‹ La civilisation helléniqueChapitre 36 sur 47 · I. — La CIVILISATION GRECQUE A RoME · texte numérisé non relu

I. — La CIVILISATION GRECQUE A RoME

C'est une vérité banale, mais incontestable, que Rome, pojjur achever son éducation intellectuelle et morale, a dû

se mettre à l'école de la Grèce. Les Romains eux-mêmes ont été les premiers à le reconnaître et ils s'en sont fait honneur. Sans doute, cette acceptation d'une influence étrangère ne fut pas chez eux un renoncement à leur caractère propre. Tout en s'hellénisant, ils restèrent romains. Mais leur culture a été une culture grecque. C'est à la Grèce qu'ils ont dû leur littérature, leur philosophie, leurs connaissances scientifiques et leurs arts. C'est elle qui les a faits complètement humams. Qu'elle leur ait apporté en même temps des défauts et même des vices, on ne peut le nier : n'est-ce pas là dans toute civilisation très développée la contrepartie inévitable du bien ? La Grèce vieillie n'avait pas su réagir assez vigoureusement contre ce mal intérieur ; la Rome impériale ne le sut pas davantage. Il n'en est pas moins vrai que, dans sa décadence même, les plus hautes vertus qui subsistèrent en elle furent inspirées par l'idéalisme grec.

C'est dans l'ordre politique que Rome a le moins subi l'influence de la Grèce ; il semble même, si l'on s'en tient aux institutions, qu'elle y ait complètement échappé. La république a évolué chez le peuple romain par des causes qui lui étaient propres, en dehors de toute influence extérieure ; et l'empire a succédé à la république parce que les circonstances en avaient préparé l'avènement. Mais l'histoire des institutions ne se confond pas avec celle des idées et des sentiments. Si nous considérons chez les Romains, d'une part les théories politiques, d'autre part les lois et les sentiments, il est impossible de méconnaître que la part de la Grèce y a été grande. La République de Cicéron n'aurait pas été conçue si Thucydide, Platon, Aristote, Polybe et d'autres historiens ou philosophes n'eussent écrit auparavant ; et, si la République est l'œuvre d'un

homme d'étude, il ne faut pas oublier que cet homme d étude fut aussi un homme d'Etat en relations constantes avec d'autres, qui s'intéressaient aux mêmes sujets. Quant aux lois romaines, n'est-ce pas aussi sous l'influence de la philosophie grecque que nous les voyons s'adoucir, s'humaniser, à mesure que pénètre dans la société latine l'esprit hellénique ? Enfin, si le sentiment de la liberté a subsisté encore sous l'Empire, s'il s'est manifesté même parfois sous forme d'opposition, comment méconnaître qu'à côté des souvenirs traditionnels et des résistances aristocratiques, les doctrines stoïciennes y furent bien pour quelque chose ? Tout cela est si évident qu'il n'y a même pas heu d'y insister.

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