‹ La civilisation et les jésuitesChapitre 12 sur 31 · PT ET US · texte numérisé non relu

PT ET US

bon bars 3

ë ES

lat que la dent des bêtes ou la fureur non moins meurtrière des cannibales avait dévoré! Il donnait à son ami l'adieu funèbre, puis s’avançait mieux assuré du sort qui l’attendait.

Que de luttes aussi à soutenir contre le pouvoir trop souvent aveugle et oppresseur des Européens! Rien n'était épargné cependant ; et du moins l’Indien vaincu, l’esclave qu'on vendait, trouvait à ses côtés un défenseur, un père, un consolateur, un appui. Dans cette noble entreprise, beaucoup d'évêques, de prêtres, de religieux concoururent glorieusement au même but. Le nom de Barthélemi de Las Casas, de l'Ordre de Saint-Dominique, malgré d'injustes attaques, demeure impérissable parmi ceux des bienfaiteurs de l'humanité.

Quant à la Compagnie, ses annales nous offrent entre autres un père Claver, surnommé à Carthagène l'apôtre des nègres. Si l'on veut connaître tout ce que peut inspirer d’héroïsme le zèle pour le salut des âmes les plus dégradées, il faut lire la vie de cet homme extraordinaire ; mais il faut s'attendre à frémir plus d'une fois d'étonnement et d’épouvante à l'aspect des horribles tortures que s’imposa librement ce nouveau martyr, allant s'associer à la destinée des plus malheureux esclaves, pour calmer leurs angoisses et les amener aux vertus de la croix. Brébœuf, Lallemant, Azévédo, Anchiéta, vos noms resteront aussi à jamais parmi nous chers et vénérés, et le souvenir de vos souffrances et de vos exemples parlera toujours éloquemment à nos cœurs.

Les missions du Canada, celles qui allaient porter la parole évangélique parmi les peuplades indiennes

RE à... D à 2) Loi 2 SAT ANT ES Es pat 2

les plus reculées vers le nord, produisirent en particulier des fruits admirables, et donnèrent à la croix de nombreux martyrs. Encore aujourd’hui ces tribus sauvages conservent et révèrent la mémoire de nos anciens pères ; elles redemandent les roûes notres…. La Compagnie s’est déjà sur quelques points rendue à leurs vœux.

« Chose étrange ! dit le père de Ravignan, serait-ce dans les vastes solitudes de lOrégon et parmi les ZÜ4es plates qu’il nous faudrait aller chercher ce qu’on nous dispute ici, la liberté d’instruire, un asile pour vivre et mourir ()? }»

Nous venons de nommer le Canada. On peut dire que cette terre encore française de nos jours, a été conquise à la civilisation par les Jésuites et au prix du plus pur de leur sang.

Il faut que la haine soit bien aveugle et bien injuste pour aller, non pas seulement jusqu'à fermer les yeux sur l’héroïque vaillance des missionnaires du Canada, mais jusqu'à inspirer à un écrivain de talent les lignes odieuses et mensongères qu'on va lire. M. Michelet a osé écrire dans son /Zéstoire de France au XVIII siècle (T. XV, p. 185):

« Les Jésuites, rois du Canada, maîtres absolus des gouverneurs, avaient là de grands biens, une vie large, épicurienne (jusqu’à garder de la glace pour rafraîchir leur vin, l'été). Ce très agréable séjour était commode à l'Ordre qui y envoyait d'Europe ce qui l’embarrassait, parfois de saints idiots, parfois des membres compromis, qui avaient fait quelque glissade. Ils n’aimaient pas qu’on vit de près les établissements lointains qu'ils avaient au cœur du pays,

qu’on vint se mettre entre eux et les troupeaux humains dont ils disposaient à leur gré, etc. »

Page 1