‹ La civilisation et la RussieChapitre 3 sur 12 · VU · texte numérisé non relu

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L'infliction des peines légales rëpood à )a dignité que l'organisation politique accorde aux classes en général et à leurs subdirisions. Le noble et le bourgeois auquel le Souverain a confirmé pour des services quelconques le titre de notable ^ comme aussi celui qui appartient par l'inscription au degré des bourses ou guildes supérieures, ne peuvent être punis corporellement.

Toute peine infamante prononcée d'une manière absolue par la loi est précédée de la perte et de l'annulation des privilèges respectifs de la classe où est compris le condamné. Toutefois il n'y a pas de peine corporelle pour la noblesse. Le crime reconnu et avoué ne peut donc rester impuni , en se réfugiant derrière le privilège , car le glaive de la justice atteint indistinctemeïit chaque individu.

La peine de mort est abolie : elle est remplacée par le knout, suivi des travaux forcés à perpétuité.

Ce n'est que dans les crimes d'Etat , trahison envers le Souverain et la patrie, révolte, etc., qu'il y a

peine capitale, comme punition unique d'un crime unique; car bien difiërent de l'attentat contre un individu seul, le crime d'État entraînant après lui des calamités qui rejaillissent sur l'ordre social tout entier, troublent la sécurité de toute la nation, et font le malheur de plusieurs milliers de familles , doit nécessairement être puni avec plus de rigueur que le crime ordinaire.

Si dans l'organisation politique de la loi civile, le Pouvoir a accordé de grands privilèges à la noblesse , esk revanche elle est comparativement traitée plus sévèrement que les autres classes dans le code pénal.

Tout délit criminel quelconque , aussitôt qu'il est prouvé, est aussitôt suivi de la perte du titre de la noblesse, ainsi que de tous se$ privilèges. Le législateur admet avec toute justice, que la conduite du noble doit être en raison de l'élévation de sa position sociale, de son éducation et de tous les avantages auxquels il est largement admis ; que s'il devient coupable , il l'est par conséquent plus que tes autres , et que la loi doit sévir alors avec une rigueur toute particulière.

Je crois qu'il est important aussi d'observer que c'est surtout contre les employés dans tous les genres d'administration, qu'est dirigée plus spécialement la sévérité du code pénal. Le Pouvoir suprême sent clairement que comme le bien-être de toute la nation dépend presque exclusivement du mouvement de la vaste machine qu'il dirige, tout employé prévaricateur

devient une plaie sociale , et que par conséquent la moindre déviation doit attirer sur sa télé toute la sévérité des lois. Leur rigueur sert de eontrdle journalier , ainsi- que de frein aux passions et à la tendance si naturelle dans la masse des hommes d'abuser du pouvoir, même dans le cercle le plus restreint.

Toute punition criminelle est presque généralement accompagnée de Texil en Sibérie. Cet exil est de deux sortes: celui des travaux forcés dans les mines et autres établissements de TÉtat, lorsque le crime a mérité la .punition infamante de la marque, du knout, ou du fouet par la main du bourreau; mais lorsque les cas sont moins graves., comme le vagabondage par exemple, l'exil ou plutAt l'exportation se réduit à une simple colonisation pour la plupart dans les plaines de la Sibérie méridionale ou de l'Asie centrale.

Cette exportation est appliquée indistinctement aux coupables de toutes les classes ; car , comme on a pu le voir, la loi, gardien sévère de l'Etat et de la société, ne reconnaît plus aucun privilège ni de corps, ni d'individu, dans celui qui se ravale lui-même.

Comme mesure pénale, cette exportation est bien moins cruelle que celle d'Afrique ou de Botany-Bay, puisque le climat de la Sibérie ne difiTëre presque pas de celui de la Russie d'Europe , et que dans quelques parties, il est même plus doux et plus salubre. La santé, la vie de l'exporté n'y courent donc aucun

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danger y comme dans ces régions briilantes qui consument et tuent.

L'exporté, devenu cultivateur, reçoit un sol vierge qui n'attend qu'un travail fécondant pour couvrir , et ^u delà les frais qu'on lui consacre, et procurer l'aisance et le bien-être matériels. Le Gouvernement subvient aux besoins de première nécessité , et fournit les instruments nécessaires à l'exploitation.

Enfin comme cette partie de l'Asie est déjà et devient chaque jour de plus en plus une Russie liée à celle d'Europe par la continuité même du territoire ^ il s'ensuit que les liens de famille de l'exporté s'allongent sans se briser, et que sa position se voit adoucie par la grande facilité des communications, ce qui ne saurait avoir lieu dans les contrées séparées par l'Océan. La vie, la religion, la langue, les habitudes, les rapports journaliers qu'il trouve dans le lieu de son exportation , sont absolument les mêmes que ceux qu'il a laissés derrière lui ; les mêmes lois l'entourent; et si une faute ou un crime l'a arraché de sa position, de son pays natal, les conditions morales et physiques du lieu où la loi le transfère , versent sans doute quelque baume sur les douleurs de l'exportation , et les rendent , je crois , moins cuisantes que celles du malheureux qu'on jette sur des plages lointaines, étrangères sous tons les rapports, et mortelles au corps comme à l'esprit.

Si j'ai réussi à faire ressortir les points principaux, ainsi que Tesprit de l'organisation intérieure et de la législation qui régit la Russie; si j'ai pu mettre eu évidence la large équité et la justice distributive qui anime cet esprit ; puisque c'est par les institutions d'un Etat que se révële principalement l'action tutélaire du pouvoir , j'ose espérer que sa nature est peut-être maintenant mieux comprise, sa vitalité mieux appréciée.

Si la providence l'a placé en tête de la nation , le Souverain législateur embrasse aussi la masse des individualités et leurs intérêts ; il les lie , les combine , les harmonise entr'eux , comme il combine le passé avec l'avenir que seul il peut assigner et prévoir. Il applique les idées générales aux positions respectives, en évitant que ces dernières se frottent et s'entrechoquent; il modifie, il réforme, il élargit les bases et les limites à mesure que se font sentir les besoins d'une évolution qu'il conçoit et dirige par lui-même. Mais pour diriger la vie d'une nation, dont chaque

moment est un déveioppement progressif et ascendant, il doit être nécessairement ce qu'il est, loi vitrante pour des générations en croissance. S'il ne l'était pas, cette croissance s'arrêterait d'elle •* même , obstruée qu'elle serait par les entraves que ferait surgir devant elle l'immuabilité de la parole écrite d'une loi dont l'âme et Tesprit appartiendraient au passé. Ce n'est que comme loi vivante que ce pouvoir est à même d'observer presque jour par jour ce qui, dans l'existeace de la iiation, se détache et retombe dans le passé, ce qui a vécu dans les habitudes journaliëres et les mœurs, et ce qui doit être, ou évoqué à la vie par les lois, ou maintenu et secondé, si la marche des événements l'a déjà implanté.

C'est exclusivement comme loi vivante, toujours omnipotente et présente partout ainsi que la puissance divine d'où il découle , que le Pouvoir , par une suc* cession lente , mais continuelle , est devenu réformateur dans les lois, dans les institutions, dans les mœurs mêmes ; et qu'il a amené des modificaticms nécessitées par le présent, en effaçant patiemment et peu à peii la poussière vénérable du passé. Ce n'est pas une parode judaïquement observée, ni surtout un corps législatif dont la bascule est le principe organique, qui pourra s'élever à cette hauteur abstraite et épurée des passions, de laquelle le législateur doit dominer sans cesse sur les nations et les individus , et ratourer celles-ci de la lisière des lois, à mesure qu'elles

déroolent dans leur marcbe une plus grande masse de rapports physiques et moraux.

La loi vivante , concentrée et renf^mëe dans Tunilé individuelle du pouvoir, peut seule se mettre à l'unisson de ces nuances variées à l'infini, tantôt augmentées, tantôt restreintes par les événements. Elle seule, par son élévation et son ubiquité , peut innover en temps et lieu, sans blesser les croyances ni les convictions intimes , sans heurter ces affections et ces sollicitudes dont nous entourons ce que la tradition domestique nous transmet , et que nous vénérons souvent par la seule raison que nos ancêtres l'avaient vénéré avant nous. EUe seule peut obtenir cette flexibilité des volontés qui cëdent, se laissent manier et transformer, car elle seule , par sa nature comme par son essence, possède le pouvoir d'inspirer de la confiance et une foi entière, non seulement dans ce qu'elle donne et accorde , mais enc<Mre dans ce qu'elle retranche , refuse ou circonscrit.

La nature du Pouvoir en Russie est donc en parfaite harmonie tant avec les besoins qu'avec les conditions intellectuelles de toutes les classes, car c'est de lui qu'elles reçoivent , pour se garantir d'attaques et d'empiétements mutuels , des lois et des institutions qu'elles ne sauraient jamais se procurer d'elles-mêmes. C'efst par là qu'une classe n'écrase pas l'autre, et -qu'un degré inférieur ne sent pas le besoin d'avancer en passant sur le corps de celui qui lui est superposé.

Aussi les institutions communales et municipales, objet de convoitise générale où tendent les nations de rOccident, trouvent-elles une sage application dans l'administration intérieure de tous les échelons sociaux de la Russie , et cela , sans exciter la moindre confusion parmi eux. Cest au Pouvoir Souverain qu'elles en sont redevables. Il développe continuellement ces institutions à fur et mesure que la nation qui lui est soumise, grandit et se reconnaît elle-même ; et il donne ainsi une solution immédiate à une question^ qui est regardée de nos jours parmi cdles de la plus haute gravité sociale et législative.

Par ces institutions le Pouvoir a laissé aux. différents corps l'action immédiatement administrative, le soin de veiller et de satisfaire aux besoins locaux intérieurs , comme aussi l'exercice de la justice dans leurs cercles respectifs. Il n'a conservé pour lui que l'initiative et la direction suprême; car des agents émanés directement de lui, en surveillant, sans les^ entraver, les actes des communes, des munioipalités et du corps de la noblesse, les étreignent ainsi d'un lien élastique, mais fort. C'est aussi par le canal de ces mêmes agents que le Pouvoir dirige l'exécution et veille au maintien des institutions et des lois dont la confection lui est exclusivement réservée.

ET LA HUSSIE.

Un Pouvoir qui sanctionne de sa seule volonté des lois orçaniques et des droits combinés avec tant d'équité et de profondeur, ne saurait rester en arrière de sa mission, dans tout ce qui concerne la marche et le développement ultérieur qu'il doit donner à ses sujets. Il les préparera à comprendre leurs institutions, à savoir en jouir , et à se trouver à l'aise dans la disposition de leurs lois.

S'il donne des institutions aux hommes, il les y fait des leur enfance ; s'il exige et rend inévitable que chacun serve son Souverain, l'Etat, ses concitoyens, il veille aussi à ce que l'éducation de chacun soit jutant variée, qu'à la portée de sa position sociale. Non-seulement il a institué des établissements instructifs en tout genre, il stimule encore, aussi énergiquement qu'il le peut, les habitants à profiter de ce qu'il leur présente; car il n'est que trop certain que sans cet aiguillon de sa part, l'apathie domestique et provinciale prendrait ordinairement le dessus, et que jamais, ou du moins très rarement, les parties éparses et éloignées

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du centre ne tendraient à s'y rattacher ni à suivre les travaux intellectuels de l'esprit humain. Et si le Gouvernement abandonnait le soin de l'éducation à la volonté des individus, on en verrait sans doute quelques-uns plus policés que les autres ; mais l'instruction vraie et profonde ne pourrait se répandre généralement, ni tracer aucun sillon dans l'intelligence de la nation entière.^

Dans une société où toute idée d'honneur collectif et souvent même individu^, consiste et se résume dans les distinctions du service , ainsi que dans l'in* tégrité et la masse des lumières qu'on y apporte, on doit voir s'élargir les voies propres à conduire aux connaissances inévitablement nécessaires pour parcourir l'échelle sociale : aussi depuis un quart de siècle sontelles l'objet des efforts constants et de l'application soutenue des générations nouvelles. C^est par cette raison , comme aussi par les encouragements de tout genre accordés à ceux qui arrivent au service après avoir passé les collèges, les universités ou les corps d'instruction militaire, qu'on voit se remplir de plus en plus les établissements érigés par le Gouvernement, ainsi que ceux qui se trouvent sous sa protection spéciale,

La noblesse étant en première ligne pour tout ce qui est service et devoir, puisqu'elle est la voîite sociale à laquelle aboutissent toutes les gradations in* férieures, et dans laquelle se fondent en dernier lieti

toutes les capacités actives et utiles; comme c'est d elle , en qualité de corps , et par elle , en qualité d'agent principal du Souverain, que se répandent la vie et les lumières, que jaillit la direction des forces et des moyens de l'Etat, c'est à elle aussi qu'est ouverte la voie la plus large dans le système progressif de l'éducation , ainsi que tous les canaux propres à acquérir l'instruction la plus variée dans toutes les branches des sciences humaines.

Le Pouvoir veille sans cesse à ce que le noble abonde en ressources qui le mettent à même de remplir honorablement la tâche que sa position lui impose. Il est libre de se perfectionner dans toutes les connaissances générales et spéciales ; et comme il a le droit de choisir dans le service la carrière qu'il veut parcourir, le Gouvernement lui fournit les moyens de s'y engager tout préparé et doué de l'instruction nécessaire. Le Pouvoir appelle à lui toutes les capacités, mais il a soin aussi que dès l'enfance , leur développement trouve des voies qui leur fraient une route à son appel.

L'admission dans tous les instituts et établissements publics appartient de plein droit au noble, et tout père peut choisir à son gré l'établissement et même la direction spéciale des connaissances dans lesquelles il désire élever son enfant.

Les rapports du ministère de l'Instruction publique, publiés chaque année et répandus en Europe où tout le monde peut en prendre connaissance, me dispensent

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doue de faire ici 1 enuméraiion spéciale des universités, des académies, des gymnases, des écoles, en un mot de toutes les institutions , ainsi que du nombre des élèves qui les fréquentent.

L'établissement des écoles primaires correspond aux degrés de l'hiérarcbie sociale. Ainsi en commençant par les communes et les bailliages, et en suivant successivement les divers degrés d'ascendance, chaque classe peut aisément recevoir les premières notions d'enseignement, puisque tout bourg, toute bourgade, toute ville de district et tout chef-lieu de gouvernement, possède des écoles où cet enseignement est gradué d'après les localités, et devient préparatoire pour ceux qui désirent poursuivre et parcourir le cercle d'instruction qui s'élargit successivement. Les enfants des bourgeois, des artisans, etc., peuvent fréquenter les gymnases, et ceux des |dus notables que le Souverain a récompensés par des distinctions spéciales, peuvent être admis dans les établissements supérieurs réservés à la noblesse.

Les écoles inférieures des bailliages et des bourgades sont ordinairement confiées aux curés. G^s curés, pour la plupart enfants d'ecclésiastiques, puisque l'Eglise grecque ne défend le mariage qu'aux moines, reçoivent généralement une instruction spéciale dans les séminaires. Le curé de campagne devenant donc, par sa position, instituteur religieux et mondain, se voit à même par là d'exercer autour de lui une grande in-

fluence. Chaîné de rinstruction primaire, il doit être préparé à cette mission par une instruction analogue dans les séminaires. Mais à côté de renseignement purement religieux, on pourrait joindre encore les mathématiques 9 la chimie expérimentale et rurale, la physique, la mécanique élémentaire et des connaissances générales en médecine et en agriculture. Comme l'esprit de l'Eglise de la Russie, et par conséquent celui de son clergé, ne s'est jamais montré hostile aux faits découverts par le progrès des sciences, le clergé , familier à celles-ci , y trouverait de nouveaux éléments pour démontrer plus évidemment encore la toute-puissance divine, pour augmenter la vénération à ses œuvres, à l'ordre hiérarchique qu'elle fait régner dans la nature. Il serait à même de faire l'application des lumières infinies de l'Evangile à tous les détails de la vie physique et morale du peuple qui lui est con0é.

L'enseignement primaire et supérieur , surtout dans ces derniers temps, se conforme au mouvement imprimé à la nation par le souverain actuel , dans un esprit éminemment national. Il évite une servile imitalion de la marche allemande et de la française , auxquelles la Russie s'est vue livrée pendant le premier quart de notre siècle. On s'occupe principalement aujourd'hui à faire découler l'enseignement et l'éducation des sources intarissables de l'originalité et de l'intelligence individuelles, de développer et de

répandre dans ce sens l'inslruction sur toutes les classes. Ainsi la langue russe, dans les hautes études, remplace maintenant les langues étrangères. Il faut espérer que tôt ou tard le latin, qui absorbe le plus de temps dans les gymnases et qui influe ainsi sur l'éducation , n'en sera plus le nerf principal , et qu'il se réduira à n'être plus qu'une langue d'études spéciales. On lui verra peut-être alors succéder un plus large enseignement du slavon et des sciences exactement applicatives , et qui répondent aux besoins presque journaliers de la vie. La nécessité s'en fait continuellement sentir à ceux qui quittent les gymnases pour entrer dans les institutions militaires du génie, de la marine , etc. ; institutions qui embrassent tout le domaine des connaissances utiles et nécessaires à Téclosion des forces d'un état, vu que la nature et le sol de ce dernier en réclament sans cesse l'application fécondante. Dans une vie consacrée aux devoirs de citoyen , le latin ne peut être utile qu'à ceux qui désirent se vouer à la médecine ou devenir des savants de cabinet , et le nombre en est ordinairement très petit.

Les sciences exactes , formant la base de l'éducation , ne sauraient y jeter des idées en opposition avec ce que le Souverain exige de ses sujets, tandis que la vieille ornière classique transporte l'adoration des jeunes gens dans d'autres régions , et met entre leurs mains les annales d'un état de société, dont la

religion, la politique, la législation, les usages et les maximes diffèrent entièrement du leur. Lorsque aucun fait, aucune connaissance ne sont encore bien imprimés dans leur esprit , on remplit déjà leur imagination du matérialisme épicurien et plastique, de notions farouches et sanglantes sur l'ordre social, et les héros , comme les philosophes de l'antiquité , leur deviennent plus familiers que les Pères de l'Église , dont ils pourraient étudier, en Russie du moins , les saines doctrines dans la langue slave maternelle. On les éloigne ainsi des vrais principes du christianisme , de la réalité de notre civilisation , du sentiment de nos devoirs actuels , et l'on arrive , sans s'en douter, à en faire des Brutus, des Scévola et des énergumènes politiques, dont le chaos est l'élément principal. Les sciences exactes, au contraire, en faisant découvrir à chaque pas , dans leur marche, que l'ordre, la hiérarchie et la force d'organisme , sont les principaux éléments que l'Eternel employa à la création de l'univers, transporteraient nécessairement leur analogie dans les relations sociales , et feraient par là respecter les conditions sans lesquelles toute vie , tout développement des individus ainsi que des nations , deviennent également impossibles.

L'instruction commencée dans les gymnases continue , non-seulement dans les hautes études des universités où chacun peut être admis, soit à ses

propres frais, soit à ceux du gouvernement, soit à ceux des corps de la noblesse des provinces ; les écoles spéciales du commerce , des arts et métiers , les corps militaires d'artillerie de la marine , de génie , de voies de communication , des mines , etc , reçoivent encore les jeunes gens et les instruisent dans leurs spécialités respectives. Ces nombreux établissements ou corps militaires forment des asiles où les enfants en bas-âge j ceux en nourrice même , sont reçus et élevés aux frais de l'État, et où, à mesure qu'ils grandissent, ils reçoivent une instruction générale , jointe à celle qui est particulière à l'arme qu'ils embrassent ; en sorte que si les événements les obligent plus tard d'abandonner la carrière militaire, le Souverain et la patrie trouvent toujours en eux des serviteurs intelligents.

Ces établissements tant civils que militaires, et leur nombre est considérable au point que la moitié de la jeunesse du pays leur doit son éducation , sont presque tous entretenus aux frais du Souverain. Quelques-uns cependant doivent leur existence à la munificence de riches particuliers ou à celle des corporations de la noblesse. Ainsi l'Etat , ou libère complètement les parents des soins et des frais qu'occasionne l'éducation de l'enfance , ou du moins il les réduit de beaucoup en admettant des pensionnaires pour une somme comparativement très modique.

A l'aide de ces établissements de corps , de gymnases , d'universités , d'instituts civils et militaires , on peut donc dire qu'il n'y a pas une seule branche des sciences, quelque minime qu'elle soit, pas une seule des faces de l'intelligence que l'esprit humain embrasse dans leur diversité infinie , qui ne soit étudiée comme enseignée.

Chaque année voit augmenter le nombre de ces établissements , s'en étendre le cercle , s'agrandir les ressources tant matérielles qu'intellectuelles, et l'on peut dire, sans crainte de se tromper, que les moyens d'éducation et d'instruction que le Pouvoir procure aux sujets, outre qu'ils sont proportionnés à la croissance rapide de l'Etat , la dépassent même ; car bien qu'ils pussent satisfaire à l'instruction d'une population numérique plus grande encore , dans leur variété infinie ils créent et provoquent de plus une activité d'esprit telle, que les individus ne sauraient encore y être entraînés de leur propre élan.

Je voudrais^ pouvoir être à même de rendre tout le respect dont je suis pénétré en voyant la sollicitude continuelle avec laquelle le Souverain et le Gouvernement se sont toujours occupés , mais plus particulièrement encore dans ces derniers temps, de l'instruction générale en Russie. Ils provoquent, encouragent, relèvent, récompensent avec grandeur le temps qu'on voue aux études, comme celui qu'on emploie à la surveillance. C'est d'eux que part la

direction, pour se répandre comme une essence vivifiante et inspiratrice. Ici Ton voit briller dans son plus pur éclat le Pouvoir autocrate , cette grande ftme de la Russie. C'est en contemplant comment il travaille pour répandre, dans toutes les directions et par toutes les voies dont il dispose, les lumières de l'esprit humain , qu'on reconnaît que son essence et son origine découlent d'une source au-dessus de la terre. Il sent que pour répondre à la tâche que le Créateur lui a imposée., ainsi qu'aux conditions de sa propre existence , que pour être le véritable père de ses sujets , il leur doit des lumières et non des ténèbres. Il sait que le respect pour l'ordre , l'hiérarchie , l'organisation sociale , ne se base que sur la vraie instruction. Il sait que les ténèbres intellectuelles engendrent le chaos ; que pour créer et organiser le monde, Dieu évoqua en premier lieu la lumière ; il sait enfin que plus le foyer que celle-ci embrasse est large , plus ses rayons sont vifs et nombreux, plus forts seront aussi les liens qui lui rattachent indissolublement la nation.

C'est donc encore le Souverain ou le Pouvoir suprême qui , après avoir été d'abord le législateur , devient encore l'instituteur des peuples de la Russie. Il ramasse les intelligences , les réunit en faisceaux , les initie aux mystères et enlève à leurs yeux le voile qui couvre les abords de la science. Il la met au grand jour et en détaille toutes les nuances. C'est

lui qui enseigne à ses sujets l'application de la science à la vie sociale , au bien de TÉtat , à leur prospérité individuelle. Chacun d'eux recevant à son choix une direction déterminée, acquiert sous les auspices du gouvernement , un développement ample et varié , quoique ramené néanmoins à un but précis et nettement posé. Peut - être sera - ce aussi là le moyen d'éviter le pullulement de ces généralités de connaissances superficielles, qui embrassent tout sans jamais rien pénétrer ni approfondir, et qui, si elles sont nombreuses ou prédominantes dans une nation, font nattre uniquement la confusion et le désordre dans sa marche , et embrouillent éminemment l'action du Pouvoir comme les affaires intérieures de l'État.

La Russie, par la direction que le Pouvoir donne à son instruction et à son éducation, possédera des hommes spéciaux qui , sans rester en arrière des connaissances appartenant à la marche générale de la civilisation , porteront leur activité sur un seul point , et qui, en le perfectionnant encore par une assiduité réglée et continue , serviront par là l'Etat et la société. Us transféreront dans celle-ci les habitudes et les idées d'oi*dre et de fixité dans les rapports ; ordre et fixité sans lesquels le perfectionnement et les progrès ne sont plus des faits, mais des paroles vides de sens quoique sonores.

C'est encore grâce aux soins du Gouvernement

que toutes les acquisitions que la science a accumulées par ses travaux séculaires sur /tous les points du globe , ne restent pas étrangères au sol de la Russie. La sollicitude du Pouvoir ouvre et facilite ^es rapports et les communications ; elle implante , protège , attire à elle , acclimate les découvertes pratiques , les travaux et les progrès dans le domaine des arts et de l'abstraction pbilosophique. Elle exploite l'intelligence et l'esprit humain du monde entier , pour rendre ses produits familiei*s à la Russie.

Cette sollicitude généreuse ne se borne pas enfin à procurer tous ces avantages à la jeunesse noble > ainsi qu'à celle des autres classes définies dans l'ordre social; elle les étend encore en les mettant au niveau de tous les individus, de toutes les positions sans nombre qui composent la masse de la société, et cela, sans qu'il lui en échappe la moindre parcelle.

C'est ainsi que les clercs et les scribes de toutes les branches de l'administration n'appartenant à aucune classe et n'ayant pas d'ailleurs des ressources suffisantes pour subvenir aux frais de l'instruction de leurs enfants, ceux-ci la reçoivent néanmoins spécialement ' dans des établissements faits pour eux , mai)5 à condition qu'après y être restés le temps nécessaire, ils entrent immédiatement au service, aussi comme clercs et scribes. Cependant ces enfants, ayant déjà reçu ainsi une instruction élémentaire qu'ils peuvent augmenter sans cesse par leur aptitude au travail,

s'avanceot peu à peu , et passant à un genre de service propre à leur ouvrir les degrés inférieurs de la hiérarchie , il arrive souvent qu'ils en parcourent aloi*s tous les échelons. Leur mérite personnel peut même les aider à conquérir des distinctions qui leur ouvrent l'entrée du corps général de la noblesse ou de la société active et ascendante.

Comme d'après le système de recrutement militaire en vigueur, les soldats qui ont achevé le temps de leur service sont tous sans exception sous la tutelle du gouvernement, et que ceux des biens des nobles ne retournent plus à la servitude , il en résulte que le Pouvoir n'abandonne pas non plus leurs enfants. Il les réunit au contraire dans des établissements érigés à ses frais, et comme dans tous les autres, on y veille à leur bien-être physique et moral. Ils y sont élevés et instruits , et en sortent pour le service militaire "" immédiat. Munis alors des connaissances élémentaires, leur intelligence les rend habiles aux grades inférieurs des corps savants de l'armée , des bureaux , des chancelleries ; et souvent même ils se distinguent dans l'industrie des arts et métiers , où ils apportent des notions de mathématiques, des connaissances en dessin et en comptabilité , et surtout l'esprit d'ordre et de subordination qui les régit encore , parce qu'il les a disciplinés de bonne heure.

On voit donc le Pouvoir, partout vigilant, épier les besoins de ses sujets , n'oublier aucune classe ,

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aucune subdivision , les embrasser toutes et s'emparer d'elles pour les élever et les instruire. €omme le catholicisme du moyen âge qui couvrait l'Europe d'églises et de couvents des deux sexes pour satisfaire aux besoins pieux ou ascétiques des consciences , de même le Pouvoir suprême , en Russie , la couvre d'établissements d'éducation , où l'intelligence nationale, pour se perfectionner, n'a qu'à puiser à son aise.

Mais la civilisation , la moralité et le vrai bien-être de la société , ne se bornant pas seulement dans un État i 1 éducation sociale des hommes , le Souverain

Îui, de 1 éducation morale et intellectuelle de sa naf^ }n , a fait une question en quel<que sorte personnelle à lui-même , puisque c'est par lui-même qu'il en surveille et le développement et la marche, a su aussi apprécier la mission de la femme ; et , sentant quelle influence elle exerce sur la vie , il a voulu de même la couvrir de sa sui*veillance tutélaire.

De grands instituts ou établissements dans les Capitales reçoivent les jeunes filles des leur plus tendre enfance, et soignent, en l'activant, leur éducation morale et intellectuelle. De la se répandent plus tard , sur tous les points de l'Empire, des femmes chez qui le vernis extérieur et délicat de la civilisation forme un heureux mélange avec les sentiments de la religion et d'une charité vertueuse et bien comprise. Ces sentiments les dirigent dans l'accomplissement des devoirs que leur impose leur état dans la vie. Epouses et

mères, elles apportent dans rintimité domestique une connaissance vraiment chrétienne de leur vocation , jointe à ce poli des formes qu'dles ont été à même d'acquérir dans leur jeune âge. Elles contribuent à répandre cet heureux mélange en élevant de même leurs enfants ; et elles amollissent la rudesse des hommes, surtout lorsque le sort les a rendues les compagnes de maris nés dans une position inférieure.

Celui qui connaît l'histoire du genre humain, qui a suivi, observé, senti les palpitations de sa vie, comprendra assez à quel degré les femmes ont été l|s agents du bien dans les vues et entre les mains de la Providence. C'est par des femmes saintes dl pieuses que le christianisme fut porté dans presque tous les Etats. Elles abandonnaient leur pays, leurs parents , leurs habitudes pour joindre leurs destinées à celle de sauvages conquérants, pour ouvrir leurs yeux à la sainte lumière et pour introduire dans leurs cœurs la grâce divine de la parole de Jésus-Christ. L'histoire nous montre en effet que la plupart des pays ont accepté la religion chrétienne à la suite du mariage d'un chef ou roi payen avec une femme chrétienne.

Dans le grand travail de l'humanité vers la civilisation morale, rdigieuse et intellectuelle, Dieu a assigné aux femmes l'œuvre principale peut-être, celle de former, de purifier les sentiments en les élevant à lui. C'est en effet la femme qui enseigne la prière ,

la. confiance et la soumission à la volonté divine ; c'est elle qui donne au cœur l'espérance et l'amour. Son action, dans le développement humain, est la plus déliée, la plus délicate, et parla même la plus pure. L'homme , cette raison , cette intelligence , cette force agissante sur la terre et sur la matière, parait rattaché par la femme à sa céleste origine. Au sein des rudes et endurcissants combats de la vie, elle le ramené à des sensations plus douces, par ces liens du cœur , invisibles , mais profondément sentis , liens plus forts que tous les autres et dont la sainte et mystérieuse influence ranime et 3aiaintient dans les âmes le feu sacré de leur essence primitive.

Sans l'aide, le secours actif, continu, inépuisable de la femme, aucune œuvre de civilisation morale ne saurait ni nattre ni s'accomplir. Leur éducation , perfectionnée de plus en plus, formera donc à côté de celle des hommes, une des bases principales de la sociabilité. La femme en est l'unique chaînon moral ; son existence, entrant ainsi dans le cercle, doit attirer la sollicitude vigilante et réglée du Pouvoir.

En Russie les bases de cette tutelle sont jetées largement et d'une manière aussi généreuse qu'élevée. Ce sont les Impératrices qui, en partageant le trône avec le Souverain, président immédiatement et réellement , dirigent et surveillent les établissements consacrés à l'éducation de jeunes filles. Ce n'est plus l'œuvre

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