‹ La civilisation et la RussieChapitre 8 sur 12 · IZ · texte numérisé non relu

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En établissant les rapports qui doivent exister entre les Européens et les Asiatiques , le Pouvoir russe , véritable expression des sentiments caractéristiques de la nation, sentiments qui à leur tour prennent leur source dans renseignement de Notre Sauveur, fait toujours envisager chaque homme comme un frëre ; et partout le premier, non-seulement par le précepte, mais encore par l'exemple , il reconnaît et pratique cette fraternité autant devant Dieu que devant les hommes ; dans lé temple , que dans le contact de la vie active, ouvrière et matérielle.

Ainsi tandis que la civilisation protestante ou catholique, libéralement portée dans les autres parties du monde, n'est morale et charitable que pour ellemême; qu'elle refuse aux Noirs et aux Indiens la dignité et les droits de l'homme, ou qu'elle les leur reconnaît faiblement , pour les soumettre plus facilement à l'intérêt égoïste et à la rapacité de ses propres agents; celle de la Russie, avec son église orthodoxe €t son Pouvoir autocrate, s'occupe de l'individu <|u'ell€

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trouve en dehors d'elle, constate ses droits généraux, et le préserve de l'abrutissement. Elle protège le plus faible contre le plus fort, le simple contre le civilisé, et suit ainsi largement le divin précepte de la charité évangélique. Son but n'est ni l'aumAne, ni la philanthropie, mais l'appel et l'admission de l'homme de toutes les races , de îousr les climats et de toutes les couleurs, à une existence améliorée, en les embrassant tous dans le progrès perfectible, sous l'égide et sous l'influence de la foi céleste et révélée.

C'est cet esprit qui ressort partout où s'étend la Russie. Partout celle-ci porte la sécurité comme garantie de développement. En relevant l'indigène, le conquérant ne lui arrache , ni le sol , ni aucun des produits de fton travail. Il s'applique au contraire à augmenter le prix , à lui pratiquer des débouchés pour l'écoulement , et il veille à ce que la ruse policée ne se prévale pas sans frein , de la simplicité et de l'ignorance.

Pour se défaire de voisins gênants , pour s'emparer plus facilement du sol, l'Américain du Nord, dans l'absolutisme de sa volonté , traque les indigènes comme des bétes fauves, et les tue pour en finir plus v^te , sans que la loi soit assez puissante , ni le principe d'où elle découle assez humain, pour modérer et adoucir cette férocité exploitatrice. Et s'il ne tue pas, du moins il corrompt et démoralise, sans reculer devant aucun moyen susceptible de le

faire parvenir à ses fins. Dans quelques peuplades , il a introduit l'usage immodéré des liqueurs fortes , tandis que la loi russe en défend, sous des peines sévères, l'importation et le débit parmi les tribus de l'Asie.

Impatient de jouir et de profiter matériellement , rAméricain, rejeton de la race anglo-germaine, produit moral de toutes les idées négatives qui ont agité l'Europe depuis quatre à cinq siècles , tant dans le sens religieux, que dans le sens social et législatif; ayant matérialisé tous les sentiments et tous les devoirs, les ayant réduits à soi, à son pro^ pre bien-être , à un intérêt exclusivement égoïste ; dans quiconque ombrage et entrave même momentanément ses vues , ses calculs et ^es plans , voit un ennemi, et le traite comme tel. Occupé et absorbé ainsi par cet égoîsme, il regarde comme irrévocablement perdu tout moment qui ne lui apporte aucun profit; tout moment pris sur un temps qu'il devrait consacrer avec patience durant de longues années , comme on le fait ici depuis des siècles , au développement des germes que Dieu souffle sans distinction dans les hommes de tous les points du globe. Ces germes pousseraient et se développeraient sans doute sous la cbaleur bienfaisante de principes vraiment chrétiens. Mais l'Américain du Nord , trop préoccupé des seuls bénéfices courants, ainsi que tous les autres Européens colporteurs de ce qu'on appelle chez

eux liimiëres, quoique dans le sens qu'ils donnent à ce mot, il se réduise à la simple industrie. l'Américain du Nord, dis-je, ne sut jamais sentir jusqu'ici de quel intérêt seraient, pour le genre humain en général, pour sa marche , pour ses tendances, la conservation et la transformation de tous les enfants de l'humanité, en une seule famille religieuse et sociale. Cette marche à suivre, lente, patiente, et par là même providentielle , n'était sentie ni comprise par aucune race , par aucun Pouvoir européen , absolu ou libéral , catholique ou protestant ; d'ailleurs , elle ne pouvait l'être, car tous eu masse n'avaient pour but que l'exploitation de l'homme et du sol , comme d'une matière de spéculation mercantile , et non de spéculation morale.

L'esclavage et l'abrutissement formulaient conséquemment la conquête , parce qu'elle ne découlait que de l'esprit de commerce. Les gouvernements abandonnant les régions découvertes et exploitées à des aventuriers , à des spéculateurs , n'avaient comme eux en vue que d'enrichir 'par là les métropoles et les individus qui leur appartenaient. Que ce fut à ces individus ou à des compagnies qu'ils concédassent leurs droits, c'était toujours l'intérêt commercial qui gisait au fond de leurs actes ; ils visaient toujours à couvrir le plus tôt possible et avec une riche usure, les frais de leurs armements. Ainsi , tout autre sentiment s'étouffait dans les consciences, et de là ce

dessèchement dans les faibles indices de lois qu'on établissait par-ci par-là. Lorsqu'on ne pouvait affermir une domination de fait, les factoreries et les comptoirs étaient encore l'expression la plus bénigne de l'influence européenne en Asie, en Afrique et en Amérique.

Les colonies établies sur de pareilles bases , ne devant servir à enrichir que la seule mère-patrie, consommaient forcément le surplus de leurs fabrications, demeuraient dans la dépendance industrielle la plus complète , et ne pouvaient jamais s'élever au niveau de leur métropole.

C'est de la sorte que l'Angleterre , jusqu'à nos jours, envisage et régit encore ses possessions transatlantiques. Nulle part la matière première n'y est reproduite sur le sol même par les fabriques et les manufactures , excepté dans le cas d'une impossibilité absolue d'agir autrement. Les cotons et les laines des Indes cherchent l'Europe pour être travaillés , et ce n'est qu'alors qu'ils reviennent dans leur patrie comme marchandises; et si ces contrées -là restent en possession de la fabrication du sucre, c'est uniquement parce qu'on ne saurait la leur ôter.

Le gain était et est encore le seul lien qui existe entre l'Europe et le reste du globe. La dépendance et l'asservissement des colonies répondaient à ceux que des individus exerçaient à leur tour sur les natifs de toutes les contrées. La férule du poids et de l'aune

servait de mesure à toutes les relations particulières et gouvernementales. La philanthropie , œuvre du philosophisme étalé sur le bien-être matériel, venait tard, bien tard, arprës des siècles, modifier un peu cette dureté inflexible ; mais son impuissance ne fut que trop visiblement constatée. Ainsi, de nos jours, comme du temps de la première conquête, les propriétaires ou colons d'Asie, d'Afrique, d'Amérique, Anglais , Français , Américains, Hollandais , Espagnols, les uns fervents protestants, les autres catholiques', tous pour la plupart libéraux, s'exposent par toutes les voies de la plus dure tyrannie, à ce que les nègres qui leur appartiennent soient, ou admis par le baptême dans le sein du christianisme , ou éclairés par le prêche. Emprisonnements, punitions corporelles , rien n'est épargné pour les en détourner. La législature locale, comme celle qui découle de la mère-patrie, se tait, ou volontairement, ou par la conscience de son impuissance.

L'Amérique d'aujourd'hui , continuatrice des notions et des principes inoculés par les Européens d'Occident, étend et régularise cette œuvre sanglante d'oppression et d'extermination. Par la manière dont elle traite les Noirs et les Indiens , elle donne un exemple inouï dans l'histoire; exemple que chaque jour de l'époque où nous vivons inscrit dans ses annales.

Tels sont les fruits de la volonté individuelle qui se transforme en loi avec tout le cortège des passions

viles et violentes. C'est ce qui ne manque jamais d'arriver , quand le seul moteur des actions d'un peuple, dans son gouvernement comme dans les individus , est le calcul d'un avantage immédiat , réduit en chiffre de balance.

La Russie , distincte de tons les autres États , dans toutes les sources de ses lois et de ses principes organiques , comme dans leur application , reste fidèle à son individualité originelle, dans la marche qu'elle poursuit en Orient , marche qui s'opère sous des conditions d'une toute autre nature que celles qui régissaient l'Occident, et qui leur sont opposées en tout point. Ces conditions sont aussi élevées que les autres sont basses ; aussi identiques à fa vraie mission chrétienne des peuples de notre partie du monde j que les autres sont jusqu'à présent défectueuses , incomplètes et partielles.

Dès son premier pas victorieux en Asie, ce n'est pas un asservissement impitoyable , ce n'est pas l'esclavage , et encore moins l'extermination , qu'elle y a apportés. Pour toutes ces peuplades plus ou moins nombreuses, qu'elles soient fortes ou faibles, c'est au contraire un affranchissement moral, en même temps que matériel, qui découle de leur contact avec la Russie : car sous ces deux rapports à la fois , rien

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n'est plus esclave que Thomme primitif , encore dans l'état de nature et de sauvage indépendance : il l'est de tout ce qui l'entoure extérieurement, comme de tout ce qui bouillonne dans son intérieur et l'agite. Il est soumis dans toute son étendue à la pression de tous les points de la matière , sans qu'aucune force morale lui aide à la combattre victorieusement; sans que son intelligence lui fournisse des agents pour dompter les forces physiques qui , menaçantes , l'environnent.

Depuis le pôle jusqu'aux entrailles de l'Asie, l'apparition de la Russie émancipa et émancipe epcore Thomme dont la faiblesse se mesure par le plus ou moins de rigueur des éléments âpres et presque indomptables de ces régions. Et ce n'est pas pour l'enchatner à son tour , pour en faire un objet d'exploitation matérielle, qu'elle lui porte des secours moraux , des secours physiques ; qu'elle le régénère sous le rapport de la religion , comme sous celui de la société ; qu'elle améliore , en un mot , son existence.

Partout elle voit en l'homme l'œuvre de Dieu , - et partout elle le soigne et le protège. Nulle part la Russie conquérante n'a déthiit ce que Dieu créa. Aucune des plus petites peuplades nomades n'a disparu du sol où elle fut placée , tandis que des millions d'hommes ont péri ailleurs, et que sous l'étreinte sanglante du génie occidental , on a vu exterminer des races en-

tiëres plus ou moins policées, qui ont à jamais diâ^ paru de la surface du globe.

Ce génie occidental chassait ^ dépossédait , exterminait, abrutissait. Dans sa fiévreuse avidité , il vouait, il sacrifiait tout au préjugé, à la morgue de sa suprématie , comme de sou égolsme. La Russie, à chaque pas qu'elle fait en avant , s'occupe en premier lieu , non pas de la chose , mais de l'homme : elle le transforme avec lenteur, sans l'écraser avec précipitation. Son guide n'est pas la volonté aventureuse et spécu-. lative des individus, mais bien ce Pouvoir qui révèle partout et toujours sa suprématie au-dessus des intérêts momentanés, et des tendances purement personnelles. Il surveille avec vigilance les appétits individuels; et les volontés partielles s'absorbent dans sa volonté unique qui dirige l'ensemble vers des résultats, lents à obtenir, il est vrai, mais aussi vastes que profonds , puisqu'ils sont intimement liés aux vrais progrès , à la vraie émancipation de l'humanité.

Et ce n'est pas à se substituer aux races anéanties que vise la race slave ainsi conduite, mais bien à les conserver , et à les façonner à son image ; et voilà aussi pourquoi la Russie se montre docile, conciliante et conservatrice envers elles. De son omnipotence n'émanent ni l'asservissement ni l'esclavage.

On a vu comment les lois spéciales de la Russie évitent autant qu'il est humainement possible , toute espèce d'oppression sur les contrées sujettes. Ce n'est pas non plus pour avoir des colonies, comme elles existent généralement ailleurs, que la Russie recule ses frontières. Comme, dans l'intérêt du conquérant, elle ne foule pas aux pieds ce qu'elle a conquis, de même elle n'use pas envers ses conquêtes , de ce qu'on appelle les vues et les intérêts de métropole ; car tout devient unité et métropole partout où l'aigle russe s'abat. Toute séparation , toute subdivision , tout éparpillement des intérêts considérés dans ce sens, est étranger à la Russie ; nulle part il ne perce ni dans ses lois, ni dans l'esprit national. Partout elle offre les mêmes garanties , assure les mêmes avantages sociaux et matériels, consolide la sécurité et constate les droits de position de l'individu, pour les Asiatiques à l'égal de ceux dont jouissent les Russes dans leur patrie. Ce sont les liens de cette patrie qu'elle étend et embrasse ; ce n'est pas une race particulière ,

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une couleur particulière, un degré particulier de développement intellectuel , plus ou moins avancé ; mais des hommes pris dans leur ensemble et sans aucune distinction de ces nuances dont il a plu à Dieu de les marquer. C'est ainsi que la Russie comprend l'égalité seule vraie et naturelle, qu'elle l'applique et la consacre.

Puisqu'elle aspire à se reproduire en tous sens et dans toutes les directions, ce ne sont donc pas des colonies qu'elle agrège. Voilà pourquoi la législation ne se ressent d'aucune hostilité, d'aucune restriction du bien-être pour les peuplades qu'elle trouve sur le sol conquis.

Le Pouvoir, expression claire et agissante de cet esprit caractéristique de la nation , oblige , comme on l'a vu plus haut, ses sujets primordiaux de régler, de mesurer, de circonscrire leurs rapports, comme leurs intérêts, aux règlements qu'il trace pour les sujets nouveaux que la Providence remet entre ses mains. Il les envisage comme ses enfants, tout aussi bien que les premiers, et il veut qu'on les envisage de même comme membres d'une seule et grande famille.

- La justice et Téquité sont les portes par lesquelles le Pouvoir introduit le nomade dans la société; c'est par leur influence que s'opère son émancipation morale ; ce sont elles qui le reçoivent des mains de la nature. Le nomade voit que les lois l'entourent , non

comme un cerceau de fer qui i'étoufferait en le i^esserrant, qui lui ôterait la liberté du mouvement matériel, pour la remplacer par Tasservissement à la volonté et au profit d'autrui ; mais comme un lien dont l'élasticité, tout en riéglant et en coordonnant ses habitudes , s'y plie , sans néanmoins se relâcher. Il sent que ce lien l'attire insensiblement autour des institutions qui l'abritent ; qu'il le met à couvert des éruptions brutales d'une force , qui lui servait auparavant de règle unique et conductrice, tant envers ses amis que contre ses ennemis ; qu'il lui épargne enfin les misères physiques qui forment ordinairement le cortège exclusif de l'homme de la natui*e.

La moralité législative chez le Russe à l'égard des nomades, est donc le précurseur de la morale religieuse : celle-ci est prêchée par l'exemple que donne celle-là. La première , en adoucissant les mœurs , en éclaircissant les idées, pénètre les convictions et les consciences , et les prépare à recevoir de leur propre élan, la, lumière divine, qui pour eux s'explique par des faits et non uniquement par des paroles. L'amélioration, tant morale que matérielle, ressort ^lors de la vie policée comme bienfait , et le bien-être est non la suite de la fraude commerciale, mais celle d'une vie d'ordre , d'assiette et de travail. C'est la charité chrétienne ainsi appliquée, qui amènera les idolâtres à venir d'eux-mêmes aux autels du vrai Dieu. A mesure que tombent de leurs membres les

chaînes de l'état primitif, disparaissent aussi les ténèbres de leurs âmes et de leurs intelligences. L'émancipation physique va de front avec l'émancipation spirituelle; elles s'appuient l'une sur l'autre, et, en enseignant la foi , la prière et le travail , elles gagnent l'homme à Dieu et à la civilisation , ainsi que le sol à la culture productive.

Les villes , qui , comme je l'ai dit plus haut , sont autant de centres d'où s'étendent l'action et l'influence du Pouvoir , deviennent peu-à-peu , et le deviendront avec le temps sur une plus vaste échelle, des entrepôts où les productions indigènes trouveront l'industrie, et des fabriques qui reproduiront les matières premières : car en Sibérie , comme dans la Russie européenne, le Pouvoir protège toute industrie avec la même sollicitude.

Si l'industrie et le commerce sont ou deviennent les agents actifs de la civilisation européenne auprès des autres peuples , c'est surtout quand ils servent à les attacher sur tous les points de la terre à la vie policée, et non, quand à leur aide, on ne fait qu'exploiter l'ignorance. Entre les mains du Pouvoir russe en Asie , et par la direction qu'il leur y donne, l'industrie/ et le commerce ne sont pas la propriété d'une caste privilégiée , mais ils sont mis à la portée de tous. Il tâche d'en faire des intérêts locaux partout où il établit sa domination. Ils ne sont donc pas une

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corne d'abondance pour une partie de TEmpire au détriment de l'autre ; mais une voie d'amélioration , de progrès , un bienfait de la Providence également pour tous.

La Russie apporte et donne tout aux Asiatiques nomades , surtout à ceux du Nord et du Centre , qu'il s'agisse de satisfaire à leurs besoins physiques ou à leurs besoins moraux. Comme dans toutes ses conquêtes , elle ne calcule jamais sur un profit immédiat, sur un prompt recouvrement , ou sur des primes faites au prix des sacrifices que la conquête exige , ce n'est pas non plus par des livres de compte que celle-ci peut être évaluée. La balance penche donc toujours et en tout point du^ côté des peuplades conquises , puisque c'est à ses propres frais, comme au moyen des ressources nationales , que le Pouvoir nourrit et entretient ces contrées , et qu'il subvient à leurs besoins administratifs.

Ce caractère si distinct dans la marche du Pouvoir russe , si opposé à celui dont tout l'Occident est empreint sous le même rapport, ressort avec vigueur dans toutes les entreprises faites par les Russes en dehors de leurs frontières. Ils les élai^issent , non comme des commis du commerce, mais comme des agents fastiques du progrès ; ils abandonnent la question des résultats du moment , le plus souvent onéreuse à l'Etat, pour celle des résultats vastes et larges qu'amèneront les siècles et l'avenir.

C'est ainsi que la Russie sacrifie les richesses de son pays , sans pourtant s'appauvrir jamais , quoique de l'Asie , eUe ne retire aucuns revenus même comparatifs à l'immense étendue de terrain qu'elle y possède. C'est véritablement sous ce point . de vue là , et à la suite de faits pareils , qu'on peut appliquer à la Russie le 'nom de Mère-Patrie à l'égard du Nord et de l'Orient. Elle l'est réellement dans tout ce que cette dénomination a de pur , d'élevé , puisque les peuplades Sibériennes sont ses vrais nourrissons. Elle les élève , les entretient , les aliment^ ; elle dirige leurs premiers pas dans une nouvelle vie, et elle s'acquitte de Ce devoir imposé d'en haut avec la plus entière abnégation, comme avec la plus patiente do«cilité. C'est elle qui adoucit pour ces peuples l'influence de l'âpreté du climat, c'est sa prévoyance administrative qui supplée à la stérilité du sol , ainsi qu'à l'imprévoyance naturelle à Tbomme nomade, tantAt en l'obligeant à travailler pour lui-même, tantftt, et c'est ce qui arrive le plus souvent, en lui apportant de quoi subvenir aux premières nécessités de Texistence. Mère-Patrie, elle veille à l'agrandissement et à l'augmentation des forces de ces enfants de la misère; et cette misère , si elle l'a fait déjà proportionnellement disparaître ; elle le fera avec bien plus d'efficacité encore, lorsqu'elle verra l'industrie et rintell^[ence augmenter ses propres ressources à elle-'méme. Le temps lui fera recueillir les fruits de sa patience.

C'est lentement à la vérité , mais aussi sans interruption aucune que la Russie implante ses idées , répand son individualité, et forme des Russes partout où elle trouve des hommes , persuadée qu'elle est , que c'est là le seul moyen de consolider indissolublement son œuvre civilisatrice.

La Russie n'éprouve donc aucune crainte de voir perdre des résultats ainsi préparés par son action , et si le bien qui doit lui en revenir n'est pas immédiat, il le sera lorsqu'on en verra jouir des générations et des peuples entiers^ devenus russes à son image. Tout est avenir dans chaque rayon qui révèle les destinées de la Russie; tout ce qu'elle fait aujourd'hui porte , on peut dire , le cachet d'une durée éternelle', car tout en elle est pour ses peuples le germe d'un lendemain qui doit suivre, plutôt qu'une réminiscence d'un jour d'hier qui disparait dans Tablme du passé. Des générations qui n'ont jamais eu ce pas, trouvent le présent sous les auspices de la Russie , et c'est encore elle qui leur engendrera un avenir. Elle est entre les mains de l'Éternel une charrue avec laquelle il laboure les plaines immenses et inertes de l'Asie pour les rendre cultivables : elle est la voix dont l'Être Suprême appelle tant de tribus éparses à marcher dans les routes d'amélioration , à le reconnaître, et à s'unir ainsi dans une seule religion en même temps spirituelle et sociale.

BT LA RUSSIE.

Voilà comment la Russie accomplit ses devoirs et sa mission envers ces peuplades, dont, à cause de leur faiblesse, on pourrait même dire de leur stérilité dans l'économie matérielle, on lui abandonne la laborieuse initiation sans la lui contester.

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A mesure que la Russie descend du nord et qu'elle s'avance davantage vers le centre et le midi de l'Asie , cette mission, quoique toujours la même, devient néanmoins plus ardue dans son accomplissement,

Les populations y sont plus compactes. Quelques-unes se trouvent sous l'influence d'une organisation indigène , plus prononcée que chez les tribus des Sibéries , et réglée pour la plupart par le mahométisme. D'ailleurs, moins opprimée par la sévérité et l'intempérie du climat , plus favorisée par la richesse du sol , la nature de l'homme y a conservé toute la fougue de cette sauvagerie qui spécialise et caractérise les peuples , chez lesquels un but unique de rapines et d'incursions forme le ciment de l'association.

Ces causes multipliées augmentent donc nécessairement l'importance de l'œuvre que la Russie doit y poursuivre. Elle doit frayer un passage au courant de notre culture, tant morale que matérielle, à travers ces rocs antédiluviens du Caucase, à travers

la couche épaisse et endurcie d'erreurs entassées par des siècles, erreurs qui ont péiiétré de part en part jusqu'à la moelle des os de ces populations montagnardes, et qui forment l'unique, l'exclusif élément organique de leur sociabilité , de leurs croyances , de leurs mœurs , de leurs usages , de leurs notions et de leurs habitudes.

Les effets de l'islamisme sur ces populations , comme sur toute l'Asie en général, sont assez connus. Chez les uns, il protège la barbarie, tandis qu'il endort les autres dans l'apathie la plus inerte. Et quoique le christianisme ait pris naissance dans ces régions asiatiques, il y vivote sans rien vivifier. Le contact du catholicisme de l'Occident , en glissant stérilement sur la surface orientale, n'y a laissé que des traces presque imperceptibles. Ni les guerres d'autrefois, ni encore moins les rapports établis sur l'échange mercantile, rapports réglés par une politique toute matérielle, n'ont été en état de secouer profondément ces contrées, de les éveiller, de les entraîner dans la marche , en tête de laqudle se trouvent les races européennes. Ces races ont toutes échoué contre l'Asie , malgré leurs efforts non inteiTompus de plusieurs siècles. Cette dernière reste ce qu'elle a toujours été, étouffant et comprimant la vraie foi, repoussant plut6t qu'acceptant notre culture et nos lumières.

Cette stérilité d'efforts multipliés prouve donc que Theure de TÂsie n'avait pas encore sonné, ou que les instruments avec lesquels on la travaillait étaient incomplets et défectueux. C'est notre race, c'est la Russie qui , en se déversant de plus en plus sur l'Asie, est visiblement destinée à faire pour elle ce que les races germaniques firent autrefois pour le monde romain ; c'est-à-dire , qu'en la fructifiant et en la rafraîchissant, elle pénétrera tout son organisme.

La position géographique de la Russie, jointe à celle de ce qu'elle a déjà transformé dans cette partie du monde, simplifie de plus en plus l'accomplissement de ce décret. Car ce n'est certainement pas par hasard qu'elle se trouve plus qu'aucune autre race, aucun autre Etat, côte à côte avec l'Asie, # que par là elle a à sa disposition des ressources et des moyens qui ont été refusés à tous les autres peuples. Elle peut pénétrer en Asie, comme elle le fait ; tant par le Nord que par le Sud , et avancer toujours sans laisser derrière elle rien d'inachevé, partout rien de menaçant. La position qu'elle y a prise et que Dieu lui a montrée , révèle d'elle-même , plus clairement que tous les raisonnements possibles , que la régénération de l'Orient est sa tâche exclusive. Tout a été mesuré et proportionné , avec une sagesse surnaturelle, dans cette marche envahissante. Elle fut d'abord dirigée sur les régions du Nord , dont l'assujettissement ne requérait que peu d'efforts , alors

que la Russie elle-même était faible et essayait ses premiers pas sur la scène du monde. Plus ses forces se développèrent ensuite , plus l'horizon de son action s'étendit et se dirigea sur des points de plus en plus hérissés. Il y a un siècle et demi que la Russie se serait brisée peut-être l^ontre les rochers du Caucase , tandis qu'aujourd'hui aucun pouvoir humain ne saurait lui en disputer le passage. C'est ainsi que de siècle en siècle elle avancera en Asie, en accélérant sa marche en raison de sa propre croissance, et de l'espace qu'elle a déjà parcouru et occupé.

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xnr.

On a vu que pour le Nord, son action civilisa- ' Irice par l'attraction et l'assimilation , n'a besoin que d'une administration énei^que et vigilante , pour que tout s'accomplisse avec le temps, par l'influence pacifique de l'exemple et des lois.

Son mode d'agir change de face dans la trouée qu'elle pratique vers le centre, et surtout vers le midi de l'Asie. Les entraves qu'elle y a à surmonter, la réaction qu'elle rencontre et qu'on lui oppose, nécessitent et évoquent une action immédiate de forces capables de rompre , de briser , de déraciner tous les obstacles que le passé de ces régions-là , autant que la jalousie des Etats de l'Occident , accumule sur sa marche providentielle.

La Russie se voit donc obligée d'abord de recourir aux armes pour vaincre , aplatir et soumettre les peuplades, jusqu'ici indomptables, du Caucase et des régions transcaucasiennes , pour pouvoir ensuite les socialiser , les policer , et importer chez elles le culte de son église orthodoxe, les trésors de l'industrie,

les lumières de la science, Tamour de la paix, de Tordre et du travail,

Si d'un c6té la Russie avance et marque son passage dans le Midi en broyant toute résistance, en balayant partout les vestiges d'une barbarie séculaire ; si d'une main elle fait une profonde et large incision dans la vitalité anti-sociale de ces populations nombreuses , désunies et se déchirant entre elles ; de l'aulre , à chacun de ses pas , elle applique le baume adoucissant de l'oi^anisation et de la sécurité qui ferment les blessures ,. et répandent largement les germes de nos idées européennes, issues de la charité évangélique.

La Russie, par son culte, trouve déjà une voie préparée sur quelques points de T Asie-Mineure ; et pour elle, il s'agit autant d'étendre la parole divine chez les idolâtres, que de relever et de soutenir en même temps les églises du rite grec qui s'y sont formées, mais qui végètent oppressées sous k joug du Koran. L'émancipation religieuse , en même temps que l'afiranchissement social des nombreuse peuplades , se rattache à la question russe en Asie , et avec les mêmes fils que la propagation de la foi de Jésus. Pour l'Orient , soit payen , soit mahométan , soit idolâtre, le catholicisme est représenté presque exclusivement par la Russie qui l'y fait reconnaître et sentir, autant au spirituel qu'au physique. Elle en est à la fois l'apôtre et le protecteur. L'invocation

de TinterveotioD divine se renferme et se personnifie pour les catholiques d'Orient, dans l'Eglise, comme dans le nom et dans la personne du Russe, et par ascendance , dans le Gouvernement et la personne du Souverain qui , surtout pour l'imagination de ces peuples-là, se reproduit corps et âme dans tous les actes de son Pouvoir. Ce dernier sentiment de magie souveraine agit avec plus de force encore sur les Mahométans et sur les Idolâtres.

Tous les chrétiens de l'Asie, en un mot. Arméniens, Nestoriens, Katolicos , disséminés entre le Caucase et pour ainsi dire les Indes, frères de la Russie par leur église, en reconnaissent la suprématie, doivent nécessairement la désirer, et contribuer de tous leurs moyens à l'accélérer par le fait gouvernemental, puisque pour eux elle équivaut en quelque sorte à la rédemption. C'est effectivement cette suprématie seule qui leur procurera la liberté du culte et la sécurité dans tous les rapports de la vie journalière ; la garantie enfin que leurs propriétés, les fruits de leur travail et de leur industrie, ne seront plus désormais la proie de l'arbitraire violent et effréné du Mahométan de l'Asie. Aucune autre puissance de l'Europe ne tient à ce lien, et ne saurait y trouver' ni levier, ni conduit, pour pénétrer dans ces régions. Pour tous les autres peuples de l'Occident, il ne s'agit que d'établir des comptoirs et des factoreries , d'avoir un débouché, un écoulement pour les pro-

duits dont on regorge chez eux; tandis que pour la Russie exclusivement , il y va d'abriter des frères , d'en augmenter le nombre, d'établir des entrepdts des lumières de la civilisation.

' Dans rOccident comme dans l'Orient , pour le Serbe comme pour l'Arménien , pour le Monténégrin comme pour le Géorgien , la Russie est la vie spirituelle, le signe de Dieu dans l'Eglise, la vie sociale en un mot , portant avec elle émancipation , renaissance et perfectionnement.

L'ingérance de TÉglise russe par la loi civile reste fidèle à cet esprit de patiente tolérance qu'on retrouve partout où elle agit à Textérieur ; et dans l'Asie Centrale, ainsi que dans l'Asie Mineure, elle se régit par les mêmes principes que nous avons vus prendre forme et force de loi dans l'organisation des Sibéries. Le même esprit qui rëgne là-bas, domine ici dans tout ce qui comprend l'ordre, la régularité sociale et purement civile.

Dans ces contrées, comme dans tous les pays conquis par elle, la Russie introduit sa législation sous un point de vue général, en conservant cependant le point de vue local, coutumier, qui n'entravant pas le développement de ce qu'elle amené, y trouve feu et lieu.

A mesure que la Russie trouve un ordre social plus fortement établi et mieux installé, elle lui accorde aussi une part plus large dans l'ensemble des institutions dans lesquelles elle l'incorpore et Tengrëne. Nulle part, dans aucune donnée, son esprit et sa tendance gouvernementale ne sont subversifs ni révolutionnaires.

En agrégeant des pays, elle coordonne les éléments qu'elle y trouve, les définit et les précise avec la même mesui*e , la même clarté , la même aisance que ceux dont elle jouit chez elle.

Dans la Géorgie, en-deçà, comme au-delà du Caucase , les populations subdivisées d'elles-mêmes en tlasses distinctes les unes des autres, d'aprës Tordre qui les a régies de tout temps, trouvent de même la plus parfaite garantie dans la manière dont on les a assimilées aux classes auxquelles elles correspondent dans tout l'Empire ; car aucun changement violent dans les positions sociales ne s'ensuit de la conquête.

La noblesse , comme la bourgeoisie et le reste du peuple, en tant que sa situation est parallèle à celle des paysans libres , est régie et s'administre d'après le même principe qu'en Russie. Les mêmes voies de service et par là, de carrière, sont ouvertes à tous, et tous jouissent des mêmes garanties pour leurs propriétés, ainsi que pour leurs occupations industrielles et commerciales.

Ce n'est que là où la pacification n'est pas encore complète, et où des tribus mutines et guerroyantes en entourent d'autres plus pliantes , et quelquefois lAéme s'enlacent avec elles , que le principe général du régime intérieur se trouve modifié par plus de sévérité ; mais l'urgence du moment exige cette modification j et partant la justifie.

Dans les contrées où toute hostilité n'est pas entièrement éteinte, le Gouvernement a donc conservé, comme il le devait, une ingérance plus directe et plus tendue dans toutes les branches les plus détaillées de l'administration judiciaire et de police. Mais partout où les circonstances l'admettent, l'ordre communal, municipal et électif se trouve toujours maintenu.

Le bandeau dont l'autorité russe entoure et concentre les hommes, les pays et les choses, fait succéder peu à peu une unité compacte au morcellement primitif indigène. Cette autorité, mettant ainsi fin aux frottements qui préexistaient, il en résulte par-dessus tout une sécurité complète pour les propriétés individuelles.

Ainsi les classes qui s'occupent du commerce ou d'un travail industriel quelconque, sont à l'abri des exactions oppressives et des rapines qu'exerçaient sur elles les classes, guerroyantes ; comme cela avait lieu de temps immémorial dans ces régions , entre les Tcherkesses, les Géorgiens, les Turcs, les Tartares, les Persans, etc.

Là, les mœurs et les habitudes sont formées et fortement empreintes de cet esprit de violence. Les nombreux et petits suzerains, maintenant par la force des armes leurs droits les uns vis-à-vis des autres , comme aussi vis-à-vis de tout ordre social quelconque, tous les rapports, toutes les notions du juste et de l'injuste, de propriété, d'acquisition, de possession, etc., se voyaient par là soumises à cette seule force.

La condition du chef et de ses subalternes, du maitre et de ses serfs ou esclayes, d'arbitraire, indéfinie et ilHmitée qu'elle était, a subi une transformation notable et marquante.

Gomme c'était non seulement la noblesse ou les

hommes armés qui dominaient sur le peuple, mais

encore e clergé de tous les cultes respectifs, tant

mahométans qu'idolâtres, la loi nouvelle impose et

^assigne aujourd'hui des limites à tous les deux.

D'abord l'esclavage, là où il existait, se change en une servitude, précisée et définie, autant dans l'intérêt des droits acquis qu'on ne veut pas annuler, que dans celui de l'émancipation du subjugué.

Il est défendu de faire des prisonniers et par là des esclaves par les armes. Cette défense s'étend aussi aux tribus indépendantes ; c'est-à-dire, que les prisonniers faiîs sur elles par les tribus qui sont sous la domination de la Russie, ne peuvent être transformés en esclaves.

On défend de même le trafic d'hommes devenus ainsi butin , ou qui , par dçs droits antérieurs , appartenaient à des propriétaires. Ceux qu'on a trouvés dans la dépendance sont soumis aux mêmes conditions que les paysans de la Russie.

Les servitudes du peuple à l'avantage du clergé et de la noblesse chrétienne ou mahométane, étant recherchées par une scrupuleuse enquête, sont par là fixées, pesées et mises en équilibre sur la base des

coutumes nationales. Les communes s'acquittent de ce soin sous la direction et la surveillance de leurs chefs respectifs qu'elles ont élus dans leur sein d^aiprës les règlements communaux.

Les rapports entre le noble et le paysan , rapports élémentaires de toute sociabilité daqs notre ancien monde,* et qui tiennent même à ses fondements, ont reçu ainsi dans les dispositions de la loi de ces payslà la coordination la plus claire et la plus juste que la législation la plus avancée puisse donner.

Le clergé mahométan ne peut s'immiscer dans les affaires journalières, ni dans les affaires judiciaires sous aucun prétexte, si ce n'est alors qu'il est choisi librement comme arbitre.

Les affaires concernant la religion et les consciences, les différents et les mésintelligences dans l'intérieur des familles, comme entre mari et femme, père, mère et enfants , appartiennent au clergé , et il les décide d'après les règles de son culte.

Toute administration de police territoriale intérieure, de juridiction civile et correctionneUe s'exerce d'après les mêmes principes et les mêmes embranchements que dans l'Empire, pour les nobles, les bourgeois, le peuple ou les paysans, en les]J[harmonisant]^néanmoins avec les traditions^ les mœurs, les différentes croyances et les diverses nationalités des habitants indigènes de l'Asie.

ET LA. RrSSlË* 243

Cb^£ ces peuples, les causes civiles sont partout jugées par des membres de leur choix , et dans des tribunaux d'arrondissements dont les chefs relëvent du gouvernement principal. On j a toujours égard dans les arrêts à la localité avec ses nuances physiques et morales ; et le code général n'intervient jusqu'à présent que comme moyen de compléter.

Les populations des villes surllfct étant mélangées sous lé rapport des nationalités, et partant des coutumes et des cérémonies judiciaires, car ces dernières ont' une grande part et une grande influence en Orient, les membres des mairies et des magistratures sont choisis autant que possible du milieu de chacune d'elles. Chaque race étant ainsi représentée par son administrateur naturel et son juge tîe conscience , ni les intérêts , ni les sentiments d'aucune ne sont blessés ; car tout chrétien ou tout mahométan est compris dans le même privilège.

Les décrets sont rendus, tantôt séparément, tantêt collectivement, d'aprës la nature des pahrties plaignantes et acciisées; et dans les cas douteux on s'adresse aux tribunaux supérieurs d'arrondissement.

Ce sont les municipalités dans les vill^, et les chefs ou anciens avec des adjoints dans les communes, qui répartissent les impôts et le tribut à payer, et qui en surveillent la perception.

Les punitions corporelles et correctionnelles ne peuvent être infligées que par les autorités locales et

244 LA CIYILISATION

indigènes. Aucune aufxe autorité ne peut, sous aucun titre, s'arroger ce droit. l)ans les communes, les autorités respectives veillent à ce qu'aucune oppression n'ait lieu sur les individus, autant de la part de l'aristocratie noble, comme ancienne dominatrice, que de la part du clergé , quoi que soit son culte.

Ces règlements de la loi sont généraux pour toutes les nuances d'habingats , soit indigènes , soit nouveaux arrivants ; et dans leur diversité , ils s'appliquent à leurs différents genres de vie , comme à leurs occupations agricoles ou commerciales, soit qu'ils mènent une ^ vie fixe et assise , qu'ils changent de lieu par le commerce, qu'ils soient tout-à-fait nomades, ou soit qu'enfin les uns et les autres se trouvent dans l'intérieur du pays , ou sur la i/ontière ou ligne.

Les dispositions réglementaires pour les populations nomades de l'intérieur, comme pour celles des frontières, sont toujours faites dans le même esprit de conservation.

Ces dernières se régissent eUes-mémes dans leur intérieur d'après leurs habitudes , leurs cérémonies et leurs traditions de race et de steppe. Le Gouvernement ne fait que les surveiller strictement, et il les oblige de maintenir l'ordre qui dérive de leur organisme respectif.

Les caravanes ont des anciens qu'elles choisissent. Ces anciens surveillent les mouvements de la tribu ou caravane, com^ûssent le nombre de charrettes qui ia

composent, et empêchent que les unes n'empiètent sur le terrain des autres.

Ces anciens jugent les matières civiles et les plaintes pour ofiPense peï*sonnelle d'après les coutumes et les us existants chez eux.

Les' impàls , les rétributions et les servitudes générales des caravanes , tribus ou communes, envers le Gouvernement , sont répartis par ces autorités locales sous la direction de chefs nommés par lui , et ils pèsent également sur le peuple, le clei^é et les mourzas ou noblesse.

Les chefs nommés par le Gouvernement sont une autorité supérieure administrative, ainsi que judiciaire. Si les peuplades le désirent, elles peuvent choisir danâ leur sein des membres qui assistent aux délibéi*ations des tribunaux d'arrondissement pour les affaires, soit civiles , soit crimindles, qui sont de leur compétence.

Les causes civiles entre les individus d'une peuplade, ou entre eux et ]eu?s voisins, sont examinées et décidées en premier lieu par des arbitres.

Tous les habitants de ces pays-là , quels que soient leur dénomination et leur genre de vie, fixe ou nomade, dans les cas de trahison, de révolte, de fuite traîtresse et d'introduction de brigands, sont jugés immédiatemment et exclusivement par des cours martiales.

Le meurtre, le brigandage , l'incendie prémédité , le^ vol et l'enlèvement des bestiaux, ainsi que tous les

autres cas criminels, sont du ressort des tribunaux respectifs, et jugés d'après les articles du code crimir nel, uniforme pour tout TEmpire,

Les peuplades des extrémités ou de la ligae*en--deçà ou au-delà de celle-ci, dans leurs litiges entre elles et avec leurs voisins indépendants , soumettent les affaires à leurs autorités respectives et locales ; et les autorités du Gouvernement sur les frontières ne peuvent s'en mêler, sauf à en être requises par les parties plaidantes. Mais même dans ce cas , les procès ue passent pas aux instances supérieures du Gouvernement.

Ces peuplades , qui ne sont pas complètement soumises, peuvent être transformées de deux manières en sujets russes d'après la teneur de la loi . Premièrement, par la colonisation de ceUes qui le dé&irent dans l'intérieur des contrées pacifiées ; et en second lieu , par l'introduction successive d'une meilleure organisation, au milioi de leurs propres établissements.

Toute violence intempestive est repoussëe autant par la loi que par Tesprit national russe, dont on voit ressortir partout une action et une tendance attractionnelle, assimilatrice, et non cette innovation impatiente qui brise et détruit en voulant transformer. C'est pourquoi encore, d'aprës renonciation précise, de la loi donnée par le vainqueur à ceux qui n'ont d'autre médiateur auprès de lui que les sentiments de justice et d'équité qui l'animent, les coutumes différentes et respectives des peuplades , leur religion , leurs mœurs , là du moins où elles ne renferment rien d'hostile à l'ordre , à la sécurité des personnes et des choses, servent et serviront de base dans la gestion des affaires de tout genre, jusqu'au jnoment où la manière de vivre , les mœurs et les idées de ces peuplades , se modifieront et se changeront insensiblement. Cette modification réagissant alors nécessairement sur le mode de l'adminislratiou générale et judiciaire, les principes généraux de celle-ci pourront être sans doute introduits; surtout quand la vie des individus sera

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suffisamment préparée pour les recevoir, les com* prendre et pour se mouvoir au milieu d'eux.

C'est le vainqueur qui se plie ainsi à étudier , à connaître , à définir , à éclaircir la vie et les données de sociabilité quelconque qu'il trouve chez le vaincu. Il descend vers lui dans des vues d'indulgente bienfaisance pour que la conquête ne l'écrase pas ; et le prenant ainsi par la main , il lui fait remonter doucement, petit à petit les marches qui conduisent au nouvel ordre de choses qu'il lui enseigne Bt auquel il l'initie patiemment.

Voilà le signe distinctif et providentiel du caractère de la race slave et du Pouvoir russe , là où ils agissent tous les deux d'après l'intuition de leur individualité, pure du mélange des idées prises hors des sources nationales.

Cette voie d'agir si élevée et si hautement chrétienne, peut-être est-elle contraire à l'esprit formulé des écoles légistes et juristes qui n'ont qu'une seule clef pour expliquer toutes les modifications si diverses de la vie sociale, et qui voudraient que l'homme ne vécut que dans Tentourage du code romain dont les lois n'ont souvent aucun lien avec les exigences actuelles. C'est dans cette forme sèche et aride qu'ils essaient d'induire forcément les mœurs et les habitudes , sans s'inquiéter si p?.r là ils écorchent, blessent et brisent. Comme si le rétrécissement était de la clarté; comme si l'on pouvait réduire à une formule

unique et exclusive prise dans le passé, l'homme si différent de lui-même sur tous les points, l'homme né sous des influences si hétérogènes ; Thomme enfin qui grandit , qui se développe dans la création et avec elle.

La Russie, dans tout ce qu'elle a fait chez elle, comme chez les autres , dans ce qui révële sa vie spéciale , n'a jamais poursuivi que ses propres lois. Elle n'a point d'école pour lui imprimer son mouvement , point de règle pour le circonscrire. Aussi c'est précisément pourquoi elle possède au plus haut degré le sens droit, le sentiment clair de ce qu'elle doit faire dans chaque position, d'après les exigences du moment et des lieux. Sa règle , son école , c'est d'étudier les éléments et de tirer de cette étude la science d'agir, de conduire et de modeler les hommes.

250 LÀ CIVILISÀTfON

L'instruction et l'éducation, d'après cette manière de poursuivre les conséquences d'une conquête, forment un des principaux objets de la sollicitude du Gouvernement ; et d'ailleurs ceci- est son cachet général partout où il s'établit. Ainsi , outre que , comme on l'a vu plus haut , le Pouvoir ouvre chez lui tous les établissements possibles aux enfants des Asiatiques de toute dénomination, de toute religion et de toute lignée, il tâche encore d'ériger des écoles partout sur les lieux mêmes. L'université de Kazan a, à cet effet, principalement en vue la direction de l'instruction des Asiatiques. La combinaison et la fusion des connaissances générales avec les intelligences et les éléments orientaux, rendroRt ainsi l'application des premières facile et à la portée des nouveaux élèves. L'instruction est donc européenne et asiatique tout à la fois , puisqu'elle approfondit et enseigne également ce qui appartient au domaine intellectuel de l'Europe et de l'Asie. Elle complète ainsi l'œuvre que la loi organique

ET hjL jaussiE. 251

entreprend et poursuit , loi éminemment russe , et par son esprit et par émanation.

Tel est le régime russe, véritable inoculation de la civilisation européenne sur l^s différentes tiges de l'Asie.

I Par lui, le chaos dans lequel gisaient tant d'éléments épars et discordants fait place à une forme sociale, et ces éléments eux-mêmes reçoivent une impulsion de [dus en plus unie , réglée et harmonique.

La Géorgie , plus pacifiée que les autres contrées , se ressent de l'influence salutaire d'un Gouvernement aussi éclairé que fort , qui lui offre une sécurité parfaite, et par là les moyens de jouir des richesses de son sol et de son climat , en les utilisant. Sa prospérité augmente et s'épanouit de plus en plus sous l'égide de la Russie , ainsi que les denrées qu'elle produit , sous les rayons ardents de son soleil méridional.

Au Caucase, comme sur d'autres points de T^sie, partout où notre race planta son étendard', les premiers soins du Pouvoir furent voués à une réorganisation tutélaire et conservatrice pour cetfx qu'il se soumettait. L'aigle russe est un présage de régénération. Le foudre des batailles ne brûle pas entre ses serres la branche d'olivier. L'aigle, en planant sur les régions de l'Asie, leur porte cette braache qui calme les secousses faites par la guerre; et le trava'l pacifique prend racine là où le brigandage et la rapine composaient tous les moyens d'existence. L'organisme régulier commence à remplacer dana les actions des

ET LA AUSSIE. 253

hommes, ces élans passionnés, quelquefois généreux, mais plus souvent féroces. Les mœurs s'adouciront, car un bras de fer, alors qu'il s'agit d'empêcher et de déraci||pr le mal, contient les bouillants débordements. Les haines et les vengeances sanglantes , innées à ces natures-là , vêtiront leurs coups s'émousser entre les bras de lois capables de plier, et les idées et- les volontés.

A mesure que la conquête se consolidera, l'organisation sociale deviendra plus complète et plus réguliëre. Avec la pacification, ces contrées agitées sortiront de leur état précaire de transition, pour recevoir définitivement tout ce que peut oSAt et assurer une législation assise et ferme.

Ce moment approche, et le terme doit en être invoqué par tous les hommes de bien de toutes les nations, pour lesquels une grande question humaine domine la question de comptoir.

En fomentant des principes de révolte, qui ne servent qu'à répandre inutilement le sang , on peut sans doute entraver, empêcher ei par là retarder le bien que, d'après les décrets d'en haut, la Russie est appelée à faire à l'Asie en général ; mais on ne pourra jamais, et par aucun moyen , en détacher ces pays-là , parce que c'est la Providence qui a préparé et répandu le ciment qui les unit à la Russie.

254 LÀ CIVILISATIOM

Ces peuples se civiliseront les uns par les aatres, à mesure qu'ils passeront sons Tomnipotence qui les protège. Ils se transmettront successivement les bienfaits de Tordre qui réglera les pulsations di leur nouvelle existence. Chacun d'eux deviendra an fur et à mesure un chaînon électrique qtft conduira sans interruption, jusqu'aux régions les i^s reculées de TAsie, l'étincelle partant de l'Europe. Cette étincelle tirera ces régions du marasme où elles croupissent pour les faire marcher sous une bannière , où se verront inscrites la foi, la charité chrétienne, et la civilisation qui en découle. Les pays du Caucase deviendront encore une fois le foyer des lumières pour l'Asie ; le mythe de Prométhée s'accomplira , et les chaînes , doQt l'envie et un esprit de ténèbres entourèrent son corps, seront brisées par la Russie. L'action chrétienne s'étendra par la Géorgie sur le Midi , sur la Perse , et la tranquille possession de tous les bords de la mer Caspienne, permettra de chercher de nouveaux conduits pour remonter au cœur de l'Asie. Les montagnards du Caucase, une fois soumis, applaniront la soumission des Kirghises. indépendants, dont le nombre approche d'un million , ainsi que celle des Khivains , des Bukhariens , ces avant-postes de la Grande-Tarlarie-et de l'empire du Mogol.

Toutes ces contrées, s'engrenant les unes dans lés autres , seront nécessairement aussi enclavées par la Russie. C'est ainsi que se révèle , se déploie ^ et

semble se perdre dans rimmensité de Tespace et des siècles futars , le vaste hofizon des destinées civilisatrices de cet Empire : car po«r l'Asie , la Russie est religieusement et socialement la peroonnificafion du Christ rédempteur.

Vouloir arrêter la Russie dans sa marche , c'est se révolter contre la volonté céleste , se rendre coupable de sacrilège envers Dieu et l'humanité ; c'est souhaiter les ténèbres au lieu des lumières , le mal au lieu du bien , la sauvage barbarie au lieu de la culture , l'idolâtrie enfin au lieu de l'Evangile.

La responsabilité du sang inutilement versé dans les luttes des peuplades de l'Asie retombe en entier sur ceux qui excitent leur résistance , en y portant secours. Ce sang criera vengeance au trône de l'Eternel contre ceux qui , abusant de la crédulité et de l'enracinement des erreurs , rendent la guerre opiniâtre et nourrissent des haines anti- sociales : car la Russie ne doit-elle pas subjuguer d'abord, afin de pouvoir organiser ensuite?

Ces déclamations en faveur d'intérêts hostiles en tous points à l'intérêt chrétien couvrent à jamais de honte ceux qui les répandent, comme les natioùs et les gouvernements qui y prêtent l'oreille.

Voudra-t-on blâmer la France de comprendre sa tâche en civilisant et en organisant l'Afrique? La Russie , sur les sommets et au pied du Caucase , de

même que la France sur le mont Atlas et alentour, plante le drapeau européen : et Thumanifé ne doitelle pas s'applaudir de voir ainsi rentrer dans son sein ces deux parties dn monde?

TR0Z3ZS1O3 P2lEI?ZB«

L'immeiise édifice social élevé par les inslitulious de la Russie, et qui s'étend depuis l'Allemagne en s'avançani de plus en plus vers la Chine , a des appartenances qui rentrent dans l'unité du grand tout y à mesure qu'elles s'augmentent d'époque en époque ; car sa dernière pierre est bien loin encore d'être po* sée. Sa masse entière repbse matériellement sur les bases du sol , aussi profondes que solides , c'est-àdire, sur les richesses qu'apporte celui-ci pomr entretenir la puissance du grand monument social des Slaves.

La civilisation, en améliorant Thomme pour adoucir ses mœurs , doit mener partout de front l'amélioration de son existence matérielle. Pour réussir dans son œuvre générale, elle doit même s'appuyer fortement sur la vie journalière avec ses besoins physiques, avec les exigences qui battent sans cesse l'individu en brèche , et qui étant proportionnellement satisfaites, contribuent éminemment à policer et à humaniser l'homme.

La Russie , prédestinée à donner à la civilisation ainsi comprise , un des plus larges développements connus dans l'histoire , possède sur la surface , comme dans ses entrailles, dés forces physiques, motrices, agissantes et productives, proportionnées à sa tâche.

Ces forces varient à l'infini, d'après la diversité climatérique et géognostique de ce sol qui s'étend dans deux parties du monde, presque à travers toutes les zones. Sur cette vaste étendue , d'immenses parties étant encore vierges de toute culture , ou à peine légèrement entamées, il en résulte que l'existence matérielle de l'homme trouve richement de quoi se satisfaire , puisque les trois règnes du domaine de la création lui apportent également leur tribut

Presque tout ce que ^ terre possède danâ son sein, comme tout ce qu'elle porte sur elle , compose l'avoir de la Russie. Toutes ces productions y sont déjà plus ou moins des objets de travail et de consommation; ou bien elles attendent encore l'action vivifiante de

ET LÀ russhb: 25d

l'intelligence active et industrielle , pour swtit de leur repos , et coopérer à la richesse , comme à la croissance de cet Etat, en augmentant à l'infini ses moyens et ses ressources*

C'est le gouvernement , encore plus que l'individu isolé , qui . possède toutes les voies et qui a à sa porr tée tous les moyens possibles , pour manier et remuer cette immense matière ; et , physiquement , moralement et législativement , c'est encore à lui qu'en sont dé-* volues l'initiation et l'application. Ainsi partout et sur tous les points, le Pouvoir, pour la Russie, est destiné à se tenir toujours en tête de la nation, à en embrasser à la fois Tâme et le corps , l'esprit et la maliëre»

Créer Tindustrie d'après les divers produits premiers des différentes contrées , faciliter à celle-ci les rapports, les communications, les échanges , d'abord avec les différentes parties d'un même empire j et ensuite avec les autres États , les autres parties du monde , voilà la tâche que s'imposent d'eux-mêmes les gouvernements , et dont la solution est l'objet de leurs constants efforts.

Dcr même que chaque paysf, surtout ceux d'une plus vaste étendue , la Russie par sa topographie , ses climats et rintelligence de ses habitants , possède des avantages qui lui sont propres. Mais c€^ .mêmes conditions de sa personnalité , la mettent dans une situation moins favorable que les autres pays , rela-

260 LA CIVlUSATIOlf

tivemeul à hiutn re^scnirces tc^itorifaks et à: leurs aptitudes ûalureUes. Et de là vieadra toujours ^u 'à mesure que le développement iotérieur de la Russie sera plus ascendant, ses rapporte coBimereiaiix. avec B^ voisins de rOccident se restreindrost ou' feront pencher le bilan de notre c6té.

Les dtemandes que la Russie fait aux autres pajs 86 rédiiiseat de plus en plus à mesure qu'elle sait faire yaloir toutes les ressources de son sol et de son territoire. L'industrie agricole et mami&eturière s'é-f cbelonne eoatiuuellement d'après les indices tracés par les positions et les climats. Les diffëraites exigences et les divers intérêt» dit Iik>rd et du Midi , de l'Est et de l'Ouest russes commencent à se combiner, et de letir harmonie devra ressortir «ne nouvelle science économiqiiie, définie d'après la s)péeialité de l'Empire, et e^iclusivement applicable à kii seul et par lui seul.

Dans sa partie centrale et: dans la.raéridioBale, se trouvent des plaines incommensurables d'an terroir dont la force productive sembla ne comiadtre aiicam limite 9 et qui. de longtemps . encore n'exigera aucune amélioration par les engrais. Ces plaines peu-* vent être soumise^ à tous les genres les pliis variés de culture, et servir ainsi de greniers à dôs eo&ti-nènts entiers. Le Nord , autant par la sévérité du climat, que par la pauvreté d'un.' sol froid, stérile et sablonneux, a un cercle de culture très rétréci. Il se prête plutêt, tant k cause de. sa proximité des

points de la Baltique , que de ses nombreuses communications intérieures avec ces mêmes ports par les rivières, les^lacs et les canaux, à devenir un vaste entrepôt du commerce entre le Midi , l'Orient et Tétranger de l'Occident . Il peut encore servir de foyer pour la fabrication des produits indigènes de tout genre, qu'on exporterait ensuite vers l'Europe; ou devenir enfin le manufacturier d'objets dont la matière presdère serait importée che2 lui.

C'est avant toat l'agriculture qui est le fondement de toute aisance . de toute richesse pour les individus , comme pour l'Etat. C'est elle qui est le centre d'où partent , vers lequel aboutissent et où se condensent les forces matérielles de la Russie, et c'est de, son développement que dépendra l'intensité des moyens que l'empire pourra avoir à sa disposition.

Des siècles s'écouleront encore avant que la Russie ait sur tous les points une population en proportion de sou étendue. Longtemps encore le travail et le capital se borneront de préférence à l'exploitation des terres de [première, et tout au plus de seconde qualité ; ils trouveront ensuite consécutivement et pour longtemps des placements et des occupations dans le défrichement et le . dessèchement d'espaces , dont on ne saurait se faire aucune idée ailleurs.

Toutefois ce n'est qu'à mesure que le nombre des mains augmentera , que ces travaux pourront être largement entrepris , conduits et accomplis. Àujour-

d'hui , avec une population qui se perd dans l'im^ mensité de l'espace, comme dans la diversité des nombreux besoins qui exigent des bras , l'agriculture ne peut être soumise au même régime que dans les contrées où la main-d'œi^vre se trouve en proportion suffisante de la demande. £t encore moins peut-elle l'être dans le Nord ou le temps du travail de la terre se resserre à quatre ou cinq mois de l'année.

C'est relativement à ces circonstances que les améliorations , les innovations , tout l'apprentissage agricole en un mot doit être amené , autant pour parvenir à une meilleure culture, que pour, généraliser le>s procédés dont on se sert ailleurs. Mais il faudrait en même temps veiller autant que possible à ce qu'on évitât soigneusement les fausses applications qui nuisent toujours par le découragement et la méfiance qu'elles font naître dans les découvertes, et par conséquent aussi par le gain de cause momentané qu'elles donnent aux vieux préjugés et à la vieille routine.

Ehfin, ces améliorations doivent être faites aussi en vue des ressources et des moyens, tant des grandes que des petites propriétés, qui sont ici pour la plupart trës disproportionnées. Les premières pourront toujours plus facilement sç suffire à elles-mêmes , supporter les mécomptes et les balancer par d'autres avantages.- Mais ce sont les petits propriétaires, les francs-tenanciers , et par dessus tout les paysans

libres, qui requièrent une sollicitude particulière pour introduire chez eux des améliorations dans Tensemble de l'économie rurale.

Soumis à une réorganisation actuelle, les paysans libres auront aujourd'hui .une administration plus réglée et plus tutélaire pour cette partie d'instruction si indispensable à leur état. Et c'est à cette branche administrative de l'Empire , que devrait principalement se joindre l'établissement d'instituts et d'écoles agricoles pratiques. Toute l'Europe continentale, plus ou moins agricole de sa nature, a reconnu la néces* site des établissements qui , sous les noms de fer^ mes modèles et de fermes succursales , répandent les notions et les connaissances nécessaires aux occupations auxquelles s'adonne la masse principale des populations.

Leur importance en Russie augmente en raison de la distance que les autres Etats ont laissée, entre eux et elle, comme aussi en raison de la variété de ses données climatériques et de ses ressources disponibles.

Chaque région spéciale de zone, qui embrasse plu^ sieurs gouvernements dans son ensemble , devrait avoir une ferme centrale qui n'aurait pour objet que de généraliser, par les fermes succursales sous sa dépendance , l'application des procédés spéciaux à la même zone , comme aussi la culture des produits qui, pour la consommatipu intérieure et extérieure»

potntaîént être livrés avec le meîfis de (rafô et en pins grabde abondance.

Les fermes modèles derraient être assez nomlbreuses pour que ckiîcttne pût s'adonner plus facilement à une culture spéciale.

L'organisation gi^nérale de ces fermes pourrait aisément être faite de manière à ce que non seulement leur entretien ne pesât ni sur l'État , ni sur l'individu , mais à ce qu'au bout d'une couple d'années après leur érection , elles pussent couvrir les frais ppemîè**s , donner un surplus de revenus comme rente de l«i terre qu'elles occuperaient, et fournir ku fur et à mesure au pays, des individus tant pour l'administration des grands bietis, que pour celle des petits ménages. Ces hommes à la fois praticiens et théoriciens connaîtraient la partie rationnelle et la partie pratique de l'agricullfure ; car toutes les deux seraient endiguées dans les établissements , comme aussi les connaissances vétérinaires dont l'urgence se fait grandement sentir , puîsqu*dles influent beaucoup sur l'aisance et la richesse de l'agriculture. (*)

Des essais faits par des particuliers ne sauraient avoir ni la même efficacité, ni la même extension.

(1) n n'entre point daM le cadre de ce traTaïl de donner un développemeut complet aur rorganiaation pratiqua qu'exigeraient les fermes modèles avec leurs succursales pour les diverses régions et leurs habitants. Ce que jVb dis ici superficiellement pourrait , en cas de besoin , être complété.

266 LÀ CITIUSATlOlf

Il n'y a que le Pouvoir qui puisse dooûer de l'ensemble et de l'étendue à tout ce qui doit agir généralement sur les esprits et sur les occupations. Il le doit d'autant plus, qu'à côté des moyeas matériels, il jouit seul de la plus grande ressource morale , c'est*à--dire, de la confiance du peuple en ses actions.

Pour toutes les deux faces de la Russie, que ce soit pour l'Asie ou pour l'Europe, l'agriculture est le ressort principal qui réglera tous ses rapports. Vis-à-vis de la première, la Russie doit être riche de grains, de blé et de tous les premiers besoins de l'existence , pour attirer et apprivoiser , nourrir et approvisionner les nomades, ainsi que ceux qui ne peuvent recueillir que très peu de fruit de la stérilité de leur sol.

Du côté de l'Europe, la Russie doit dominer tout l'approvisionnement de ses marchés, [non-seul^nent par ses grains, ses plantes textiles et grasses, mais encore par toutes les productions du règne animal, surtout par celles qui se lient à l'agriculture. Ses blés, comme ses eaux-de-vie, devraient alimenter tout le Nord, par exempie la Suède et la Norwége, qui donneraient en échange le fer, immédiatement et sans l'intervention des spéculateurs étrangers.

La Russie seule peut cultiver et produire sur des espaces immenses et dans des proportions colossales , sans être tenue à une dépense quelconque pour les fumiers; dépense qui dans la plupart des pays ren-

cbérit émin^mmeot |a valeur .du blé. Aucune contrée ne devrait pouvoir produire à un si bas prix qu'elle; ce qui forcerait toutes les juHres à lui devoir leurs approvisionnemenis.

Enfin, si les prédiction^ et l'boroscope que l'Occident fait, de Ja fabrication du sucre de . betterave s'accomplissent, comme tout porte à le croire; si la betterave anéantit la canne; par les mêmes raisons qui rendent facile en Russie la culture du blé , celle de la betterave pourra s'y faire à des frais infiniment moindres qu'ailleurs, et sur une échelle av. moins ' dix fois jdus grande.

Les procéda de cette fabrication se siraptifiant de plus en plus et n'exigeant pas de grandes dépenses, pourront être maniés avec facilité par tout ouvrier tant soit peu intelligent.

Ce qui renchérit cette culture en France , par exemple , ce n'est pas la difficulté de la reproduction , mais celle de la production de la matière première, qui épuise et appauvrit un terroir , dont la force doit être entretenue avec le plus grand soin. C'est en outre la haute valeur intrinsèque de toute propriété foncière ; conditions qui , toutes ensemble , n'exis"teront pas de longtemps pour la Russie. Avant que ses terrains soient réduits à demander des améliorations considérables d'engrais, ceux des autres» pays verront leurs productions arriver à un taux exorbitant ; et comme les procédés de la reproduction

2i68 LA ClVltlSATlOW

seront les mêmes ici comme là, il me «paratt 'kors 4d doute <{ne là Rtfssie sera en éi^i , nan seiilefite&t de tiirer de chez elle le suiM pour âa ptîepre coiisommation, mais qu'elle emportera ^sBce^e avantageux sèment la concarrenee sur tous les autres pays.

Le sel, un des arcanfim de la culture avancée, principalement sous te rapport de l'entretien des bestiaux , se trouve en abondance s&v différents points de l'intérieur de l'Empire, et surtout du o6/të de TAsié* Réduit au minimum de son prix, et devenant de^ fecile consommatimi dams réconeaoÀe rurale , s»r^ tout pour les petits cultivateurs ou paysans, il contftbnettftii ; considérablement à rendre plus rapres les maladie^ des* animaux -domestiques ^ et par là ces derniers deviendraienl; aussi plus sains* à la oonsom* mation, et plus lucratifs.

E{r hk AUSSIK.'

Tout étant lié mutnellement dans le domaine de là matière , les produits de ragriculture fournissent des éléments .à Tindustrie., ou la nourrissent sous un douUe rapport ; sous celui de» matières premiëres qu'elle lui livre en grande partie, et ^oos celui de l'entretien de ceux qui. s^ea occupent. L'industrie fraie .à son tour à l'agricnlture des voies d'agrandis^ s^nent, ^.lui aidant puissamment à émanciper et à animer ce sol sur lequel tontes deux elles reposent!

La plus grande partie des produits tirés de la tecrè à l'aide de la culture 'et de rinduslrie, non seulement suffisent à la consommation intérieure, mais ils don* nent encore communémeiit un excédant qui alimente le commerce d^échange en général.

Il est: sans doute plus avantageux qîie, pour sortit du pays., les produits l)ruts puissent passer par les m«ins de l'industrie indigène , et contribuer ainsi à nourrir le traivail, à augmenter les moyens d'exis^ tence et le capital des habitants.

270 LA CIYILISÂTIOK

C'est relativement à la diversité de ce travail reproductif et de la mauiëre dont les matières premières qui lui sont soumises, peuvent réellement augmenter de valeur, que les gouvernements appliquent , pour les exportations, les différentes voies de prohibition, comme primes, tarifs, taxes, etc.; car tout ce qui peut être avantageusement travaillé chez soi, ne doit pas être exporté comme matière brute.

Parmi les productions de cette nature, je crois que les cuirs des bêtes à cornes mentent une attention toute particulière en Russie , parce qu'ils y sont un des produits les plufi abondants. L'exportation des cuirs 0on tannés tue une industrie dès longtemps indigène, ainsi que toutes les petites subdivisions qui se rattachant à l'industrie principale et suivant ses phases, s'augmentent et tombent naturellement avec elle.

Le commerce n'enrichit réellement un pays, que lorsque les ports de mer ont derrière eux eu première ligne, non -seulement des produits bruts, mais des fabriques , des établissements , etc. , qui les manufacturent.

C'est ordinairement entre les mains des spéculateurs étrangers que se trouve le oMnmerce d^exportation des matières premières; ainsi que l'industrie entre celles des indigènes ou natifs. Si les premiers l'emportent dans la balance, les intérêts des seconds seront à coup sûr sacrifiés ; car , dans tout pay« , l'étranger sera toujours l'ennemi de tout développement intérieur, qui

rétrécirait nécessairement le cercle d'échange qui passe si lucrativement par ses mains.

Les tanneries répandues dans l'intérieur augmenteraient Taisance des villes et des fabriques : et si d'un côté, la prohibition de l'exportation des cuirs non tannés réduisait momentanément le revenu qu'on tire de la douane ; de l'autre , on verrait indubitablement s'augmenter dans une proportion non comparable, le revenu général , provenant des fermes , dont le prix augmente aussi avec la croissance de l'Etat et la prospérité de l'industrie. L'exportation des cuirs fabriqués appartient, je crois, au petit nombre des produits de l'industrie russe, qui forment une des branches principales de son commerce avec l'Europe i car aucun Etat ue devrait pouvoir se mettre en concurrence avec la Russie, tant pour le prix de ces cuirs, que pour leur qualité. Et comme c'est l'Angleterre qui fournit à presque tout le globe les cotons filés, c'est la Russie qui devrait lui fournir en grande partie les cuirs tannés.

Beaucoup d'autres |[>roduits bruts de notre sol rentrent dans la même catégorie, quoiqu'avec moins d'urgence, car leur reproduction ne saurait avoir d'emblée le même élan que les cuirs. Toutefois le lin et le chanvre, exportés aujourd'hui principalement en nature, devraient trouver en Russie des capitaux et des fabriques qui enlevassent à l'étranger le profit qu'il lire de leur fabrication , et des lors tous les marchés ,

même ceux d'Amérique, seraient obligés d'en faire la demande à la Russie.

Les laines du Thibet appartiennent exchisiveinent k notre marché. Si Touvrier leur manque, il viendra sans faute ; car l'étranger , facile à se déplacer , suit l'appât du gain dans les régions les plus éloignées. Il instruira les habitants du pays, si la non exportation de ces laines oUige celte industrie à venir se développer ici, et à former ainsi pour la Russie une branche lucrative du commerce extérieur.

Une grande quantité d'autres matières premières , excepté les bois de construction, peuvent être et sont en effet un objet d'exportatioQ. Us le seront encore longtemps , car l'ordre marchant de pair avec l'intelligence agricole, augmentera leur production par tant de voies, qu'elle sera, toujours au-dessus de la consommation indigène. .

U y a sans doute ici en grand nombre des fabrications pour lesquelles il est trop visible qu'il est impossible d'entrer en lutte avec les autres pays. Leur entretien coûteux et artificiel, loin d'enrichir la patrie, détourné ses capitaux, ainsi que l'attention du Gouvernement, des produits qui, de plein droit, dans leur nature, comme dans leurs transformations, font sa richesse exclusive. La consommation de ces fabrications exotiques se bornera toujours forcément à l'intérieur ; mais elles ne seront jamais ici un objet d'exportation vers l'Atlantique.

La question - de l'Asie se reproduit et perce dans tous les éléments de la société russe. Race, religion, législation , agriculture , tout agit puissamment vers rOrient. L'industrie à son tour , rentre dans ces mêmes données et se sépare dans sa marche et son développement en deux parties : Tune qui doit se mesurer avec l'Europe sur ses propres marchés ; l'antre qui doit se répandre sur l'Asie.

Les observations précédentes se rapportaient spécialement à la première partie, et nous avons vu que l'Empire peut s'y suflSre à lui-même , puisqu'il possède les ressources premières, et qu'il n'a uniquement besoin que d'emprunter les découvertes dans les voies des différents procédés.

Pour alimenter et étendre l'industrie qui doit dépasser les limites de notre partie du monde, de même que pour la consommation intérieure, il est sans doute nécessaire d'importer plusieurs matières premières. La fabrication du pays les livre à l'usage intérieur et à l'exportation vers l'Asie. Ici appartiennent les soies

brutes, les cotons filés et les laiiies. Sous peu cependant ces dernières, non seulement ne seront plus demandées aux autres pays, mais ceux-ci pourront encore les recevoir à leur tour d'ici, même après que la Russie aura approvisionné le plus complètement l'Asie de ses draps.

Les gouvernements de la Pologne rentrent dans ces mêmes branches d'industrie, et doivent naturellement y être enveloppés, puisqu'ils ne pourront jamais entrer en concurrence avec les voisins de l'occident de la Russie, ni trouver chez eux un débouché.

Si les manufactures des bords de la Wartha et de la Vistule veulent prospérer, elles doivent se laisser entraîner dans le courant de la Russie vers l'Asie, et par conséquent se fondre dans la première- Leur prospérité , liée intimement à la prospérité du grand Empire , démontrera enfin clairement et définitivement aux habitants de la Pologne, que c'est de ce côté-ci qu'existent pour eux sécurité , ordre , paix et aisance ; en un mot, toutes les conditions du bien-être. Les intérêts fraieront une voie aux sentiments, les sentiments aux idées ; et les uns et les autres , se rattachant de plus en plus à la domination de la Russie, de plus en plus aussi s'éloigneront du contagieux et nuisible Occident.

L'industrie qui se développe en Russie relativement à l'intérieur du pays , comme relativement à l'Asie , devient tous les jours plus colossale. Moscou en est

pour ainsi dire le centre, d'où elle se répartit sur tous les points dans des établissements et des villes qui deviennent rapidement riches, actives, commerçantes et manufacturières (* j. Toutes se trouvent principalement au centre de l'Empire, dans son cœur, sur le Volga ou dans le vaste rayon de ses affluents. C'est dans ces villes et dans les établissements de l'intérieur, que l'entrepreneur en grand, le spéculateur , le commerçant , l'industriel , le fabricant , l'ouvrier, le travailleur, etc., sont toujours des Russes; tandis que dans tous les ports du nord et du midi; ce sont presque exclusivement , mais surtout les premiers , des Anglais , des Allemands , ou des arrivants de tous les pays. Ces ports demanderaient, comme partout , un commerce libre. Le vrai intérêt national, l'avenir de la Russie, depuis ses frontières de la Silésie jusqu'à l'Océan-Pacifique , demandent exclusion et prohibition ; car c'est uniquement sous l'égide de ces dernières, que les fabriques pourront prospérer: et même aujourd'hui , le transit des produits étrangers leur est déjà nuisible. C'est à ce système de prohibition, système que l'Angleterre et la France appliquèrent partout , l'une pendant des siècles , l'autre , particulièrement sous l'Empire, pendant le système

(1) J'en citerai une entre autres. Sehouia , petite ville da gourernement de Wladimir, achète, par une aeule de ses maisons de commerce, et pour sa propre fabrication , des cotons filés à l'Angleterre , pour sept millions de roubles.

contineoial , que toutes les deux elles doivent l'extension industrielle dont elles recueillent maintenant les fruits. La France et T Allemagne presque entière, invoquent aujourd'hui ce système, ou en plein, ou modifié , pour ne pas être submergées par les fabrications anglaises de tout genre.

La position industrielle de la Russie vis-à-vis de l'Europe entière, est la même que celle de l'Europe entière vis-à-vis de l'AngleteiTe. Ce ne serait plus exclusivement celle-ci, mais tout le continent qui se ruerait avec ses produits manufacturés sur les marchés de la Russie , si celle-ci soulevait les barrières qui l'en séparent.

Les richesses et la diversité des exploitations métallurgiques exigent à peine d'être mentionnées, tant leur immensité est connue et grandit annuellement.

Le besoin du fer augmente en raison du développement de l'industrie, tant agricole, que manufacturière. Si la qualité et la quantité de ce métal n'étaient pas suffisantes à toutes les exigences des nouvelles découvertes dont il est l'agent principal^ la Suède est là, et la Russie pourrait lui rendre avec usure en grains ce qu'elle en tirerait en fer et en acier.

Les mines de charbon de terre, découvertes sur quelques points, se multiplient^ rapidement, car il semble que l'économie prévoyante de la nature les a répandues avec profusion sur le nord en général. A toutes es richesses dont elle a pourvu la Russie, la

houille encore ne saurait manquer. Son exploitation ayancera à mesure que le besoin s'en fera plus vivement sentir, autant pour la consommation ordinaire, que pour aagmenler , avec le fer , les forces agissantes de l'industrie.

L'intelligence de l'industrie trouve donc un champ vaste , infini , dans les ressources indigènes et spéciales de l'Empire , et en l'exploitant , elle agrandit les forces du peuple et de l'Etat. De plus elle s'anoblit elle-même en devenant , non seulement un moyen d'augmenter les excitations et les^ jouissances purement physiques, mais encore un levier qui, remuant l'homme et le pénétrant de sentiments de reconnaissance envers le Créateur , le conduit naturellement par là à l'amour bien entendu de ses semblables.

L'industrie généralise le bien-être domestique de l'Etat ; elle fait plus : par extension , elle facilite l'importation de ce bien-être chez les peuplades des frimas du Nord , comme chez celles des steppes de l'Asie.

Le bon marché des produits se liera intimement au progrès civilisateur de ces régions. Il éveillera leur activité; il les attirera au travail avec d'autant plus de facilité , que les exigences des importateurs russes seront plus bornées et plus restreintes , en même temps que les objets importés seront plus variés et plus nombreux.

Ainsi le combat que la Russie livre déjà au climat et au sol , et qu'elle leur livrera de plus en plus avec les armes de la culture intelligente et industrielle, est empreint d'un caractère aussi général que bienfaisant, puisqu'il ne sert qu'à surmonter , à adoucir les aspérités de l'un , comme l'inertie anti-productive de quelques points de l'autre.

Ces luîtes avec la nature sont aussi belles et aussi pleines de résultats avantageux que celles des champs de bataille où le nom russe s'est immortalisé. Cette conquête intérieure marche de pair avec les conquêtes militaires , et elle les consolide , car sans la première, celles-ci resteraient stériles , et pour la nation et pour l'humanité.

Il y a plus d'un siècle , que celui dont le nom doit être prononcé par tout Russe, par tout Slave, avec vénération, avec culte même, autant que culte peut se rendre à un mortel ; nom qui , à mesure que les nuages des préventions viendront à se dissiper, sera respecté par tout homme qui a à cœur le progrès et le bonheur du genre humain ; il y a plus d'un siècle , dis-je, que cet homme reçut, des mains de la Providence, la Russie comme un chaos informe, pour lui donner une assiette morale autant que matérielle, et pour lui tracer les voies qu'elle doit parcourir sur ces deux pivots, dans le temps et Tespace.

Lutte, victoire et conquête sur les ennemis extérieurs ; sur les hommes, moralement, par rapport à leurs préjugés ; matériellement , par rapport à leurs habitudes indolentes et inertes; sur la sévérité des éléments, comme sur le sol que foulait son pied , sol qui devait servir de base et de foyer à TEmpire dont il établissait la future influence sur les destinées de TEurope et de l'Asie ; voilà les exploits qui remplirent cette existence

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