‹ La civilisation et la RussieChapitre 7 sur 12 · LK CIVILISATION · texte numérisé non relu

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faussé qu'il est , soit brisé ou extirpé , avant que les semeuces qu'elle répand n'aient germé dans les convictions. Pleine de confiance en son origine divine, elle se fie au temps pour établir sa suprématie définitive et son triomphe spirituel. Souffrant à son edté l'existence des ténèbres , elle est sure que sa lumière finira par les absorber, et que. la croix rédemptrice s'implantera, s'enracinera dans les cœurs et dans les consciences, sans être arrosée par un sang sacrifié à l'impatience passionnée des hommes , au mépris de la volonté patiente et indulgente de l'Evangile.

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Comme c'est un esprit religieux de cette nature, qui fut de tout temps un des principaux conseillers de l'Etat dans la gestion des affaires; comme c'est sous son influence que les sentiments sociaux de notre race se sont formés et développés , on verra dans tous les actes du Pouvoir suprême, accomplissant la conquête au nom de la Russie, que cette identité de la moralité chrétienne avec le caractère de la nation se fait jour partout dans rétablissement des lois et des rapports.

Les différentes classes de la nation russe s'administreat elles-mêmes dans leurs localités respectives, et ce même principe d'administration par soi-même se retrouve maintenu chez toutes les peuplades soumises à la domination de l'Empire.

Généralement parlant, la police et l'administration intérieure et domestique des tribus et des peuplades s'exercent sur elles par elles-mêmes , c'est-à-dire , par des ch^fs ou anciens, héréditaires ou ékis, connus sous une dénomination technique et spéciale à chacune

des tribus. La gradation hiérarchique y est conservée d^aprës les traditions et les us établis depuis longtemps , et ces chefs élus ou patriarchals sont soumis à leur tour dans la gestion des affaires, à la surveillance des agents du Gouvernement. Tout contact de celui-ci avec les tribus s'opëre par l'entremise de ces chefs.

Atnsi que l'administration , la juridiction civile dans les instances inférieures, et dans les cas de minime importance^ s'exerce aussi par des élus, avec droit d'appel aux pouvoirs supérieurs. La loicoutumiëre se soumettant donc à l'influence des notions générales, législatives et judiciaires , s'éclaircit et s'explique par ce moyen; car c'est elle qui forme toujours le fond de la décision du juge. Ainsi sans exposer ou soumettre à une violente secousse les usages établis que suivent les indigènes , on ménage sagement l'influence des idées de la jurisprudence de notre civilisation, pour en amener l'absorption à son profit par l'action du temps. Les idées, les habitudes enracinées, engrenées dans les mœurs et les croyances, et souvent contraires aux notions sur le juste et l'injuste dans notre vie policée , font ainsi place peu-à-peu et sans violence, aux idées importées qui deviennent d'abord discipliné et coutume ; puis , par leur action continue, notions plus claires , pénétrant insensiblement l'organisme intellectuel des individus et des peuplades.

Les tribus nomades des Sibéries jouissent de droits

équivalents à ceux des paysans libres ou appartenant à la Couronne. Si des membres de ces .tribus, ou même, des familles et des communautés entières choisissent une manière de vivre fixe et casanière. Us peuvent entrer dans les corporations des villes, y compter comme en Elisant partie, d'après les dispositions générales pour la classe bourgeoise de tout TEtat, sans être néanmoins forcément obligés de choisir quelque métier industriel.

Les indigènes de la Sibérie, qui définitivement mènent une vie assise , fixe au foyer et au domicile, et qui s'occupent de l'agriculture , ou de toute autre espèce d'industrie dans les villes et les villages , jouissent, dans toute leur étendue, des mêmes droits et des mêmes libertés que les Russes, d'après les obligations et les privilèges respectifs, assurés aux corporations auxquelles ils s'attachent et dans lesquelles ils comptent.

On a vu qu'en matière civile, ce sont les coutumes du pays , qui forment le fond de la juridiction , et que ces coutumes sont amplifiées par les lois générales de l'Empire. Dans les cas criminels, les indigènes sont jugés par les tribunaux supérieurs , et d'après le code général et commun à toute la Russie.

La çévolte, le meurtre prémédité ,v le pillage, la fabrication de la fausse monnaie, et généralement l'enlèvement d'un bien communal , ou appartenant au .

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Trésor, sont envisagés par la loi comme délits et crimes de la part de ces peuples.

Tous les autres délits, jusqu'au vol simple inclusivement , sont regardés comme étant de la compétence du droit civil, jusqu'à ce que, telles sont les expressions de la loi, les mœurs de ces indigènes viennent à s'adoucir par la civilisation.

Afin de stimuler les nomades à Tagriculture , et pour les préserver de la famine , ainsi que de l'usure qui arrive ordinairement à la suite d'une disette de grains, la loi ordonne que dans les districts el arrondissements, il soit établi des magasins provisionnels. Le Gouvernement en fournit les premiers fonds, soit en nature , soit en argent , et il en surveille exclusivement l'administration. C'est encore lui qui , dans chaque district , établit des hôpitaux et des pharmacies pour les indigènes , et y entretient deux médecins au moins.

Les enfants qui ont achevé le cours d'instruction primaire , qui , comme je l'ai dit plus haut , doit être établi par les soins des curés russes , retournent alors dans le sein de leurs familles , ou bien ils sont admis , au gré de celles-ci , au service dont on les juge capables.

En outre, chacun a le droit de placer ses enfants dans les établissements de l'intérieur de l'Empire, d'après les règles générales à cet égard.

Les autorités sont tenues de seconder de tout leur pouvoir les désirs et les efforts des indigènes pour rétablissement d'écoles graduées.

Les enfants indigènes qui, par le service, ont obtenu un rang quelconque , appartiennent et comptent au rang des bourgeois notables , et jouissent conséquemment de tous les privilèges acquis à celte classe.

Les Kalmouks, une des peuplades les plus nombreuses des deux Sibéries , sont soumis immédiatement au Ministère de Vintérieur. La direction suprême découlant de celui-ci, surveille le bien-être des KaU mouks dans toute son étendue, et en leur conservant leurs droits acquis, elle offre une garantie pour tous les avantages qui en peuvent ressortir.

Afin d'arriver plus aisément et plus sûrement à ces avantages , qui devront nécessairement découler de l'initiation successive des Kalmouks dans l'organisation de la vie sociale et policée, il y a en outre dans la ville d'Astrakhan, une commission spéciale pour veiller à leurs affaires. On y adjoint deux députés élus , l'un dans la classe des chefs ou propriétaires , l'autre au sein des lamas.

Cette commission s'occupe non-seulement de l'administration et de la gestion des affaires courantes , mais elle cherche encore à déterrer et à reconnaître l'ancienne législation des Kalmouks. Dans ce but, elle communique avec le clergé et les plus marquants

des chefs de ce peuple. Elle résume cette législation en Tassimilant autant que possible aux lois générales, et elle en remplit les lacunes et les défectuosités par les lois définies dans le code.

En un mot^ tous les vestiges des lois, des cérémonies et des coutumes , tant des Ralmouks que des autres peuplades, doivent être recherchés , débrouillés, examinés, approfondis, imprimés, avec une traduction russe, dans la langue particulière à chacune d'elles, et publiés dans les peuplades qu'ils concernent respectivement.

Chaque tribu ou race possède à sa disposition un territoire respectif pour suflSre à ses besoins. La répartition du terrain se fait par la tribu elle-même, par le sort, ou par tout autre usage spécial à la tribu.

Il est sévèrement défendu aux Russes de s'établir par usurpation sur les terres ainsi assignées aux tribus nomades.

Comme les terrains sur le penchant de TOural, habités par les Baschkirs, renferment des richesses métalliques dans leurs entrailles, et que d'ailleurs la couche supérieure du sol , par sa fertilité , paie au centuple les soins qu'on lui donne, il arrivait souvent que des spéculateurs russes devenaient , à vil prix et au détriment des natifs, acquéreurs de ces riches propriétés. Les indigènes s'appauvrissaient par là, et se voyaient privés des innombrables avantages que leur assurait leur sol natal. Le gouvernement , dans sa sollicitude pour le bien-être de cette peuplade, a annulé tous les achats frauduleux et faits de mau-

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vaise foi par des Russes aux Baschkirs ; et par une ordonnance récente , il n'est permis de vendre et d'acheter qu'avec l'assentiment des autorités supérieures, ou des gouverneurs de ces contrées.

Le commerce et le traGc de tout genre sont libres , tant pour les Russes que pour les indigènes. Ils le sont sur tous les points , en tout temps , par rapport à tous les produits , soit bruts , soit en manufacture, soit provisions de bouche , excepté cependant les boissons spiritueuses.

L'introduction et la vente de ces dernières sont sévèrement défendues , surtout dans les foires et dans les marchés , et elles ne peuvent être permises dans aucun cas et sous aucun prétexte.

Il est de plus sévèrement défendu à tous les employés du gouvernement dans ces régions-là de faire un commerce quelconque avec la peuplade, ni d'y prendre la moindre part , soit comme garants , soit comme médiateurs, soit comme commissionnaires.

Il est sévèrement défendu à tout particulier d'acheter ou d'acquérir , de quelque manière que ce soit, les enfans des indigènes. Le gouvernement seul peut le faire , avec le consentement des parents ; et ce cas a lieu principalement dans les années de famine. Il les place alors dans les villages, au sein de familles et de ménages connus par leur moralité et jouissant d'une certaine aisance. Sortis de l'enfance , les adultes sont obligés de servir un certain nombre d'années

pour compenser les frais de leur enlrelien, et après ce terme, ils deviennent libres et indépendants

Enfin la loi conserve socialement à chaque famille des tribus nomades des Kirghises , des Baschkirs , des Kalmouks et d'autres, la position dont elle jouissait dans sa tribu respective , avec les mêmes dénominations et la même considération.

Cependant nulle famille ne peut exercer sur les échelons inférieurs aucune action , aucune influence oppressive, même si elle avait été anciennement en possession de droits de ce genre.

Ces points les plus saillants de l'organisation légis* lative qui régit les peuples de TÂsie , disséminés entre le Caucase , la mer Glaciale et les confins orientaux de la Sibérie , démontrent la mansuétude du Pouvoir, et Tesprit vraiment chrétien , par lequel la nation russe marque sa marche dans ces régions. Elle ne s'occupe pas moins de les régir et de les conserver, que de les humaniser par l'influence omnipotente des institutions.

Cette action de la Russie sur ces peuplades diffère complètement sous tous les points et sous tous les rapports , de l'esprit et des faits qui ressortirent des conquêtes , entreprises par les Occidentaux , au nom de la thiare ou de la chaire. Ce caractère si distinct de l'action conquérante de la Russie , lui est entièrement propre et exclusif, et il semble, en leur appartenant, compléter ces signes spéciaux qui font de notre race une race providentielle, et de la Russie, l'agent, l'instrument de cette race- envers l'humanité.

L'Indien des deux Indes , ainsi que TAfricain , fut toujours livré au bon plaisir et à la merci de tout Européen qui soumettait les pays, que cet Européen fût agent ou non du gouvernement. La pitié, la justice, la merci n'étaient chez lui que des idées et des mots inusités, inappliqués dans les faits. En Russie, on vise au contraire à mettre le sauvage à l'abri de toute vexation de la part de celui qui doit appliquer la loi ; et plus Tindigëne est faible et ingénu , plus on cherche à le garantir de toute injuste atteinte. Ici , la raison d'Etat suivit la conquête ; elle se transporta au milieu des pays nouveaux avec tous ses éléments législatifs, les modifiant dans l'application par les données qu'elle y trouva. C'est ainsi que dans la partie pénale , par exemple , la répression , la punition ne précéda jamais la conscience d'un délit dans les notions du coupable.

Le vol, formant un des principaux traits de la nature des peuplades sauvages dans toutes les parties du monde, est à peine envisagé par elles comme une faute, et jamais comme un crime. C'est donc à tort que la société policée, dans ses rapports avec les indigènes, l'appréhendait et le ppnissait aussi sévèremeait, que si ces derniers y avaient attaché la même importance qu'elle y attache elle-même* Telle était néanmoins la conduite des Européens, tandis que la Russie, par l'organe même de la loi , agit d'une manière tout opposée.

Un assujeUissement violent et immédiat aax idées, aux mœurs, aux notions importées, était le mot d'ordre et le selis, sous Tiuspiration duquel agirent toujours les autres peuples de l'Europe. La loi russe, en Asie, abandonne au temps, ainsi qu'à l'influence qu'elle exercera enfin à l'aide du temps , la transformation successive des mœurs, des idées, des habitudes, sans recourir à une dureté intempestive.

Dans tous les détails les plus minutieux, le Pouvoir de la mëre-patrie tient toujours une balance parfaite des intérêts de l'indigëne avec ceux du conquérant. C'est par là qu'il diminue, qu'il épargne au premier toute espèce d'oppression, et qu'il accélère la fusion des intérêts, et l'absorption des individualités dans le grand tout de la Russie. L'état civil et social du Sibérien est mis partout, autant qu'il est possible, au niveau de celui du Russe dans les mêmes conditions. La voie d'ascension dan^ les gradations sociales, s'ouvre avec la même latitude devant l'un, comme devant l'autre. Tout indigène jouit de garanties puissantes contre toute dépossession violente ou frauduleuse. Ses propriétés en terre ou en toute autre nature, lui sont assurées par toutes les voies. L'équité rigide du législateur intervient entre les Sibériens et Tégolsme du conquérant; et par là, elle prévient et émousse d'avance le cêté purement matériel de cette tendance européenne , qui , de la civilisation , a fait un outil d'exploitation physique pour tout ce qu'elle rencontre,

sans égard aux droits acquis des autres peuples. Ici, les intérêts ne sont pas livrés pieds et poings liés à la rapacité des individus. Sous les yeux du six™® siècle, l'Amérique du nord, armée de pied en cap, et toute hérissée des sentiments et des principes sonores de liberté, de philanthropie, etc., agit-elle avec la même équité? Et l'État, tout comme l'individu, n'y étoufi*et-il pas ce sentiment d'équité, dans son contact avec l'habitant primitif de cette partie du monde?

Que ce fût le prêtre, ou le spéculateur, ou le marchand, ou le défricheur qui conduisît les Européens, c'était toujours l'esclavage qui poussait sous leurs pas. C'est un droit public, aussi complet que le moment l'exige et peut le supporter, qui surgit à côté de la Russie : droit qui ne renverse pas, mais qui conserve ce qui est conservable, qui respecte les traditions et les habitudes, et qui embrasse, par une attraction tempérée, ceux qu'il salue au nom d'une organisation civilisatrice. En se les attachant à lui-même, il les rattache aussi par là aux intérêts policé».

C'est par de telles institutions, conçues dans le plus large esprit du christianisme, qu'au milieu de l'instabilité mouvante de ces peuples nomades, la Russie jette cette fixité autour de laquelle ils prennent assiette, se rangent et se casent; de thème que dans l'ordre physique, c'est autour d'un corps uni et plus ou moins compact, que des corps délayés se condensent et se cristallisent.

Les villes qui servent de chefs-lieux au Gouvernement, disséminées à différentes distances sur tous les points des Sibéries, depuis la frontière de TEurope, jusqu'à la grande muraille et jusqu'au golfe du Kamtchatka, sont en même temps autant de foyers doù la civilisation s'étend pratiquement et applicativement, et servent de réservoirs qui absorbent notre sociabilité, pour la répandre ensuite. Autour d'elles se rallient successivement les nomades et les agricoles ; elles sont leurs points d'appui, comme pour le Pouvoir elles sont autant de centres, d'où il fait énergiquemeot et dans tous les sens, partir une action administrative autant que civilisatrice. C'est par le moyen de ces villes que le Gouvernement fait l'éducation matérielle des natifs, qu'il les façonne peu à peu , les travaille , les dégage de leur âpreté primitive, et les entraine insensiblement dans les formes de notre allure européenne*

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