CHAPITRE II — MISSIONS D’ASIE
AE fut François-Xavier, lami, le disciple
l'établissement primitif du christianisme, et d'apporter
ainsi au monde mille preuves nouvelles de sa divinité. [1 eut le singulier bonheur de rendre à l'unité catholique plus de peuples et d'empires que la réforme ne lui en arracha jamais. Il convertit cinquante-deux royaumes, arbora l'étendard de la croix sur une étendue de trois mille lieues; il baptisa de sa propre main près d’un million de mahométans ou d'idolâtres, et tout cela en dix ans! L'imagination s’effrayerait au récit de tout ce qu'il rencontra d'obstacles; et, pour les vaincre, quels moyens employa-t-il? la pauvreté, la douceur, la patience, les austérités, la prière, en un mot l'invincible ardeur de la charité. A cela il plut à Dieu de joindre tous les dons de la puissance surnaturelle et miraculeuse. Sa vie, dans un temps auquel nous touchons pour ainsi dire encore, est écrite d'après les témoignages les plus avérés, et les merveilles qui la remplissent ne permettent pas le doute. Les historiens protestants l’avouent eux-mêmes, autant qu'ils peuvent l'avouer :
« Si la religion de Xavier convenait avec la nôtre, dit Baldeus dans son Zfistoire des Indes (p. 78), nous le devrions estimer et honorer comme un autre saint Paul. Toutefois, nonobstant cette différence de religion, son zèle, sa vigilance et la sainteté de ses
mœurs doivent exciter tous les gens de bien à ne point faire l’œuvre de Dieu négligemment; car les dons que Xavier avait reçus pour
Re out. SU NS +.
exercer la charge de ministre et d’ambassadeur de Jésus-CHRIsT étaient si éminents que mon esprit n’est pas capable de les exprimer. Si je considère#*la patience et la douceur avec lesquelles il a présenté aux grands et aux petits les eaux saintes et vives de l’Évangile, si je regarde le courage avec lequel il a souffert les injures et les affronts, je suis contraint de m'’écrier avec l’apôtre: Qui est capable comme lui de ces choses merveilleuses? »
Et Baldeus termine l'éloge du saint, en répétant le mot d'un ancien que déjà Bacon avait appliqué à la Compagnie:
€ Plut à Dieu qu’étant ce que vous êtes, vous eussiez été des nôtres! »
Les Indes, le Japon, se couvrirent donc d’églises florissantes. La Compagnie de Jésus alimentait sans cesse par de nombreux renforts ces missions fondées et soutenues au prix du sang et des souffrances de ses enfants.
Quels souvenirs surtout ne nous a pas légués cette terre chérie de l’apôtre, terre qui, à peine éclairée des premières lueurs de l'Évangile, devait briller de la plus éclatante gloire que JÉsus-CHRIST accorde à son Église, celle de l’héroïsme au milieu des persécutions, et qui, par une mystérieuse destinée, après avoir donné plus d’un million de martyrs, devait se refermer comme un tombeau et attendre le jour marqué pour la résurrection!
Cruel Japon! îles infortunées! vous ne pourrez pas toujours repousser de vos bords la vérité et la charité catholiques qui vous demandent de vous ouvrir devant elles. Sur les rives opposées veillent maintenant les frères de Xavier pour saisir l'instant favorable qui abaissera devant eux les portes de ces régions déso-
Done d es ouên 2
lées, et leur donnera le bonheur d'y annoncer Jésus- CHRIST ou d'y mourir pour lui.
Xavier avait ardemment soupiré après la conquête de la Chine. I s'y rendait; il meurt plein de vie et de gloire à la vue de ses rivages, dans une cabane abandonnée de l’île de Sancian. Marchant sur sa trace, le père Ricci, de la Compagnie de Jésus, affronta le premier, le sol inhospitalier de ce vaste empire et, après des peines infinies, parvint à en ouvrir l'entrée aux prédicateurs de l'Evangile.
On oublie aujourd'hui quels furent ceux qui les premiers pénétrèrent dans cette région, je dirai presque dans ce monde si longtemps inconnu, et le firent connaitre dans l'Europe savante. Là, en présence d'une civilisation fière d'elle-même et armée contre l'étranger d'une jalouse défiance, il fallut employer tous les prestiges de l’art et de la science pour se faire pardonner l'enseignement évangélique. En sortant du palais de l’empereur ou du tribunal des mathématiques, le Jésuite, que son savoir avait amnistié, allait faire le catéchisme aux enfants, visiter les pauvres et instruire le peuple.
Écibnitz adie:
(On travaille depuis, plusieurs années en Europe À procurer aux Chinois l’avantage inexprimable de connaître et de professer la religion chrétienne. Ce sont principalement les Jésuites qui s’en occupent par l'effet d’une charité très estimable et que ceux mêmes
qui les regardent comme leurs ennemis, jugent digne des plus grands éloges (:). »
Lord Macartney écrivait à son tour :
{La conduite des missionnaires Jésuites de la Chine annonce
1, Œuvres, t, IV, Præjatio in novissima Sinica.
ET LES JÉSUITES. e)
des sentiments et des maximes rares dont l’existence est à peine soupçonnée par le reste du genre humain (°). »
Ce témoignage a de la valeur dans la bouche d’un protestant. |
Le protestant Léopold Ranke, p. 153 du tome [IV de son /7istoire de la Papauté pendant les XVI et X VTT siècles, expose les conquêtes faites par les Jésuites à la civilisation chrétienne dans l'Amérique, dans les [ndes, en Chine, au Japon :
& Dans tous ces pays, dit-il, les Jésuites déployèrent un génie aussi flexible que persévérant et opiniâtre, et leurs progrès prirent une extension au delà de tout ce qu’on aurait pu espérer. Ils réussirent à vaincre, du moins en partie, la résistance vivace de ces religions nationales qui règnent en Orient. Au milieu de toutes ces immenses préoccupations, de ces luttes, de ces souffrances, ils ne négligèrent pas l'union des chrétiens de l’Église d'Orient avec l'Église Romaine. »
Et terminant ce chapitre, Ranke s’écrie :
« Quelle activité immense! embrassant le monde entier, pénétrant en même temps dans les Andes et dans les Alpes, envoyant ses représentants et ses défenseurs au Thibet et en Scandinavie, partout sachant s’attacher le pouvoir de l’État,en Angleterre comme en Chine! et sur cette scène illimitée, partout encore vous la voyez cette activité jeune, énergique, infatigable! L’impulsion qui agissait au centre, se faisait sentir peut-être avec plus d’exaltation et de force entraînante sur les travailleurs des pays lointains. »
Enfin, M. Francis Garnier,étudiant dans la Æevue
Scientifique, (9 octobre 1875), le rôle de la France dans l'extrême Orient, a tracé ces lignes remarqua-
bles :
« Il fut un temps — le temps même de Voltaire — où l’on pouvait espérer de voir s’accomplir pacifiquement cette révolution si désira-
1. Voyage dans l'intérieur de la Chine eten. Tartarie. (Trad. par Castara.)r7092, P. 93-94.