Châteaubriand, Génie du christianisme
de Zavala, gouverneuret capitaine-général de Buénos- Ayres, au roi d'Espagne, en date du 28 male 1724
« Sire, je dois rendre témoignage à Votre Majesté que dans toutes les occasions où l’on a eu besoin du secours dès Indiens fages, qui sont sous la conduite des pères Jésuites, soit pour des entreprises militaires, soit pour travailler aux fortifications des places, j'ai toujours trouvé dans ceux qui lesgouvernent une activité surprenante, et un zèle trèsardent pour le service de Votre Majesté. Unbon nombre de ces Indiens, ainsi que je le mande séparément à Votre Majesté, sont actuellement occupés aux ouvrages qui se font à Monte-Video, et ils avancent ces travaux avec une promptitude et une vivacité incroyable,se contentant pour leur salaire d'aliments grossiers dont on les nourrit chaque jour. Je n'aigarde d’exagérer quand je parle à Votre Majesté, et j'ose assurer que si nous n'avions pas eule secours de ces Indiens, les fortifications qu’on avait commencé de faire à Monte-Video et à la forteresse de cette ville, n'auraient jamais pu être achevées. Les soldats, les autres Espagnols et les Indiens du voisinage qui travaillent à la journée, sont incapables de soutenir longtemps cette fatigue. Ils sont assez ponctuels les trois ou quatre premiers jours, après quoi ils veulent être payés d'avance. Qu'on leur donne de l'argent ou qu’on leur en refuse, c’est la même chose; ils quittent l'ouvrage et s’enfuient. La paresse et l'amour de la liberté sont tellement enracinés dans leur naturel, qu’il est impossible de les en corriger. Il y a une différence infinie, entre ces lâches Indiens et ceux qui sont sous la conduite des missionnaires. On ne peut exprimer avec quelle docilité, avec quelle ardeur et avec quelle constance ils se portent à tout ce qui est du service de Votre Majesté, ne donnant aucun sujet de plainte ni de murmure, se rendant ponctuellement aux heures marquées pour le travail sans jamais y manquer, et édifiant d’ailleurs tout le monde par leur piété et par la régularité de leur conduite; ce qu’on ne peut attribuer, après Dieu, qu’à la sagesse et à la prudence de ceux quiles gouvernent. Aussi monsieur l’évêque de cette ville m’a-t-1l souvent assuré que toutes les fois qu'il a fait la visite de ces missions, il a été charmé de voir la dévotion de ces nouveaux fidèles de l’un et de l’autre sexe, et leur dextérité dans tous les ouvrages qui se font à la main.
» Quoique quelques personnes malintentionnées, soit par jalousie,
pe
mes ble
soit par d’autres motifs, tâchent de décrier le zèle et les intentions les plus pures d’une Compagnie qui rend de si grands services dans tout le monde, et en particulier dans l'Amérique, elles ne viendront jamais à bout d’obscurcir la vérité de ces faits, dont il y a une infnité de témoins. Ce que j'en dis à Votre Majesté n’est pas pour exalter ces pères, mais pour lui rendre un compte sincère, tel qu’elle a le droit de l’attendre d’un fidèle sujet qu’elle honore de sa confiance, et pour la prévenir sur les fausses impressions que la malignité et les artifices de certaines gens voudraient donner à Votre Majesté, en renouvelant des plaintes et des accusations qu’elle a tant de fois méprisées. J'ajouterai à Votre Majesté que les Indiens des trois peuplades établies aux environs de cette ville, seraient bien plus heureux si, dans la manière de les gouverner, on suivait le plan et le modèle que donnent ces pères dans le gouvernement de leurs missions. Ces trois peuplades sont peu nombreuses, et cependant ce sont des dissensions continuelles entre le curé, le corrégidor et les alcades; ce n’est pas pour moi une petite peine, de trouver des curés qui veuillent en prendre soin; le grand nombre de ceux qui ont abandonné ces cures,dégoûte presque tous les eclésiastiques que je voudrais y envoyer. C’est uniquement, Sire, pour satisfaire à une de mes principales obligations, que j'expose ici les services importants que rendent les Indiens ages, qui sont sous la conduite des missionnaires Jésuites, dont Votre Majesté connaît l'attachement plein de zèle pour tout ce qui est de son service. Je ne doute point qu’elle ne leur fasse sentir les effets de sa clémence et de sa bonté royale. Pour moi, je ne cesserai de faire des vœux pour la conservation de Votre Majesté, qui est si nécessaire au bien de toute la chrétenté (*). »
L'historien protestant anglais Robertson a dit:
€ Dans l’Église romaine, aucune classe du clergé régulier ne s’est plus distinguée par la pureté de ses mœurs, que cette Société en général. Mais, c’est dans le nouveau monde, que les Jésuites ont exercé leurs talents avec le plus d’éclat, et de la manière la plus utile à l'espèce humaine. Les conquérants de cette malheureuse partie du globe n'avaient eu d’autre objet que de dépouiller, d’enchat-