravageaient les faubourgs de Bysance , et frappaient de terreur les pays autour de la mer Noire : les descendants de ces hommes comprendront la navigation d'aujourd'hui.

Si la prépondérance de la Russie et son action sur les affaires de l'Occident, comme sur celles de l'Orient en particulier , ne dépendent pas exclusivement d'une force navale, elles exigent néanmoins d'être flanquées avec ce puissant auxiliaire. Cette exigence reçoit , tant au Nord qu'au Midi, une satisfaction de plus en plus complète et dans des dimensions proportionnées à la grandeur de l'Empire. Le règne actuel , plus que les autres règnes , marche ici sur les traces de Pierre-le-Grand , qui a posé les premiers étais de la marine. Celle-ci est aujourd'hui l'objet de la plus vive sollicitude. Son administration , dans le courant des dix années dernières , a créé une force qui se définit d'elle-même par les sentiments d'envie , d'inquiétude et presque de découragement qu'elle inspire à la puissance qui, jusqu'à nos jours , croyait dominer l'Océan sans partage.

Comme puissance guerrière purement continentale, la Russie domine tous les autres Etats ; et cette prépondérance est trop avérée, trop généralement reconnue , pour qu'il y ait nécessité de passer en

326 LÀ CIYILISÀTION

revue la masse des ressources matérieUes qiii s'augmentent d'année en année.

C'est surtoat par les masses de sa cavalerie que la Russie ne pourra jamais être égalée par aucune nation. Cette supériorité est incontestable au point que d'autres États ne pensent pas même d'atteindre à ce degré. Toutes les grandes batailles de l'bistoire furent principalement décidées par cette arme , qui est , pour ainsi dire, aujourd'hui l'avoir exclusif de la Russie.

La position de cet Empire,- vis-à-vis de l'Europe, lui donne toujours l'avantage de l'attaque ou de l'offensive, sans qu'on puisse retourner sa face contre lui.

La Russie peut descendre vers l'Ouest avec toutes ses forces , sans avoir un poids quelconque sur son dos , car il faut trës peu de troupes du côté de l'Asie pour contenir cette dernière.

Ni séparément , ni collectivement , aucune puissance ne peut remonter jusqu'à la Russie. Dans le cas d'un désastre même, si les extrémités de l'Empire venaient à être tant soit peu atteintes , le centre , le cœur restera toujours invulnérable, tant du côté de l'Orient que de l'Occident, tant du Nord que du Midii

Pour agir sur l'Asie, l'Empire n'a pas besoin de déplacer la moindre partie de ces forces imposantes

ET LA KUSSIB. 327

qui observent TEiirope. Aucun concours de circonstances humainement calculables ne saurait le secouer ni l'endommager au point de détacher du tout une particule quelconque des possessions qui s'y rattachent.

Ce relevé général des faits qui correspondent à toutes les phases que renferme en elle la véritable civilisation chrétienne, ainsi qu'aux voies et aux moyens qu'elle requiert pour donner à tous ses ressorts un nuHivement harmonique et coordonné , fait voir que la Russie les embrasse tous dans leur ensemble ; que de rëgne en rëgne ils s'agrandissent, se formulent et se perfectionnent de plus en plus dans tous les sens ; et qu'il n'y a que le pouvoir suprême que Dieu a confié à ses Souverains, qui soit "k même de douer de ivie et de rotation- ce colosse social.

' Ce n'est pas dire sans doute que çà et là il n'y ait pas quelqtie frottement , ' quelques défauts de d^-^ tails, tant dans les choses que dans les individus; mais si la perfection n'est pas le partage de cette terre, la tendance «a perfectionnement rejaillit du moins partout en Russie. Aucune autre nation n'en présente aujourd'hui des signes aussi distincts et aussi complets , surtout sous le rapport rdigieux et moral ; car nulle pari, comme en Russie, la foi n'est aussi fervente, et par eoRséquent, nulle part elle n'agit si fortement psHr sa sainte discipline; nû^e part elle ne porte la mfême ferveur dans les convictions, dans les

idées , dans les notions des devoirs , dans les rapports de l'homme avec la société; nalle part eUe.ne lui enseigne comme ici à vénérer le Pouvoir qui le dirige en embrassant ses destinées, et à se confier à lui sans restriction.

Aussi la génération actuelle de la Russie, celle surtout qui n'est âgée que de quelques années de moins que notre siëcle, se distingue par une haute probité dans ses convictions , par un amour respectueux pour le culte de ses përes , pour l'hiérarchie et le Pouvoir qui en forme le sommet. Elle reconnaît lui être redevable de tout le bien , tant moral que matériel dont elle jouit. Cette génération sent profondément que son avenir , comme le bonheur de sa patrie , se rattache , par des liens indissolubles à celui de ses Souverains. Seule aussi parmi toutes celles de l'Europe , elle n'est pas en proie à cette maladie morale, qui, si elle se concentre, épuise et énerve l'esprit et l'âme par le doute, le tiraillement et les déchirantes inquiétudes; ou qui , si elle se rejette sur l'activité extérieure de l'individu, le pousse à chercher dans lé bouleversement social , de quoi assouvir et apaiser la .fiëvre ardente qui le dévore.

Aucun germe destructif ne trouve son sol en Russie : celui qui y serait apporté par le hasard, mourrait aussitôt d'inanition faute d'éléments homogènes.

Si la Providence maintient ainsi ce pays et cette nation si pleine d'avenir, le Pouvoir, organe des

volontés divines , marche toujours en avant , et répond à sa céleste mission.

L'humanité assiste et applaudit à toutes les améliorations morales* et physiques que le règne actuel entreprend ou accomplit : car chaque année qui s'écoule est marquée par un rapide progrès. Ainsi le Pouvoir ajoute à la masse du bien gouvernemental et politique, que lui ont transmis ses prédécesseurs , le bien d'une surveillance active sur la moralité religieuse et intellectuelle de ses sujets. Ce règne a intronisé les vertus domestiques, les vertus de famille ; et là, où pendant des siècles on ne trouvait que des Souverains et des successeurs, on voit de nos jours une mère , un père, des enfants ; des sentiments paternels et filials , ces liens les plus sacrés et les plus intimes de Thumanité.

Page 1