Cours d'histoire à la Sorbonne
AVANT-PROPOS. III
st prodigieuse découverte ne soit due qu'à l'audace des hommes.
"Dieu ne donne aux passions humaines, lors inéme qu'elles semblent décider de tout, que ce qu'il leur faut pour étre les instruments de ses desseins : ainsi l'homme S'agite, mais Dieu le mnène. La fot plantée en Amérique, parmi tant d'orages, ne cesse pas d'y porter des fruits. Que reste-t-1l ? Peuples des extrémités de l'Orient, votre heure est venue. Alexandre, ce conquérant rapide, que Daniel dépeint comme ne touchant pas la terre de ses pieds, lui qui fut si jaloux de subjuguer le monde entier, S'arréta bien au deçà de vous: mais la charité va plus loin que l'orgueil… Qui sont ceux qui volent comme les nudes ? Vents portez-les Sur vos atles. Que le Mid, que l'Orient, que les êles inconnues les attendent, et les regardent en silence venir de loin. Qu'ils sont beaux les pieds de ces hommes qu'on voit venir du haut des montagnes apporter la paix, annoncer les biens éternels, précher le salut et dire : O Sion, ton Dieu régnera sur tot ! Les voict ces nouveaux conquérants, qui viennent Sans avimes, excepté la croix du Sauveur. Ils viennent, non pour enlever les richesses et répandre le sang des vaincus, mais pour offrir leur propre sang et communiquer le trésor céleste.
” Peuples que les vites venir,quelle fut d'abord
IV AVANT-PROPOS
votre surprise, et qui peut la représenter? Des hommes qui viennent à vous sans étre attirés par aucun motif ni de commerce, ni d'ambtition, ni de curiosité ; des hommes qui, Sans vous avoir jamais VUS, SANS SAVOI InËME OÙ VOUS êtes, vous aiment tendrement, quittent tout pour vous, et vous cherchent au travers de toutes les mers avec tant de fatigues et de périls, pour vous faire part de la vie éternelle qu'ils ont découverte! Nations enseveles dans l'ombre de la mort, quelle lumière Sur vos têtes !
” A qui doit-on, mes frères, cette gloire et cette bénédiction de nos jours? Æ la Compagnie de Jésus, qui, dès sa naissance, ouvrit, par le secours des Portugais, un nouveau chemin à l'Évangile dans les Indes. N'est-ce pas elle qui a allumé les premières étincelles du feu de l'apostolat dans le sein de ces hommes livrés à la grâce ? Il ne sera jamais effacé de la mémotre des justes le nom de cet enfant d'Ignace €), qui, de la même main dont il avait rejeté l'emplot de la confiance la plus éclatante, forma une petite société de prêtres, germes bémis de ceïte communauté. © Ciel, conservez à jamais la source d'une grâce si abondante, et faites que ces deux corps portent ensemble le nom du Sei-
1. Le père Alexandre de Rhodes. Revenu en Europe après 25 ans de durs travaux apostoliques, il refusa la dignité d’évêque ; il vint en France où il réunit les douze premiers lévites qui furent le noyeau du célèbre séminaire des Missions-étrangères de Paris dont l’idée fut le fruit de son zèle.
anne : En w) ANA ATV MP 2 D LA LOMME EN NL
AVANT-PROPOS. V
£gneur JÉSUS àtous les peuples qui l'ignorent(”)."
Un tel éloge, dans une telle bouche ne sufit-il pas pour illustrer à jamais les apôtres qui ont su l'inspirer ? Le mérite des Jésuites missionnaires est attesté par mille autres témoins que nous aurons l'occasion de citer dans le cours de ce travail. Nous nous bornerons à rappeler ici des lignes suivantes écrites bar l'illustre voyageur La Condamine au père de Latour.
Sz nes voyages dans les contrées du monde les plus éloignées, entrepris par ordre du roi, pouvaient, dit-il, vous faire agréer mon suffrage, je Suis prêt à attester dans toutes les fornes les plus authentiques et les plus solennelles que je nat jamais vu dans tous les membres de votre Société, en Asie, en Afrique et en Amérique, que des exemples fraphants de zèle et de vertu ().”
Mars un des côtés propres aux missions de la Compagnie de Jésus que nous tenons à faire ressortir ici, c'est le patriotisme. On verra que les Jésuites n'oubliaient pas, dans les préoccupations du ministère évangélique, qu'ils resaient citoyens d'une patrie terrestre: leur sos: constant fut de faire profiter leur pays des découvertes utiles, fruits de leurs labeurs ef de
1. Œuvres de Fénélon 1823. T. 17, p. 178. Sermon pour la fête de l'Épiphanie prêché dans l’église des Missions-étrangères, le 6 janvier 1685, sur la vocation des gentils.