III. — La civilisation grecque au moyen-age
L'alliance ainsi contractée dès le IV® siècle était destinée à subir plus d'une vicissitude, mais elle tenait à des causes trop naturelles pour être jamais rompue complètement. Comme on pouvait s'y attendre, ce fut dans l'Orient grec qu'elle se maintint le plus solidement. Bien que chrétienne, la civilisation byzantine se montra l'héritière et à beaucoup d'égards la continuatrice de la civilisation hellénique, dont elle procédait en ligne directe. 11 ne pouvait en être autrement. En Occident, les choses se présentaient sous un cispect différent. Là, c'était la civilisation latine qui s'était étendue partout. Ce fut elle encore, qui, après avoir subi l'assaut des invcisions barbares, restaura peu à peu la tradition des études et releva l'esprit humain de sa déchéance peissagère. 11 n'en est que plus curieux de voir la Grèce exercer pourtant son influence dans ce domaine qui semblait lui être étranger. On sait par quel détour elle y pénétra. Ce furent des traductions latines, ou plutôt de pauvres manuels latins, où survivaient quelques débris du savoir et de la philosophie helléniques, qui rendirent possible, au temps de Charlemagne et de ses premiers successeurs, la restauration des écoles. Déjà, sous cette forme, quelque chose des pensées de Platon, d'Aristote et de Plotin s'insinuait dans cette demi-barbarie. Grâce à Jean Scot Erigène, à Gerbert, à Bérenger, à Lanfranc, à Pierre Damien, à
s* Anselme, cette première connaissance s'élargit entre le IX® siècle et le XI®. Vers la fin de cette période et au commencement du XII® siècle, au temps de Roscelin, de Guillaume de Champeaux, d'Abailard, la querelle des réalistes et des nominalistes oppose les partisans de Platon à ceux d'Aristote, dont VOrganon était connu en Occident depuis le règne de Charlemagne, mais dont le crédit grandissait au milieu de ces conflits. Il s'accrut rapidement lorsque de nouveaux écrits de lui se répandirent dans le cours du XII® siècle, à la faveur des traductions qu'en avaient faites les philosophes arabes. Ces traductions, les docteurs juifs les retraduisaient en hébreu, et par l'hébreu les rendaient accessibles aux savants de ce temps. Ce fut ainsi qu'au XIII® siècle Alexandre de Haies, Albert le Grand se firent les propagateurs de l'aristotélisme, interprété selon leur esprit. S*" Thomas d'Aquin, en y mêlant des emprunts faits à Platon et au néoplatonisme, en tira une doctrine plus large, plus savamment coordonnée, à laquelle Duns Scot fit une opposition que continua plus vivement son disciple Occam. En somme, c'était la philosophie grecque qui, avec les enseignements des Pères et les dogmes définis par les Conciles, faisait les frais de ces longues et mémorables disputes. Sous les subtilités dont l'enveloppait la scolastique, elle était le ferment qui excitait les esprits ; et déjà, tout en se mettant ordinairement au service de la théologie, elle préparait l'avènement d'une philosophie indépendante.
MONDE moderne.
Avec la Renaissance, s'ouvre, dès la fin du XV® siècle, une période nouvelle pour l'influence de la civilisation