‹ La civilisation païenne et la religionChapitre 10 sur 120 · Suétone, Vie d'Augusle, XCIT · texte numérisé non relu

Suétone, Vie d'Augusle, XCIT

Voici des échantillons de leur esprit inventif! Deux dieux spéciaux donnaient la vie et le sentiment à l'enfant qui allait naître : ils s'appelaient Vifumnus et Sentinus. Deux déesses faisaient prendre une heureuse position à l'enfant dans le sein maternel : elles s'appelaient Prosa et Posteerla. Dès que l'enfant naissait, le dieu Ops venait à son secours ; dès qu'il était en état de vagir, Vaticanus lui ouvrait la bouche; Fabulinus lui faisait prononcer Îa première parole. La déesse Cunina veille sur son berceau, Rumina lui fait donner le sein, £duca ui apprend à manger, Pohina lui apprend à boire. Quand l'enfant commence à marcher, quatre déesses sont chargées de le protéger : deux l’accompagnent, quand il sort de la maison; deux autres, quand il y rentre. Ces déesses s’appellent Ahbeona et Adeona, lterduca et Domiduca. Dès que l'enfant grandit, Juventas l'accompagne ; Barbatus lui fait pousser la barbe; Sfimula lui fait sentir l’aiguillon du désir; Numéria lui apprend à compter ; Camæna lui apprend à chanter; Sérenua lui donne la vaillance; Census lui inspire de bons conseils, ete., etc. Les dieux protecteurs des choses élaient tout aussi nombreux. Rusina protégeait les champs; Collatina, les col- lines; Valonia, les vallées: Sterquilinius, la fumure; Sator, les semailles ; Sarritor, le sarelage; Runcina, le fauchage. Séia protégeait les blés

semés et encore sous terre ; Segetia, les blés bons à moissonner; Tutelina les blés récoltés et rentrés, etc., etc!l. On pourrait poursuivre cette nomenclature, si l'on ne craignait pas de fatiguer le lecteur. Mais ce que nous venons de dire suffit pour montrer que les Romains passèrent maîtres dans la fabrication des dieux. Ils les multipliaient à un tel point que Pétrone pouvait dire en plaisantant : «Il nous est plus facile de trouver un dieu qu'un homme?. »

Les philosophes et les sages, Cicéron entre autres, n'osèrent Jamais se prononcer catégori-. quement au sujet de Îa divinité et n’essayèrent même pas de convertir le peuple à de saines idées. L'illustre orateur latin parle alternativement de Dieu et des dieux, et cette dernière expression se. trouve beaucoup plus fréquemment sous sa plume que la première. IL dit, d'une part, qu'on doit se représenter Dieu comme un esprit, libre, distinct de : tout ce qui est périssable, connaissant et mouvant tout; il dit, d'autre part, que cet esprit divin est probablement quelque chose de matériel, feu, air ou éther : le cinquième élément d’Aristotes, Dans son livre des Los, il ne parle pas une seule fois du Dieu suprême, et il prend énergiquement

1. Dezobry, Rome au siècle d’Augquste, lettre XXX. 2. Pétrone, Satyricon XVII.

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