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En leur enseignant l'agriculture,
ÆEn leur donnant des lois
En leur apprenant à connaître et à servir Dieu. Apprivoisant ainsi le malheureux sauvage,
Non par la force des armes,
Dont ils n'eurent jamais besoin ;
Maïs par la douce persuasion, les chants moraux Et la puissance des hymnes:
En sorte qu'on les crut des Anges.
» Or, quand on songe que cet Ordre législateur qui régnait au Paraguay par l’ascendant unique de ses talents et de ses vertus, sans jamais s’écarter de la plus humble soumission envers l’autorité légitime, que cet Ordre, dis-je, venait en même temps affronter dans nos prisons, dans nos hôpitaux, dans nos lazarets, tout ce que la misère et la maladie ont de plus hideux; que ces mêmes hommes qui couraient, au premier appel, se coucher sur là paille à côté
‘ de l’indigence, n’avaient pas l’air étranger dans les cercles les plus
polis; qu’ils allaient sur l’échafaud dire la dernière parole aux victimes de la justice humaine et que, de ces théâtres d’horreur, ils s’'élançaient dans les chaires pour y tonner devant les rois, qu’ils tenaient le pinceau à la Chine, le télescope dans nos observatoires, la lyre d’Orphée au milieu des sauvages, et qu’ils avaient élevé tout le siècle de Louis XIV, et lorsqu'on songe enfin qu’une détestable coalition de ministres pervers, de magistrats en délire et d’ignobles sectaires, a pu, de nos jours, détruire cette merveilleuse institution et s’en applaudir, on croit voir ce fou qui mettait le pied sur une montre en lui disant: Je t'empêcherai bien de faire du bruit. » Mais, qu'est-ce que je dis: Un fou n’est pas coupable (x).»
« Ces associations fameuses que les Jésuites avaient fait accepter par la persuasion seule à de pauvres sauvages, pour les élever par degrés jusqu’à la civilisation, ont été en général appréciées comme elles devaient l’être. Cependant, quelques écrivains du XVIII siècle les ont décriées, comme des tentatives de théocratie, comme des preuves d’une ambition temporelle insatiable de la part des disciples de Saint-Ignace : « Les accusations faites sur ce point contre les Jésuites, dit un de leurs ardents adversaires, Gioberti, sont
r. Essai sur le principe genérateur des Constitutions humaines.
ET LES JÉSUITES. La
d'autant plus singulières et amusantes (piacevoli), que les philosophes de qui elles partent n’ont jamais su civiliser, je ne dirai pas une race où une nation, mais même une tribu ou une famille; et aujourd’hui les superbes dépositaires de la civilisation moderne, après avoir détruit les missions, loin de pouvoir policer et éclairer des peuples sauvages ou incultes, n’ont su que les enfoncer dans de plus épaisses ténèbres comme ceux de la péninsule indienne, ou procéder avec une froide cruauté à leur extinction graduelle ainsi qu’on l’a fait dans cette partie de l'Amérique, où les hommes se vantent d'offrir dans leurs constitutions le plus exquis modèle de la liberté (7).
» Le fait est que jusqu’à présent les missionnaires ont été les seuls civilisateurs des barbares , et il ne saurait en être autrement : car eux seuls, peuvent insinuer dans les âmes la parole régénératrice avec cette infatigable patience, cette suave onction, cette sage indulgence, cette prévoyance pénétrante, cette charité pleine de sollicitude, d’ardeur et d’héroïsme qui ne se trouvent guère en dehors du sacerdoce catholique.
» Et parmi les divers ordres de missionnaires, aucun ne montra plus de longanimité, de douceur, d’habileté et n’opéra plus de fruits à cet égard que celui des Jésuites. Un seul d’entre eux, François Xavier, fit beaucoup plus en peu d’années ‘pour les malheureux habitants du Malabar, que la fameuse compagnie des Indes en l’espace de deux siècles. Et dans le Paraguay, les disciples d’Ignace donnèrent au‘monde le spectacle inouï d’une multitude sauvage, changée comme par enchantement en une société d’hommes policés, au moyen d’une discipline paternelle, il est vrai, mais minutieuse, assidue, scrupuleuse et forte comme celle au moyen de laquelle Lycurgue faisait l’éducation virile des durs et indociles habitants de la Laconie.
» Si, au lieu d’interrompre cette entreprise, ceux qui avaient le pouvoir l’avaient favorisée, étendue et accrue, la race cuivrée des Américains serait aujourd’hui élevée au même degré de noblesse et de fécondité que la race blanche, tandis qu’au contraire il n’en survit que quelques misérables vestiges, au grand désespoir dés vrais philanthropes et à l’éternelle honte des Européens (2). »