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De l'Existence et de l'Institut des Jésuites, passim

Pour répondre à ce chef-d'œuvre de calomnie, nous n’aurons recours à aucun témoignage : il nous suffira de raconter en peu de mots le martyre des pères Daniel, de Brébœuf, Garnier et Lallemant, massacrés par les Iroquois. Ces pères n'étaient ni de sarnts tarots, ni des wembres compromis : les sauvages leur réservaient une fin très peu épicurienne. Voici ce récit que l'histoire a conservé pour la gloire des Jésuites et la confusion des annalistes à la façon de

M. Michelet :

Les Iroquois, mettant à exécution leur système dévastateur, vinrent tomber à l’improviste, sur la réduction de Saint-Joseph. Les guerriérs étaient absents; il n’y restait que des femmes, des enfants et le père Daniel. Daniel avait vieilli parmi ses catéchumènes : il s'était conformé à leurs usages, et souvent on l'avait vu arriver à Québec la rame à la main, les pieds nus, le corps à peine couvert d’une soutane en lambeaux, mais inspirant le respect que doit tou- 31 jours commander un enthousiasme utile. Les Iroquois avaient fondu il avec tant de rapidité sur la réduction, qu'ils en étaient maîtres, Me qu'ils massacraient déjà sans que personne eût songé à organiser la défense. On presse Daniel de se dérober à ce spectacle de désolation. Il y a des enfants à baptiser, des vieillards à soutenir, le Jésuite refuse de prendre la fuite. Il accomplit ses devoirs de pasteur. Il ne lui reste plus qu’à se dévouer pour ses néophytes ; il s’élance au devant de l’ennemi pour protéger la retraite des femmes. A la vue du père qui, sans autres armes que son crucifix, s’est précipité à leur rencontre, les sauvages intimidés reculent. Ils hésitent, et, n’osant pas approcher de ce prêtre qui exhorte si généreusement à la mort, ils le percent de tant de flèches, que son corps en était hérissé. Daniel vivait encore. Un chef des Agniers, plus cruelil lement intrépide que ses soldats, s’avance sur le missionnaire et lui 4 enfonce son glaive dans le cœur.

Quelques mois après, les pères de Brébœuf et Gabriel Lallemant périssaient de la même manière. La tactique des Iroquois consistait à endormir la sécurité des Français et de leurs alliés en leur

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faisant des propositions de paix ; puis au moment où l’on s’attendait le moins à cette invasion, ils fondaient sur les villages et massacraient indistinctement tout ce qui s’offrait à leurs coups. Ce jour-là, les Iroquois avaient résolu de mettre à sac la réduction de Saint-Ignace et le village de Saint-Louis. Ils pénètrent, pendant la nuit, au milieu des néophytes. Brébœuf et Lallemant réunissent à la hâte les plus braves de leurs catéchumènes ; ils les guident au combat, ils les encouragent dans la mêlée, ils les bénissent dans la mort. Les Hurons expirent ou sont faits prisonniers. Les deux Jésuites survivent ; on les destine à de plus longs tourments.

Vingt ans d’apostolat, sous cette température glacée, au milieu de ces sauvages dont il avait admirablement comprimé le génie malfaisant, n'avaient pas épuisé les forces de Brébœuf. Sa taille d’athlète, sa voix de stentor répondaient à l'énergie de son âme : les sauvages comprirent que leur proie était bonne à torturer ; mais Brébœuf avait à songer à d’autres besoins qu’à ceux de sa vie. I1 fallait exhorter à bien mourir ceux qu'il avait façonnés aux vertus chrétiennes. Accablé de tourments, il prêchait encore, il prêchait toujours. Les Iroquois ne pouvaient le réduire au silence, même en lui appliquant sur toutes les parties du corps des torches enflammées ; ils lui enfoncèrent dans la gorge un fer brûlant.

Le père Gabriel était plus jeune et plus fable. On la enveloppé d’écorces de sapin, et on se prépare à y mettre le feu. Lallemant ainsi disposé pour le supplice, se jette aux pieds de Brébœuf, 1l baise ses plaies saignantes. Martyr lui-même, il demande que ce martyr le bénisse. Brébœuf lui sourit, et, le cou chargé d’un collier de haches rougies au feu, il a encore la force de prier pour son frère. Rien ne faisait chanceler son courage, les Iroquois inventent un nouveau baptême. Ils lui versent de l’eau bouillante sur la tête, ils dévorent à ses yeux la chair des Français qu’ils ont tués, ils sucent son sang, et ils le laissent expirer dans ces tortures. Le lendemain, le 17 mars 1649, le père Lallemant mourut sous la hache, après avoir enduré pendant dix-huit heures le supplice du feu.

Le 7 décembre de la même année, le père Charles Garnier voit investir par les sauvages la réduction de Saint-Jean ; les néophytes sont allés à leur rencontre ;les Iroquois parviennent à les éviter, et ils tombent sur les villages sans défense. La fuite est la seule ressource qui reste à tant de malheureux. Garnier la conseille, mais il a un

devoir plus sacré à remplir ; il est entouré de mourants qu'il faut absoudre, de catéchumènes qu’il doit baptiser. Le Jésuite tombe atteint de deux balles ; il se relève, il retombe encore, il se traine sur les genoux afin de recevoir le dernier soupir d’un néophyte ; puis, frappé de deux coups de hache, il expire dans l’exercice, et, dit Charlevoix, dans le sein même de la charité.

Ce fut par tant de prodiges d’abnégation et d’intrépidité que les Jésuites conquirent à la France le Canada, et popularisèrent dans ces contrées le nom de leur patrie et celui de la Compagnie de Jésus.

Quoi qu'en puisse dire M. Michelet et son école si nombreuse de nos jours, nous ne croyons pas qu’une vie large et épicurienne de ce genre soit propre à séduire les aimables et spirituels détracteurs des Jésuites.

Tous les témoignages s'accordent à proclamer l’héroïsme et le patriotisme vraiment religieux et français des apôtres du Canada. Mer François de Laval- Montmorency, évêque de Pétrée, vicaire apostolique du Canada, écrivait de Québec, au mois d'août 1659, au très révérend père Goswin Nickel, général de la Compagnie de Jésus à Rome :

€ Mon révérend père.

» Dieu seul qui sonde les cœurs et les reins, et qui pénètre jusqu'au fond de mon âme, sait combien j'ai d'obligation à votre Compagnie, qui m'a réchauffé dans son sein lorsque j'étais enfant, qui m'a nourri de sa doctrine salutaire dans ma jeunesse, et qui depuis lors n’a cessé de m’encourager et de me fortifier…

» Si tant de bienfaits reçus dans le passé m'ont attaché À votre Compagnie, de nouveaux liens viennent encore resserrer ces relations affectueuses. Il m’est donné en effet, mon révérend père, de partager les travaux de vos enfants dans cette mission du Canada, dans cette vigne du Seigneur, qu’ils ont arrosée de leurs sueurs et même de leur sang.

» J'ai vu ici et jai admiré les travaux de vos pères; ils ont réussi non seulement auprès des néophytes qu’ils ont tirés de la barbarie et amenés à la connaissance du seul vrai Dieu, mais éncore auprès des Français auxquels par leurs exemples et la sainteté de leur vie, ils ont inspiré de tels sentiments de piété, que je ne crains pas d'affirmer en toute vérité que vos pères sont ici la bonne odeur de JÉSUS-CHRIST partout où ils travaillent, etc. »

Plus tard le cardinal de Cheverus, évêque de Boston, écrivait au pape cet éloge du zèle des pères Jésuites :

« Ces pères dont les travaux infatigables, les excellentes qualités, la piété, le zèle sont au dessus de tout éloge. »

Donnons ici quelques témoignages dont la valeur est d'autant plus considérable qu'ils émanent, pour la plupart, d'auteurs protestants.

« Nous ne sommes plus à l’époque, écrivait Chateaubriand, où on ne rougissait pas de préférer ou de feindre de préférer aux voyages des Dutertre et de Charlevoix, ceux du Bon de Lahoutan, ignorant et menteur. On rend aujourd’hui une tardive justice aux Jésuites. Mais aussi quels hommes que les Brébœuf, les Lallemant, les Jogues qui réchauffèrent de leur sang les sillons glacés de la nouvelle France (1). »

« Toutes les traditions de cette époque, dit Bancroft, rendent hommage à leurintrépidité. Les horreurs de la vie des déserts du Canada,les trouvèrent toujours d’une résignation invincible et d’une paix profonde. Privés de toutes les douceurs et en dehors de toute tentation de vaine gloire, ils mouraient entièrement au monde et rien ne pouvait ternir la sérénité de leur âme. }

Après le récit du massacre des missionnaires par les [Iroquois, le même auteur ajoute :

«On se demandera peut-être si ces massacres refroidissaient leur

zèle : Je répondrai que les missionnaires ne reculèrent jamais d’un pas. De même que dans une armée de braves, de nouveaux sol-

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