LEA CIVILISATION
New-Vork. (Il s'agissait des rapports des Anglais et des Français avec les Iroquois.) « J'ai cru ne pas pouvoir choisir une personne qui vous pût être plus agréable que le père Vaillant, qui ne vous est pas inconnu puisqu'il était à Agnié à l’époque de votre arrivée comme gouverneur. Je vous prie d'ajouter foi à tout ce qu’il vous dira de ma part, et de tenir pour assuré que je ratifierai tout ce qui sera réglé entre lui et vous. »
1681 (13 nov.). L'intendant Duchesneau au ministre : ( Les sauvages établis dans la Colonie (Village de la montagne, du Saut Saint-Louis, de Sillery et de Lorette) ont augmenté depuis l’année dernière de 207 personnes. On ne peut trop favoriser les missions; non seulement elles mettent le pays en sûreté en y apportant des pelleteries, mais elles glorifient extrêmement Dieu etle roi, comme fils aîné de l’Église, par le grand nombre de bons chrétiens qui s’y forment. »
1687 (25 août). Denonville au ministre, après son expédition contre les Iroquois Tsmontouans:« Les Hurons de Missillimakinac (conduits par le père Engelran) ont fait très bien, mais nos sauvages chrétiens domiciliés enchérirent sur tous, surtout nos Iroquois chrétiens dont nous n’osions être sûrs, ayant affaire à leurs parents. Le père Engelran a été blessé. C’est un grand malheur, car il ne peut remonter à sa mission. C’est un homme d’esprit et de grand crédit qui a bien conduit toutes choses à Missillimakinac et à qui le pays a de grandes obligations. Sans lui il y a longtemps que les Anglais seraient établis à Missillimakinac. »
1687 (rx juillet). Le gouverneur anglais Duncan sentait si bien cette influence des missionnaires sur les [roquois en faveur de la France, qu’il écrit au gouverneur français, (de Denonville) : Je désire que vous ordonniez à M. de Lamberville qu’aussi longtemps qu’il demeurèra parmi ces peuples, ilse mêle seulement des affaires qui regardent ses fonctions, et que ceux de nos indiens (Iroquois) qui sont catholiques et qui demeurent en Canada, se contentent d’y demeurer sans chercher à embaucher les autres. S'ils le font et que je puisse les attraper, ils seront traités très sévèrement. »
1712 (12 nov). Le gouverneur français au ministre. — Nécessité de rétablir les missions iroquoises dans l’intérêt de la Colonie (interrompues depuis la guerre de 1711).
1721 (6 sept). Le gouverneur anglais de New-Vork (Burnet) au
roi d'Angleterre. Il signale comme un obstacle à la tranquille possession du territoire des Iroquois, les efforts et les succès des Français à s'attacher les sauvages à l’aide des missionnaires. Il gémit
sur le peu de zèle des Anglais pour la propagation de la foi chez les sauvages.
1727. Pétition des officiers et des habitants de Montreal au gouverneur du Canada, chevalier de Beauharnais, pour obtenir que les Jésuites fondent un collège dans leur ville.
1727 (30 avril). de Beauharnais au ministre : « Les pères Jésuites qui sont aux Sioux me demandent des instruments de mathématiques. Ceux qui sont dans leur collège et qui appartiennent au roi leur serviront en attendant que Sa Majesté en ait envoyé d’autres pour Québec.
1727 (x3oct.). de Beauharnais envoie au ministre un mémoire du père Lafitau au sujet des différends entre les deuxcouronnes pour les limites de l'Acadie. Il servira à éclaircir celui de l'intendant.
1702. Le ministre de France écrivait au gouverneur marquis de Baudreuil: (Il est très nécessaire de soutenir les missions iroquoises pour la gloire de Dieu etle service du roi. Ce n’est guère que par cette voie qu’on peut conserver avec les Iroquois la paix si
avantageuse à la Colonie. »
Quittons le Canada et ses farouches habitants pour contempler le chef-d'œuvre du génie civilisateur des Jésuites : nous voulons parler du Paraguay. Ces religieux y fondèrent une des plus belles institutions qu'il ait été donné à la religion de réaliser sur la terre: le christianisme heureux, comme l'appelle si bien Muratori, qui avait converti des tribus abruties et féroces en peuples de frères.
À moins d’avoir livré son cœur tout entier aux inspirations de la haïne, et de s'être interdit sous cette - fatale influence tout sentiment de justice, toute noble pensée, on ne peut Done sans s'émouvoir le nom du Paraguay. Je ne m'arrêterai pas ici à réfuter des imputations misérables : les jugements de Montes-
ge
quieu, de Haller, de Robertson et d’une foule d’autres ne permettent pas même de les examiner, encore
moins d'y répondre.
Quelques mots suffront à faire connaître l’admirable et paternel gouvernement établi par les Jésuites au sein des tribus indiennes.
«Les premiers sauvages qui se rassemblèrent à la voix des Jésuites furent les Guaranis, peuples répandus sur les bords du Paranapané, du Pirapé et de l’'Uruguay. Ils composèrent une bourgade, sous la direction des pères Macétas et Cataldins, dont il est juste de conserver les noms parmi ceux des bienfaiteurs des hommes. Cette bourgade fut appelée Lorette, et dans la suite, à mesure que les églises indiennes s’élevèrent, elles furent comprises sous le nom général de Réductions. On en compta jusqu’à trente en peu d'années, et elles formèrent entre elles cette république chrétienne qui semblait un reste de l'antiquité, découvert au Nouveau-Monde. Elles ont confirmé sous nos yeux, cette vérité connue de Rome et de la Grèce : que c’est avec la religion et non avec des principes abstraits de philosophie, qu’on civilise les hommes et qu’on fonde les empires.
» Chaque bourgade était gouvernée par deux missionnaires qui dirigeaient les affaires spirituelles et temporelles des petites répu-
liques. Aucun étranger ne pouvait y demeurer plus de trois jours, et, pour éviter toute intimité qui eût pu corrompre les mœurs des nouveaux chrétiens, il était défendu d'apprendre à parler la lan-gue espagnole ; mais les néophytes savaient la lire et l'écrire correctement.
» Dans chaque réduction il y avait deux écoles; l’une pour les premiers éléments des lettres, l’autre pour la danse et la musique.
» Ce dernier art, qui servait aussi de fondement aux lois des anciennes républiques, était particulièrement cultivé par les Guaranis ; ils savaient faire eux-mêmes des orgues, des harpes, des flûtes, des guitares, et nos instruments guerriers.
» Dès qu’un enfant avait atteint l’âge de sept ans, les deux religieux étudiaient son caractère. S'il paraissait propre aux emplois mécaniques, on le fixait dans un des ateliers de la réduction,
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et dans celui-là même où son inclination le portait. Il devenait orfèvre, doreur, horloger, serrurier, charpentier, menuisier, tisserand, fondeur. Ces ateliers avaient eu pour premiers instituteurs les Jésuites eux-mêmes; ces pères avaient appris exprès les arts utiles pour les enseigner à leurs Indiens, sans être obligés de recourir à des étrangers.
» Les jeunes gens qui préféraient l’agriculture étaient enrôlés dans la tribu des laboureurs, et ceux qui retenaient quelque humeur vagabonde de leur première vie, erraient avec les troupeaux.
» Les femmes travaillaient séparément des hommes, dans l’intérieur de leurs ménages. Au commencement de chaque semaine, on leur distribuait une certaine quantité de laine et de coton, qu’elles devaient rendre le samedi au soir, toute prête à être mise en œuvre; elles s'employaient aussi à des travaux champêtres qui occupaient leurs loisirs, sans surpasser leurs forces.
» Il ny avait point de marchés publics dans les bourgades; certains jours fixes, on donnait à chaque famille les choses nécessaires à la vie. Un des deux missionnaires veillait à ce que les parts fussent proportionnées au nombre d'individus qui se trouvaient dans chaque cabane.
» Les travaux commençaient et cessaient au son de la cloche. Ils se faisaient au premier rayon de l’aurore. Aussitôt les enfants s’assemblaient à l’église, où leur concert matinal durait, comme celui des petits oiseaux, jusqu’au lever du soleil. Les hommes et les femmes assistaient ensuite à la messe, d’où ils se rendaient à leurs travaux. Au baisser du jour la cloche rappelait les nouveaux citoyens à l'autel, et l’on chantait la prière du soir à deux parties, et en grande musique.
» La terre était divisée en plusieurs lots, et chaque famille cultivait un de ces lots pour ses besoins. Il y avait, en outre, un champ public appelé /4 possession de Dieu. Les fruits de ces terres communales étaient destinés à suppléer aux mauvaises récoltes, et à entretenir les veuves, les orphelins et les infirmes: ils servaient encore de fonds pour la guerre. S’il restait quelque chose du trésor public au bout de l’année on appliquait ce superflu aux dépenses du culte et à la décharge du tribut de l’écu d’or, que chaque famille payait au roi d'Espagne.
» Un cacique ou chef de guerre, un corrégidor pour l’admi-
ne à
ma ur Pme des
nistration de la justice, des régidors et des alcades pour la police et la direction des travaux publics, formaient le corps militaire, civil et politique des réductions. Ces magistrats étaient nommés par l’assemblée générale des citoyens; mais il paraît qu’on ne pouvait choisir qu'entre les sujets proposés par les missionnaires : c'était une loi empruntée du Sénat et du peuple romain. Il y avait en outre un chef nommé Fiscal, espèce de censeur public, élu par les vieillards: il tenait un registre des hommes en âge de porter les armes. Un #wsente veillait sur les enfants ; il les conduisait à l’église et les accompagnait à l’école, en tenant une longue baguette à la main; il rendait compte aux missionnaires des observations qu'il avait faites sur les mœurs, le caractère, les qualités et les défauts de ses élèves.
» Enfin la bourgade était divisée en plusieurs quartiers, et chaque quartier avait un surveillant. Comme les Indiens sont naturellement indolents et sans prévoyance, un chef d'agriculture était chargé de visiter les charrues, et d’obliger les chefs de famille à ensemencer leurs terres.
»> En cas d'infraction aux lois, la première faute était punie par une réprimande secrète des missionnaires; la seconde par une pénitence publique à la porte de l’église, comme chez les premiers fidèles ; la troisième par la peine du fouet. Mais pendant un siècle et demi qu’a duré cette république, on trouve à peine un exemple d’un Indien qui ait mérité ce dernier châtiment.
& Toutes leurs fautes sont des fautes d’enfants, » dit le père Charlevoix; « ils le sont toute leur vie en bien des choses, ils en ont d’ailleurs toutes les bonnes qualités. »
» Les paresseux étaient condamnés à cultiver une plus grande portion du champ commun; ainsi une sage économie avait fait tourner les défauts mêmes de ces hommes innocents au profit de la prospérité publique.
» On avait soin de marier les jeunes gens de bonne heure, pour éviter le libertinage. Les femmes qui n'avaient point d'enfants se retiraient, pendant l'absence de leurs maris, à une maison particulière, appelée maison de refuge. Les deux sexes étaient à peu près séparés, comme dans les républiques grecques; ils avaient des bancs distincts à l’église, et des portes différentes par où ils sortaient sans se confondre.
» Tout était réglé jusqu’à l'habillement qui convenait à la modestie sans nuire aux grâces. Les femmes portaient une tunique blanche, rattachée par une ceinture; leurs bras et leurs jambes étaient nus; elles laissaient flotter leur chevelure qui leur servait de voile.
» Les hommes étaient vêtus comme les anciens Castillans. Lorsqu'ils allaient au travail, ils couvraient ce noble habit d’un sarreau de toile blanche. Ceux qui s'étaient distingués par des traits de courage et de vertu portaient un sarreau couleur de pourpre.
» Les Espagnols, etsurtout les Portugais du Brésil, faisaient des courses sur les terres de la république chrétienne et enlevaient souvent des malheureux qu’ils réduisaient en servitude. Résolus de mettre fin à ces brigandages, les Jésuites à force d’habileté, obtinrent de la:cour de Madrid, la permission d’armer leurs néophytes. Il se procurèrent des matières premières, ‘établirent des fonderies de canon, des manufactures de poudre et dressèrent à la
guerre ceux qu’on ne voulait pas laisser en paix. Une milice régulière s’assembla tous les lundis pour manœuvrer et passer la revue devant un cacique ; il y avait des prix pour les archers, les portelances, les fondeurs, les artilleurs, les mousquetaires. Quand les Portugais revinrent, au lieu de quelques laboureurs timides et dispersés, ils trouvèrent des bataillons qui les taillèrent en pièces et les chassèrent jusqu’au pied de leurs forts. On remarqua que la nouvelle troupe ne reculait jamais et qu’elle se ralliait sans confusion sous le feu de l'ennemi. Elle avait même une telle ardeur qu’elle s’emportait dans ses exercices militaires, et on était souvent obligé de les interrompre, de peur de quelque malheur.
» On voyait ainsi au Paraguay un État qui n'avait ni les dangers d’une institution toute guerrière, comme celle des Lacédémoniens, ni les inconvénients d’une société toute pacifique, comme la fraternité des quakers. Le problème politique était résolu : l'agriculture qui fonde, et les armes qui conservent, se trouvaient réunis. Les Guaranis, étaient cultivateurs sans avoir d’esclaves, et guerriers sans être féroces ; immenses et sublimes avantages qu'ils devaient à la religion chrétienne, et dont n’avaient pu jouir, sous le polythéisme, ni les Grecs ni les Romains.
» Ce sage milieu était partout observé; la république chrétienne
n’était point absolument agricole, ni tout à fait tournée à la guerre, | ni privée entièrement des lettres et du commerce ; elle avait un peu de tout, mais surtout des fêtes en abondance. Elle n’était ni morose comme Sparte, ‘ni frivole comme Athènes; le citoyen n’était ni accablé par le travail, ni enchanté par le plaisir. Enfin les missionnaires, en bornant la foule aux premières nécessités de la vie, avaient su distinguer dans le troupeau les enfants que la nature avait marqués pour de plus hautes destinées. Ils avaient, ainsi que le conseille Platon, mis à part ceux qui annonçaient du génie afin de les initier dans les sciences et les lettres. Ces enfants choisis s’'appelaient la Congrégation ; ils étaient élevés dans une espèce de séminaire et soumis à la rigidité du silence, de la retraite et des études des disciples de Pythagore. Il régnait entre eux une si grande émulation, que la seule menace d’être renvoyé aux écoles communes jetait un élève dans le désespoir. C'était de cette troupe excellente que devaient sortir un jour les prêtres, les magistrats et les héros de la patrie.
» Les bourgades des Réductions occupaient un assez grand terrain, généralement au bord d’un fleuve et sur un beau site. Les maisons étaient uniformes, à un seul étage et bâties en pierres; les rues étaient larges et tirées au cordeau. Au centre de la bourgade se trouvait la place publique, formée par l’église, la maison des pères, l’arsenal, le grenier commun, la maison de refuge et l’hospice pour les étrangers. Les églises étaient fort belles et fort ornées; des tableaux, séparés par des festons de verdure naturelle, couvraient les murs. Les jours de fête on répandait des eaux de senteur dans la nef, et le sanctuaire était jonché de fleurs de lianes effeuillées.
» Le cimetière, placé derrière le temple, formait un carré long,
environné de murs à hauteur d'appui; une allée de palmiers et de cyprès régnait tout autour, et il était coupé dans sa longueur par d’autres allées de citronniers et d’orangers ; celle du milieu conduisait à une chapelle où l’on célébrait tous les lundis une messe pour les morts.
» Des avenues des plus beaux et des plus grands arbres partaient de l’extrémité des rues du hameau et allaient aboutir à d’autres chapelles bâties dans la campagne et que l’on voyait en perspective ; ces monuments religieux servaient de termes aux processions, les jours de grandes solennités.
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» Le dimanche, après la messe, on faisait les fiançailles et les mariages; et le soir, on baptisait les catéchumènes et les enfants.
» Ces baptêmes se faisaient, comme dans la primitive Église, par les trois immersions, les chants et le vêtement de lin.
» Les principales fêtes de la religion s’annonçaient par une pompe extraordinaire. La veille, on allumait des feux de joie, les rues étaient illuminées, et les enfants dansaient sur la place publique. Le lendemain, à la pointe du jour, la milice paraissait en armes. Le cacique de guerre qui la précédait était monté sur un cheval superbe, et marchait sous un dais que deux cavaliers portaient à ses côtés. À midi, après l'Office divin, on faisait un festin aux étrangers, s’il s’en trouvait quelques-uns dans la république, et l’on avait permission de boire un peu de vin. Le soir il y avait des courses de bagues, où les deux pères assistaient pour distribuer les prix aux vainqueurs; à l’entrée de la nuit ils donnaient le signal de la retraite, et les familles, heureuses et paisibles, allaient goûter les douceurs du sommeil.
» Au centre de ces forêts sauvages, au milieu de ce petit peuple antique, la fête du Saint-Sacrement présentait surtout un spectacle extraordinaire. Les Jésuites y avaient introduit les danses, à la manière des Grecs, parce qu’il n’y avait rien à craindre pour les mœurs chez des chrétiens d’une si grande innocence.
» Avec un gouvernement si paternel et si analogue au génie simple et pompeux du sauvage, il ne faut pas s'étonner que les nouveaux chrétiens fussent les plus purs et les plus heureux des hommes. Le changement de leurs mœurs était un miracle opéré à la vue du nouveau monde. Cet esprit de cruauté et de vengeance, cet abandon aux vices les plus grossiers qui caractérisent les hordes indiennes, s'étaient transformés en un esprit de douceur, de patience et de chasteté. On jugera de leur vertu par l’expression naïve de l’évêque de Buenos-Ayres : —Sire, écrivait-il à Philippe V, dans ces peuplades nombreuses, composées d’Indiens naturellement portés à toutes sortes de vices, il règne une si grande innocence, que je ne crois pas qu'il s’y commette un seul péché mortel.
» Chez ces sauvages chrétiens, on ne voyait ni procès ni querelles ; le #ez et le w11en n’y étaient pas même connus; car, ainsi que l’observe Charlevoix, c’est n'avoir rien à soi que d’être
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toujours disposé à partager le peu qu’on a avec ceux qui sont dans le besoin. Abondamment pourvus des choses nécessaires à la vie; gouvernés par les mêmes hommes qui les avaient tirés de la barbarie, et qu'ils regardaient à juste titre comme des espèces de divinités ; jouissant dans leur famille et dans leur patrie des plus doux sentiments de la nature ; connaissant les avantages de la vie civile sans avoir quitté le désert, et les charmes dela société sans avoir perdu ceux de la solitude, ces Indiens se pouvaient vanter de jouir d’un bonheur qui n’avait point eu d’exemple sur la terre. L’hospitalité, l’amitié, la justice et les tendres vertus découlaient naturellement de leurs cœurs à la parole de la religion, comme les oliviers laissent tomber leurs fruits mûrs au souffle des brises. I] nous semble qu’on n’a qu’un désir en lisant cette histoire, c’est celui de passer les mers et d'aller loin des troubles et des révolutions chercher une vie obscure dans les cabanes de ces sauvages, et un paisible tombeau sous les palmiers de leurs cimetières. Mais ni les déserts ne sont assez profonds, ni les mers assez vastes pour dérober l’homme aux douleurs qui le poursuivent. Toutes les fois qu’on fait le tableau de la félicité d’un peuple, il faut toujours en venir à la catastrophe; au milieu des peintures les plus riantes, le cœur de l’écrivain est serré par cette réflexion qui se présente sans cesse : Tout cela n'existe plus. Les missions du Paraguay sont détruites ; les sauvages rassemblés avec tant de fatigues sont errants de nouveau dans les bois, oa plongés vivants dans les entrailles de la terre. On applaudit à la destruction d’un des plus beaux ouvrages qui fût sorti de la main des hommes (1). »
On remplirait des volumes si l’on voulait recueillir
tous les témoignages de louange et d'admiration que les missions du Paraguay ont inspirés aux écrivains, aux historiens et aux philosophes. Nous ne pourrons donner ici que quelques-uns de ces documents.
Voici un témoignage contemporain qui montre les résultats étonnants de la civilisation chrétienne chez les Indiens. C’est une lettre du seigneur don Bruno