CHAPITRE III. — MISSIONS D'AFRIQUE
EX N a parlé de l'ambition des Jésuites: ils | n'en connurent jamais d'autre que cette faim
T4) et cette soif du salut des âmes dont le monde
a peine à concevoir les insatiables ardeurs, et parmi lesquelles il ne veut pas même comprendre que dans le cours des temps et au milieu des travaux si multipliés, si étendus et si difficiles, quelques faiblesses excusables aient pu se rencontrer;comme si, après tout, pour le direavec Bossuet, il devait paraître étonnant que des hommes aient eu quelques défauts humains.
Ils obéissaient donc à cette impulsion surnaturelle, lorsque, dès l’origine de la Société, ils s’en allèrent planter la croix dans les sables brûlants de l'Afrique. Les missions d'Abyssinie, du Congo, d'Angora, de Mozambique ont duré, pour la plupart, jusqu’à la suppression de la Société au dernier siècle.
Aujourd'hui, les Jésuites évangélisent avec zèle et succès l'Algérie, la Kabylie, l’île africaine de Madagascar, et le Zambèze dans le centre de l'Afrique.
Nous savons au prix de quels sacrifices ils se sont implantés dans ces régions où le fanatisme du Coran règne encore en maître ('). Mor Lavigerie, archevéque d'Alger, leur a rendu ce beau témoignage :
« L'esprit de dévouement, de zèle ardent des Jésuites les rend admirablement propres à ces travaux de l’apostolat. Aussi ont-ils obtenus partout de merveilleux succès. Il ne leur manquait que la
consécration du sang. Ils viennent de l’obtenir dans les derniers massacres (2). »
x Voir notre opuscule sur le Par totisme de la Compagnie de Jésus.
2. Voyage en Orient. — Exposé de l'État actuel des chrétiens de i iban, par M. l'abbé Lavigerie, p. 40.
Il ne fallait pas moins que le martyre pour féconder cette terre africaine desséchée par le souffle mortel du mahométisme et par l'abrutissant fétichisme. Les Jésuites n’ont pas reculé devant une œuvre civilisatrice, difficile par elle-même, rendue souvent plus difficile encore par les entraves de toute nature que l'administration coloniale met au zèle et au dévouement des missionnaires.
En Algérie, les Jésuites déploient un zèle infatigable, aussi M. de Salvandi s'adressant, en 1846, au supérieur des Jésuites de Ben-Acknoun s’expri-
mait-1l ainsi :
(Il ne manque pas en France de Compagnies établies pour former les enfants à cultiver la terre et pour exercer les divers métiers : mais il leur manque un esprit propre... Pour vous, et ce n’est pas un faible mérite aux yeux des experts, vous comprenez parfaitement et vous exécutez ce que réclament les temps et les lieux (r).»
sl L'œuvre des orphelinats arabes est l'entreprise capitale des Jésuites. C'était, du reste, le sentiment du maréchal de Mac-Mahon, gouverneur de l'Algérie: ja il l'a formulé clairement en présence de son état-ma- . jor, au retour d’une visite qu’il fit au camp d’Erlon, ; le 20 janvier 1868 :
« Les pères ont là, dit-il, une grande œuvre et ils la mènent bien ; ils rendent d'importants services à l'Algérie en lui préparant de bons colons. Leurs jeunes gens ont bonne mine, j'ai eu du plaisir à les voir autour de moiet je suis très satisfait de ma visite (à l’orphelinat de Boufarik). »
. En se retirant, le duc de Magenta, après avoir fait
x Lettres annuelles de yon, 1846.
ses compliments aux pères de Boufarik sur la bonne tenue de la maison et de la propriété, ajouta :
ç« N'avez-vous rien à demander, mes pères? Vous faudrait-il quelque chose ? Exposez vos besoins. »
Et comme l’un des pères répondait qu'ils avaient à couvrirles frais d'installation des orphelins arabes envoyés dernièrement par l'autorité militaire, il répliqua aussitôt :
& Très bien ! Adressez vos demandes au général Wimpffen que j'ai amené avec moi uniquement dans ce but. »
Les indigènes apprécient de la même façon le bienfait des orphelinats arabes. Voici ce qu'écrivait au mois de mars 1869, un des pères de l’orphelinat de Ben-Aknoun.
« Le grand Pacha est venu visiter nos orphelins. Après avoir’ parcouru l'établissement avec une visible satisfaction, il fit appeler les enfants et leur dit :
€ Je contemple d’un regard bienveillant les fruits de votre travail : ces belles fleurs, ces jardins, ces champs et ces vignes vous font honneur. J'aime à vous voir forcer par le travail, cette terre si fertile à vous donner de quoi satisfaire à tous vos besoins. Ça donc, persévérez et ne retournez plus dans vos montagnes d’où la misère et la faim vous ont chassés, et ne rentrez jamais dans. vos gourbis, où vous retomberiez dans l’ignorance, la paresse et la misère. Rappelez-vous qu’il y a un an vous étiez des spectres ambulants, affaiblis par la famine, minés par la fièvre, en haillons. Aujourd’hui je vous vois pleins de vie et de joie, bien vêtus, témoignant votre bien-être et votre satisfaction. Gloire au Dieu toutpuissant pour tant de bienfaits !!! Pour vous, mes enfants, jouissez en paix du bonheur, qu’il vous procure dans cette maison. }»
» Seretournantensuite du coté des maîtres: «Permettez-moi, nous dit-il en français, et en nous tendant la main, de vous remercier de tout ce que vous faites pour les enfants de ma nation. »
C’est ainsi que la charité des Jésuites sera plus efficace pour la civilisation de l'Algérie, que la valeur des armées et l’habileté des politiques (1).
La Compagnie de Jésus porte aujourd’hui ses efforts vers ces contrées du centre de l'Afrique, brûlées par un soleil de feu, habitées par les plus féroces tribus de qui Livingstone a puécrire, s'adressant aux missionnaires :
« Venez, frères, venez ! Ici de vrais païens vous attendent. Vous
ne saurez jamais ce que peut votre courage, si vous n’en faites l'épreuve (2). »
1} L'Afrique centrale n'est pas d’ailleurs un pays 1 inconnu des Jésuites. Le Congo, l'Ethiopie connurent L autrefois la bonne nouvelle.
Voici ce qu'écrivait, en 1626, à l'abbé de Brétigny, réformateur du Carmel en France, un roi du Congo à qui on proposait la fondation, dans son royaume, d'une maison de carmélites :
« Nous rendons bien des grâces à Dieu de ce que, pendant Fu notre règne, il lui plaît d'introduire dans ce royaume une si sainte religion (l’ordre du Carmel) et delétabliren notrecour. Nous avons déjà les pères dela Compagnie de Jésus, etavecle nouveau monastère, notre ville se trouvera bien défendue. Ce seront deux forteresses ; contre nos ennemis visibles et invisibles. Qu’elles viennent donc, ; | qu’elles viennent, ces saintes religieuses. Je consens qu’elies ena trent en ce royaume, et qu’elles y multiplient les bénédictions cé-
lestes. Nous prions Dieu de les conduire heureusement jusqu’à 4 nous, et nous nous recommandons humblement à leurs oraisons et à leurs autres bonnes œuvres.
» De Congo, ce 10 octobre 1626.
» Le roi DOM AMBROISE. }
Al 1. L'île Bourbon et l'Afrique centrale possèdent toujours des missionnaires Jésuites.