‹ La civilisation et les jésuitesChapitre 3 sur 31 · Archives du Gesü · texte numérisé non relu

Archives du Gesü

mag Se En ns SU

D ue snaprercnccmgegee— "serre né bai *

AVANT-PROPOS

leur savante industrie. L'Europe oublie trop ce dont elle est redevable aux Jésuites ; 11 est bon de le lui rappeler.

Un écrivain de grand mérite, MW. le vicomte de Bonald, a laissé sur ce point un témoignage précieux. Voici comment il S'exprime dans ses Annales philosophiques (7. 771, f. 153, 154, I55.— I80OT) :

L'importation du philosophisme dans les États catholiques avait été merveilleusement facilitée par l'abolition de l'ordre des ésuiles, événement dont la philosophie moderne s'est attribué l'honneur, et auquel on pourrait croire que l'Angleterre n'a pas été étrangère, SU suffisait pour l'en accuser de considérer le mal qu'il a fait à ses ennemis naturels, la France cé d'Espagne."

Quot qu'il en soit, l'utilité politique des Jésuites pour la France et pour l'Espagne ne pouvait étre contestée que par la haine, nt méconnue que par la sottise. L'Espagne faisait plus de conquêtes dans le continent de l'Amérique avec ses missions qu'avec ses soldats, et leurs néophytes animés de cet esprit de catholicisme, que les Jésuites S'entendarent st bien à enfretenir et à répandre, eussent au besoin, bien mieux que quelques milices, défendu contre les Anglais les possessions espagnoles.

Chez les Chinois, les Japonais et les Tarta-

ALU AA M AIRE SE AIN CRAN : PBee-erenmaumnernss

AVANT-PROPOS. VII

res, les Jésuites, presque tous Français, Espagnols, ltaliens, donnatent par leurs vertus et leurs connaissances une haute idée de la puissance de leurs gouvernements, ce qui est aussi une espèce de domination, et ils facilitaient par là entre ces peuples et leurs nations les relations commerciales, objet éternel de la jalousie dés Ænglais et des Hollandais.

ÆEn Europe les Jésuites élevaient la jeunesse dans des principes de fidélité et d'obéissance, instruisartent par les sens les dernières classes, comine 1Ùs dirigeaiént les classes élevées par fous les moyens que fournit la culture de l'esprit de plus poli. Tls travaillaient avec succès à ramener l'Europe à l'unité religieuse, ef affermnissatent ainsi les pouvoirs politiques; institution véritablement sociale, seu/ ordre peut-être où l'on ait connu le grand secret de la société renferiné dans ces deux mots, commander ef obéir. Aussi le grand Frédéric s'étonna-t-1l que les puissances catholiques eussent consenti à leur abolition, et, mieux avisé, 1l leur offrit, ainsi que l'habile mère de Paul T, un asile dans ses Etats.

“Les premiers, les Jésuites onf ouvert, par leurs relations excellentes sur l' Éthiopie, le Japon, la Chine, le Thubet, par les importantes £raminaires qu'ils ont publiées Sur les langues des peuples américains et des diverses parties

VIF AVANT-PROPOS

de l'archipel malais, des routes inconnues à l'histoire générale et à la haute philologte. On a été plus loin qu'eux parce qu'on leur à succédé. Les savants les plus distingués profttent encore aujourd’ lui de leurs leçons. C'est là qu'éclate de la manière la plus brillante la grandeur du but scientifique de l'ordre. Pénétyvés du génie des divers peuples du globe, les Jésuites prouvèrent que celui-là seul est grand et éclairé, qui joint à une riche universalité de connaïssances la profondeur de l'investigation et la sagesse de la critique ().”

Leurs travaux étaient immenses, les académies d'Europe Sen emparaient ; on arrétait leurs idées et leurs découvertes au passage, on se les appropriait, et l'on n'honoraïit méme pas d'un souvenir de reconnaissance le missionnatre obscur qui consacrait sa vie à glorifier la charité et la science. Ils savaient que tel éfait le prix réservé à leurs labeurs ; ts les continuaient néanmoins, et Gaubil écrivait encore au père Souciet: “Dans ces circonstances, c'est beaucoup que MM. de l'observatoire vous aient aidé dans la fabrique et l'épreuve des réficules, micromètres, lunettes, etc., qu'ils aient examiné les observations, qu'ils pensent à en profiter. Je ne m'embarrasse nullement qu'ils me nomment ou non, NAS je souhaite qu'on Sa-

z. Des Jésuites, par M. le baron d'Eckstein, (p. 43-44.)

AVANT-PROPOS. IX

che que cela vient des Jésuites français que le rot entretient à la Chine. Cela est du reste pour

le bien commun, et je ne fais nul cas du petit honneur qui pourrait men revenir. De tous les mmissionnaires, je suis celui qui mérite le moins d'être honoré À). ”

Dans leurs excursions religieuses 11s n'étaient pas seulement missionnaires, ts avaient foujours présent à leur cœur le souvenir de la patrie absente, et, avec une sollicitude que les peuples oublient si vite, 1s S'occupatent de faire tourner leurs voyages au profit de l'humanité, des arts européens et de la richesse nationale. Les uns devinaient les qualités fébrifuges du quinquina, et ils le faisaient passer en Europe, d'où il se répandit dans tout le monde ; 115 recueillaient chez les Tartares la graine de rhubarbe, et ils naturalisaient en Europe cette plante précieuse. Dans les forêts de la Guyane ef de l'Amérique, ils découvraient ef livraient au commerce la gomme élastique, ef la vanille.

Le père Lafitau transplantait du Canada en France le ginseng dont le père Jartoux analysait les propriétés. D'autres Jésuites se signalaient dans le Céleste Empire. L'un rapportait à sa patrie le cog et la poule d'Inde, l'autre le JNAYYON1ET.

Du fond de l'Orient, ils songèrent à dévelop-

Page 1