‹ La civilisation et les jésuitesChapitre 8 sur 31 · EE ER · texte numérisé non relu

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ble, cette mise en rapports intimes de deux civilisations et de deux races en qui se résument aujourd’hui toutes les forces vives de la planète. Alors la science chinoise se renouvelait peu à peu, grâce aux travaux et aux efforts des Jésuites, qui ont joué un rôle si important à la cour de Kang-si, ce Louis XIV de l'Orient. Alors, les richesses historiques des annales chinoises commençaient à être dévoilées à l’Europe, et l’on apprenait à apprécier cette constitu-

tion démocratique et égalitaire qui aurait pu faire du gouvernement

chinois le modèle des gouvernements ; alors, enfin, on constatait, non sans surprise, que presque toutes les découvertes de l'Occident avaient été pressenties, souvent appliquées, par l’industrie chinoise, et que nous avions beaucoup à puiser dans les trésors d’une expérience cinquante fois séculaire...

» Les pères étaient devenus chinois et comme naturalisés. En récompensant leurs mérites, en reconnaissant la supériorité de la science dont ïls étaient les dépositaires et les vulgarisateurs, l'empereur paraissait choisir entre ses propres sujets. L’amourpropre des lettrés déguisait ingénieusement les emprunts faits au savoir européen. Ces emprunts n'étaient que des découvertes dues au génie de quelques-uns d’entre eux, car les pères portaient le bouton(ï) ! »

Les Jésuites modernes ne sont pas inférieurs à leurs devanciers; leurs succès, l'aveu de leurs amis et de leurs ennemis, l’attestent suffisamment.

Le Glasgow Daily Herald (24 janvier 1864) écrit

€ Vouloir propager la religion protestante évangélique en Chine, c’est tenter l’impossible. Chacune des quatre églises des Jésuites à Peking possède plus de convertis catholiques qu’il n’y a de convertis protestants dans toute la Chine (2). »

Dans son Voyage autour du monde, le comte de

1. Aujourd'hui même encore, les principaux lettrés de la capitale ne dédaignent pas de se rendre solennellement au bel observatoire créé à Pékin par les Jésuites et de faire semblant de lire dans les astres les destinées de leur pays. Ces pitoyables astrologues sont d’ailleurs incapables de conserver en bon état les magnifiques instruments dont ils disposent, instruments qui témoignent du parti que l'on peut tirer de l’habileté industrielle des Chinois.

2. Apologie du Christianisme par Franz Hettinger. T. $. p. 125.

Beauvoir eut occasion de visiter le fameux collège Chinois de Si-Ka-Weï; il parle en ces termes des

Jésuites qui dirigent cet établissement :

{ Les révérends pères, vêtus à la chinoise et fumant la longue pipe indigène nous reçoivent avec la plus aimable cordialité, puis nous promènent pendant deux heures dans leurs écoles. »

Après avoir décrit ces écoles, M. de Beauvoir ajoute :

& Il y a dans cette série d'écoles un ordre, une activité et une propreté qui font plaisir à voir. C’est vraiment une belle œuvre !

» Que de patience, de force d'âme et de veilles il a fallu aux pères pour apprendre, de façon à pouvoir les enseigner, non seulement les règles de prononciation et de pointure des caractères chinois, mais encore l'esprit, les finesses et les idiotismes d’une littérature, d’une poésie et d’une histoire où les légendes baroques et les sentences surannées le disputent à l'ennui des théories de Confucius ! Les difficultés ne les ont pas rebutés jusqu’à ce jour, «et ils poursuivent avec calme et fermeté ce noble but: au dessus du niveau des orphelins et des pauvres qui composent presque seuls aujourd’hui la classe susceptible de conversion, introduire peu à peu un élément moral et chrétien dans les rangs des fonctionnaires de l’empire. »

L'Asie offrait encore à ces générations d'apôtres d'immenses plages livrées aux épaisses ténèbres de l'idolâtrie. Aussi, en même temps qu'elle couvrait de ses missions la Chine, le Japon et les Indes, la Compagnie travaillait incessamment à conquérir au christianisme les îles de la Sonde, le Thibet, le Mogol, la Tartarie, la Cochinchine, le Cambodge, le pays de Malaca, Siam, le Tonkin, la Syrie, la Perse, et d’autres contrées encore ; ce qui formait un ensemble de cent quarante-cinq établissements de missionnaires Jésuites sur la surface de l'Asie. Et nulle part le flambeau de l'Évangile ne répandit ses clartés sans faire

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luire celles de la civilisation. Les conquêtes de la science marchaient du même pas que celles de la foi.

On formerait une bibliothèque assez nombreuse avec les ouvrages des Jésuites sur les divers peuples de l'Asie, sur leurs origines, sur leur langue, leurs mœurs, leur histoire, leurs arts et leurs institutions. La bibliothèque nationale possède en ce genre des richesses inédites qui pourraient avoir encore aujourd'hui leur valeur (°).

Le commerce, l’industrie, la médecine comme l’astronomie et la physique, ont dû à ces Jésuites si décriés d'utiles découvertes. Mais la postérité oublie vite ; le ciel, qui n'oublie pas, a donné à ces pauvres religieux la seule récompense qu'ils ambitionnaient : trois à quatre cents peuples divers évangélisés par leur zèle ; des millions de martyrs qu'ils formèrent en mêlant leur sang à celui de leurs disciples ; des multitudes innombrables d'infidèles convertis dans l’espace de deux siècles : voilà leurs œuvres, et pour ces œuvres le ciel seul a des couronnes.

On lit, dans le Voyage en Tndoustan (T. II, p. 161) de M. l'abbé Perrin, prêtre des missions étrangères :

{ Je donne le défi aux plus hardis détracteurs de la vérité de

prouver que la Société de Jésus ait eu jamais à rougir des mœurs d'aucun de ceux qui cultivèrent la mission malabare, soit à Pondi-

I. ‘‘ Tout ce que nous savons de la Chine, dit Sprangel, dans son Æistoire des découvertes géographiques importantes, 2° édition, 1842, p. 25, nous le tenons des missionnaires Jésuites et de leurs relations accumulées depuis deux siècles ; l'ouvrage le plus volumineux que l'on possède sur ce pays: Zes mémoires concernant la Chine, Paris 1718, 13 volumes in 4°, est tout entier composé de ces relations réunies.

Un Jésuite allemand, Joseph Tiefenthaler, écrivit une géographie complète des Indes en langue latine, ouvrage par lequel il fit plus pour la connaïssance de ce pays, où il vécut près de cinquante ans, qu'on n'avait fait jusqu'à lui, depuis la découverte des Portugais. Un autre Jésuite allemand, Thomann, fit connaïtre le premier en 1788, la configuration exacte de la côte orientale de l'Afrique.

chéry, soit dans l’intérieur des terres. Tous étaient formés des mains de la vertu même, et ils l’inspiraient autant par leur conduite que par leur prédication.

» J'avoue que j'ai examiné les Jésuites de l’Indoustan avec les yeux de la critique et peut-être de la malignité. Je me défiais d’eux avant de les connaître; mais leur vertu à vaincu et anéanti mes préjugés ; le bandeau de l’erreur est tombé de mes yeux. J’ai vuen eux des hommes qui savaient allier les degrés les plus sublimes d’oraison avec la vie la plus active, la plus continuellement occupée, des hommes d’un détachement parfait et d’une mortification qui aurait effrayé les plus fervents anachorètes ; se refusant jusqu’au rigoureux nécessaire, pendant qu’ils épuisaient leurs forces dans les travaux pénibles de lapostolat ; patients dans les peines, humbles malgré la considération dont ils jouissaient et les succès qui accompagnaient leur ministère, brûlant d’un zèle toujours prudent, toujours sage et qui ne se ralentissait jamais (x). »

La mission de Syrie compte huit maisons : Beyrouth, Damas, Alep, Maallaka, Ralhé, Deïr-el-Kamar, Saïda, Ghazir et Biksaïa.

M. de Salverte parle en ces termes des missionnaires de Beyrouth :

{ Là, comme toujours, les Jésuites se montrent érudits, pénétrants, infatigables et en même temps d’une simplicité parfaite.

» Les plus graves théologiens versés dans la connaïssance de presque toutes les langues orientales quittent leurs doctes travaux pour apprendre la lecture et l'écriture aux petits enfants, pour leur faire réciter le catéchisme et leur adresser de pieuses et touchantes instructions. (2) »

M. le docteur C. Allard après avoir cité le témoignage précédent ajoute :

«Au moment où M. de Salverte visitait ce pays les pères

Jésuites venaient d’organiser une typographie polyglotte qui leur permettait de répandre à très bon marché des livres de religion et

1. Les Jésuites continuent dans l’Asie, (Chine, Inde, Maduré) l'œuvre de civilisation chrétienne entreprise par leurs devanciers. 2. La Syrie.

JD

d'éducation imprimés en Arabe, en Turc, en Syriaque et reliés même dans l’établissement.. (1) »

Enfin, M. le vicomte de Basterot fait le bel éloge qui suit des pères de Deir-el-Kamar :

« Encore que l’on puisse dire, c’est par nos Jésuites, nos missionnaires.. que la France est le mieux représentée en Orient, et

que son influence subsiste malgré l’intempérance de langage et les caprices de notre bureaucratie (2). »

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