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INEGALITE DU PROGRES DANS LES DIVERSES SCIENCES

Eji ce qui concerne les sciences proprement dites, mathématique, physique, mécanique, astronomie, biologie, les trois siècles de l'époque hellénistique nous offrent le spectacle d'inégalités frappantes. Tandis que les sciences mathématiques font alors des progrès remarquables, les sciences de la vie demeurent à peu près stationnaires. La raison en est sans doute que les premières se font par un enchaînement logique d'idées qui ne relève que du travail de l'esprit ; de toute vérité acquise naît immédiatement une autre vérité, qui en est la conséquence. Dans les sciences

de la vie, au contraire, les premières observations recueillies n'apportent à l'intelligence qu'une masse de matériaux confuse, prodigieusement complexe, pleine d'énigmes et d'apparentes contradictions ; et lorsque quelques esprits supérieurs les ont, une première fois, classées, une longue patience est nécessaire pour vérifier leurs interprétations, noter leurs erreurs, tirer de leurs aperçus tout ce qu'ils contiennent d'utilisable. L'antiquité d'ailleurs manquait de bien des ressources indispensables : elle n'avait à sa disposition ni le microscope ni l'analyse chimique. Il lui était bien difficile, dans ces conditions, de faire mieux qu Aristote et Théophraste.

SCIENCES NATURELLES. — Passons donc ici très rapidement sur cet ordre de sciences. En fait de zoologie, de botanique, de médecine même, l'époque hellénistique n'a rien produit qui mérite d'être signalé dans une revue aussi sommaire que celle-ci. La médecine, toutefois, en raison de son utilité pratique, se montrait toujours active, mais sans réaliser de gains scientifiques appréciables. A côté d'un dogmatisme qui prétendait perpétuer la tradition d'Hippocrate, mais qui, très infidèle à son esprit, se figeait dans des formules rigides, on vit naître alors un empirisme, qui, se refusant à toute coordination des faits, aboutissait à la négation même de la science. Le plus grand mérite des médecins de ce temps fut de faire vivre un art qui devait être renouvelé dans la période suivante par Galien et transmis par lui au moyen-âge.

SCIENCES MATHÉMATIQUES ET PHYSIQUES. — Au contraire, dans les sciences mathématiques et physiques, les premiers progrès qui avaient été réalisés précédemment par Pytha-

gore et ses successeurs, Platon et son école, Théodore de Cyrène, Eudoxe de Cnide, se continuaient avec éclat. Au commencement du III*^ siècle, Euclide rédigeait ses célèbres Eléments, qui lui ont valu d'être nommé « le Géomètre » par excellence et que nous lisons encore ; il y établissait les fondements de la géométrie tels qu'ils ont subsisté jusqu'à nous ; quelques-unes des plus notables qualités de l'esprit grec ne se sont manifestées nulle part plus vivement que dans cet ouvrage. Peu après, Archimède, à Syracuse, faisait preuve d'un génie merveilleusement inventif, soit dans les théories relatives à la mesure du cercle et du cylindre, aux propriétés de la parabole, à l'étude des courbes, soit dans la physique et la mécanique, découvrant à la fois des principes nouveaux et des applications imprévues. Vers la fin du même siècle, le pamphylien Apollonios de Pergé composait le premier traité des sections coniques ; et enfin Héron d'Alexandrie, au début du premier siècle, faisait également progresser la physique, la mécanique et les mathématiques pures.

Presque aussi remarquables étaient les travaux des astronomes. Au savant Aristarque de Samos, qui enseignait vers 250, revient l'honneur d'avoir découvert et osé dire, le premier, malgré les plus vives contradictions, que la terre tournait sur son axe et exécutait une révolution annuelle autour du soleil. Au même temps se rapportent les ouvrages astronomiques d'Eratosthène, mentionné plus haut comme critique et comme géographe, ses poèmes didactiques et scientifiques, l'Hermès et VErigone, ses Catastérismes, par lesquels il rivalisait avec les Phénomènes d'Aratos qui l'avait précédé de peu. L'un et l'autre, il est vrai, ne faisaient guère que vulgariser des connaissances déjà acquises et ils mélangeaient la fable à la science. Tout au moins.

pouvons-nous conclure du succès de leurs livres à l'intérêt que leurs contemporains prenaient à la connaissance de l'univers. Mais le grand astronome de ce temps fut le bithynien Hipparque de Nicée, qui vivait au second siècle, inventeur de l'astrolabe, créateur de la trigonométrie, véritable initiateur des calculs et des mesures astronomiques, premier auteur de tables où furent notés les mouvements du soleil et de la lune. Par l'ensemble de ces travaux, on peut dire que l'astronomie sortait alors de l'enfance et inaugurait les méthodes vraiment scientifiques.

N'insistons pas davantage. 11 suffit de l'énumération de ces noms et du rappel sommaire des principales découvertes qui les ont illustrés pour qu'on puisse se faire une idée de la contribution apportée par la science hellénistique à l'ensemble des connaissances que la Grèce a léguées aux civilisations postérieures.

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