II. — La CIVILISATION GRECQUE ET LE CHRISTIANISME
Si du paganisme romain nous peissons au christianisme, la part de la civilisation hellénique n'y est pas moins mîmifeste. Ne parlons pas ici de la période évangélique de la religion nouvelle, bien que, là même, l'influence grecque puisse être sentie et signalée ; elle n'y est, en tout cas, que secondaire. C'est un peu plus tard qu'elle prend toute sa force, lorsque le christianisme pénètre dans les classes cultivées. Qu'y rencontre-t-il en effet ? Des esprits préparés par la civilisation hellénique à l'intelligence des choses spirituelles. Ses premiers apologistes, notamment Justin, le plus remarquable d'entre eux, sont des disciples du platonisme, qui ont pris dans les écoles grecques l'habitude du raisonnement, de l'étude des idées, et qui cherchent à formuler leurs sentiments dans le langage de la philosophie grecque. Puis viennent les docteurs proprement dits, les
Clément, les Orlgène, l'Ecole d'Alexandrie, qui organisent la théologie du christianisme ; ce qui revient à dire qu'ils font entrer les croyances nouvelles dans les cadres intellectuels préparés par la pensée hellénique. Et lorsque la religion chrétienne prévaut définitivement, au IV® siècle, l'essor littéraire qui accompagne sa victoire est en quelque sorte une prise de possession de l'hellénisme par ses vainqueurs. Dans l'éloquence et la dialectique de ses orateurs, dans l'érudition de ses historiens, dans le travail patient de ses chronographes, c'est l'esprit même de la Grèce, c'est le savoir constitué par elle, ce sont en partie ses méthodes qui revivent. La facilité charmante de S*" Basile, l'abondance ingénieuse de S* Jean Chrysostome, l'élégance savante de S* Grégoire de Nazianze ne procèdent-elles pas de toute la littérature grecque, aussi bien de la poésie que de la prose, comme de leur source naturelle ? Ajoutons que l'hellénisme pénétrait encore dans le christianisme d'autre façon. C'était la philosophie grecque qui alimentait toutes les hérésies ; et c'était elle aussi qui fournissait à l'orthodoxie beaucoup des armes qui lui servait à les combattre. Elle était présente, pour ainsi dire, dans toutes les discussions d'où naissaient les formules dogmatiques, elle inspirait presque également les partis en lutte. Et, d'autre part, en dehors des conflits, dans le domaine plus paisible de la morale, ne fournissait-elle pas à l'enseignement chrétien la plus riche variété de préceptes, de conseils, d'observations et d'exemples, trésor que celui-ci pouvait s'approprier sans scrupule, puisqu'il y trouvait l'expression exquise de la raison pratique et des meilleurs sentiments dont vit l'humanité ? Aussi le christianisme, dès qu'il se sentit assuré de la victoire, reconnut-il de lui-même sa dette envers la civilisation grecque. L'homélie de S^ Basile
aux jeunes gens Sur la manière de tirer profit des auteurs profanes est comme le manifeste d'un rapprochement, qui, sans cloute, ne se faisait pas sans de sérieuses réserves, mais qui n'en était pas moins l'aveu d'une large communauté de sentiments,