‹ La civilisation helléniqueChapitre 29 sur 47 · NAISSANCE ET CARACTERE GÉRÉRAL DU NÉOPLATONISME · texte numérisé non relu

NAISSANCE ET CARACTERE GÉRÉRAL DU NÉOPLATONISME

— Ebauchée à Alexandrie, dans le premier tiers du iii^ siècle, par Ammonius Saccas, la philosophie néoplatonicienne fut constituée définitivement à Rome, quelques années plus tard, par un de ses disciples, l'Alexandrin Plotin, entre les années 245 et 270. Ce fut vraiment la dernière grande création du génie grec. L'effort dont elle témoigne montre ce qu'il y avait encore en lui de vitalité. Refusant de se renier lui-même ou de consentir à se dissoudre misérablement, il çssaya de coordonner dans un large éclectisme tout ce qu'il avait autrefois produit de meilleur, et il sut adapter la doctrine ainsi formée à des besoins nouveaux, dont il avait pleine conscience. Cette doctrine se présentait comme un renouvellement ou plutôt comme une interprétation de celle de Platon. C'était, en tout cas, une interprétation fort libre, qui associait aux enseignements de l'Académie beaucoup d'idées empruntées aux Pythagoriciens, à la tradition péripatéticienne et au Portique, sans compter celles qu'elle y ajoutait d'elle-même. D'étranges contrastes.

comme 11 est naturel, devaient résulter de cette fusion d'un passé lointain avec un présent si différent. Aucune école n'a poussé plus loin l'abstraction ; aucune, non plus, n a fait plus large part au sentiment ; d'un côté, une extrême subtilité, un abus de l'analyse qui se perd en distinctions innombrables ; de l'autre côté, une ferveur poussée jusqu à l'exaltation. Ce double caractère, si peu fait pour plaire à l'esprit moderne, fut pourtant la raison même du succès du néoplatonisme. Par l'abstraction et la subtilité, il réussit à concilier, en apparence du moins, des croyances, des traditions, des doctrines diverses ; par l'appel à la sensibilité, il donna satisfaction aux tendances mystiques qui régnaient alors. Le résultat fut une construction, fragile sans doute dans son ensemble, puisqu'elle ne réussit guère à durer plus de deux siècles environ, et néanmoins contenant des éléments qui ont subsisté sous d'autres formes et dans d'autres combinaisons.

l'Élément monothéiste dans le néoplatonisme. — Depuis des siècles, comme on l'a vu, l'esprit grec tendait, sans se dégager entièrement du polythéisme, à le simplifier, en le subordonnant à la conception d'un dieu suprême, en qui se condensait, pour ainsi dire, l'idée essentielle de la divinité. Cette tendance, Plotin, par la hardiesse d'une abstraction que rien n'arrêtait, la poussa jusqu'à un point où elle semble un défi à l'intelligence humaine. Le Dieu du néoplatonisme est, en effet, au delà de toutes les formes sensibles, au delà de tous les attributs imaginables, au delà de toute détermination précise ; il ne peut être ni défini ni par conséquent nommé. C'est seulement par une opération logique que la pensée, incapable de l'atteindre directement, peut se faire une idée de ce qu'il est. La pluralité

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