‹ La civilisation païenne et la religionChapitre 114 sur 120 · PC PE PI ST O · texte numérisé non relu

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puberté arrivait, on en choisissait un autre!.

[l y avait dans le paganisme des prêtres et des prètresses; mais on ne tenait pas compte pour cela du sexe de la divinité. Ainsi Hercule, Neptune et Bacchus avaient des prètresses, tandis que Diane et Minerve avaient des prètres. Les prètres vivaient aux dépens de l'autel : ou bien ils prélevaient quelque chose sur les victimes offertes ; ou bien ils avaient une part dans les revenus des biens sacrés; ou bien ils allaient dans chaque maison lever des taxes pour l'entretien du culte; ou bienils exigealent un paiement de la part de ceux qui pénétraient dans le temple. Certains prêtres, ceux d'Olympie et de Delphes, par exemple, arrivèrent à amasser des fortunes considérables, et ils prètèrent de l'argent à intérêt à quelques-unes des républiques de la Grèce, comme le font les grands banquiers de nos jours. Grâce à la multitude des dieux antiques et à la complication du culte de chacun des dieux, le sacerdoce païen était très nombreux et très varié: et ce nombre et cette variété, loin de diminuer, augmentèrent encore, lorsque les Romains supplantèrent la Grèce dans la domination du monde.

Les prêtres romains formèrent des corporations distinctes, indépendantes les unes des autres. Il

1, Pausanias,liv. VIT, Chap. XxIv.

y avait les Pontifes, les Flamines, les Saliens, les Luperques, les Vestales, les Potitiens, les Pinariens, les Tatiens, les Galles, les Curions, les Epulons. les Arvals, les Féciales, les Quindécemvirs, les Septemvirs, les Augures, les Aruspices, les Fulgurateurs, les Victimaires : et quand l'empire eut remplacé la république, les collèges sacerdotaux se multiplièrent encore. Auguste se contenta d'augmenter le nombre des prêtres de certaines corporations et fortifia leurs privilèges ; mais les successeurs d'Auguste firent mieux. En l'an 14 après Jésus-Christ, on institua les Augustales, corps de prêtres composé de vingt-cinq individus recrutés dans les familles les plus notables et destinés à entretenir le culte d'Auguste divinisé. Puis, comme celte manie de déifier les empereurs qui mouraient persista, on créa tour à tour des Claudiales, des Tiliales, des Flaviales, des Adrio-

nales, ete. L'opinion publique acceptait ces fonda- :

tions, et, en général, tous les empereurs, même les moins superstilieux, respectèrent ou affectèrent de respecter le sacerdoce. Ils prenaient tous le titre de souverain pontife, et quelques-uns d’entre eux se faisaient agréger à un ou deux ou trois collèges sacerdotaux.

Ces collèges se distinguaient l’un de l’autre par leurs fonctions diverses, et la plupart, il faut le reconnaître, se faisaient remarquer par la singula-

| rité et rene de leur culte. Les Saliens, | prètres du dieu Mars, voués à la garde des Anciles, | boucliers sacrés en airain, faits à l'image d'un 5 bouclier tombé du ciel, aux pieds de Numa, pen- PE

dant qu'il offrait un sacrifice, les Saliens célé- braient chaque année, au mois de mars, une fête “#4 | renommée par ses bouffonneries. Ils faisaient, par $ a ville, une procession qui durait quatorze jours. et dans laquelle ils portaient les fameux boucliers en exécutant des danses sacrées, ce qui leur avait valu le nom de Saliens. Des chanteurs et des joueurs de flûte accompagnaient le cortège. Le dernier jour de la procession, un paillasse quel- # conque, nommé Mamurius, enveloppé de peaux épaisses, se môlait au cortège et se laissait rouer . de coupsde bàton, aux applaudissementsde lafoule. 4 Les Luperques n'étaient pas moins comiques. 4 Déjà, du temps de Cicéron, les gens d'esprit regar- és, daient comme peu honorable d’appartenir à cette ca- 200R tégorie de prêtres. Dans son plaidoyer Pro Cælio, 0 | Ciceron justifie son client d'avoir été Luperque,et, pour l'excuser, il raconte que les premiers Luperques furent des paysans grossiers et que cette corporation s’était fondée avant que la civili=00 sation ne fût introduite et avant qu ‘on ne connût le règne des lois!. Pour la fête du dieu Pan, le 04 |

| 4. «Coitioillasilvestris ante est instituta quam humanitas atque Jeges. » (Pro Cælio, xt.) ue.

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15 février, les Luperques s’assemblaient au mont Palatin, nus, avec une ceinture au bas des reins et frottés d'huile. Le roi des Sacrifices, présent à la cérémonie, touchait le front de chaque Luperque avec un couteau teint du sang de la chèvre ou du chien qu’on venait d'immoler, l’essuyait ensuite avec de la laine trempée dans du lait. Puis les peaux des victimes étaient découpées en lanières et distribuées aux Luperques, qui se répandaient dans la ville el les environs, frappant tout le monde sur leur passage avec les lanières qu'ils avaient reçues. Les femmes tendaient la main à cette flagellation, dans la crovance qu'elle avait la vertu de rendre fécondes les épouses stériles et de procurer aux autres une heureuse délivrance.

Que dire des Augures, des Aruspices, des Fulgurateurs, ministres si importants et si influents de la religion païenne ? Ces prêtres-là avaient pour mission d'interpréter les phénomènes physiques en tant que manifestations de la volonté divine. Ils croyaient, 1ls faisaient croire que les dieux parlaient aux hommes par l'intermédiaire des êtres . matériels pour les avertir, les intimider ou les encourager. Ces devins surveillaient les météores, les éclairs, les changements de l’atmosphère ; ils surveillaient le chant et le vol des oiseaux; ils fouillaient dans les entrailles des bêtes immolées, pour y lire l'avenir. À Delphes, ils par-

laient au nom d’Apollon; à Dodone, ils parlaient au nom de Jupiter, Athènes les consultait pour toutes les alfaires importantes et soumettait à leur approbation les délibérations de son Aréopage; le Sénat romain faisait taire la majesté de son pouvoir et suspendait Les décisions de sa sagesse pour écouter les ridicules attestations d’un Augure ou d'un Aruspice.

Ces folles prétentions du sacerdoce païen, ces fonctions sacrées mêlées de tant de superstitions ridicules, de lant de farces puériles ou immorales, tout cela devait disparaître. Les oracles de Delphes devaient se taire, le feu sacré de Vesta devail s'éteindre, les Lupercales et les danses boutlonnes des Saliens devaient cesser leurs scandales, les Pontifes et les Flamines devaient perdre leur importance et faire place à un sacerdoce nouveau.

Nous comprenons, dira-t-on, que le Christ ait aboli les sacerdoces païens, superstitieux et impuissants, mais pourquoi a-t-il aboli le sacerdoce d'Aaron? N'était-ce pas un spectacle incomparable de voir tout un peuple, adorant un Dieu unique, groupé autour d'un temple unique, pendant que toutes les autres nations de l'univers s'avilissaient dans un affreux polythéisme, de voir, dis-je, tout un peuple s’isolant violemment pendant quinze siècles du reste de l'humanité; combaltant sans

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relâche les innombrables nations voisines qui en voulaient àsa foi monothéiste, autantqu'à son territoire; rebâtissant le temple détruit, au lendemain de ses défaites, avec plus d’empressement que ses propres foyers, la truelle d’une main et l'épée de l’autre; passant des fumées des sacrifices aux fumées des champs de bataille; pétrissant le ciment de ses murailles avec ses larmesetavecle sang desesennemis: gardant jusqu à la fin, à travers tous les naufrages, toutes les tempêtes, tous les malheurs, le trésor sacré de l’idée du vrai Dieu. Voyageur dans les déserts de l'Égypte, le peuple hébreu se préoccupe avant tout de se grouper autour du tabernacle où Moïse vient de déposer les tables de la Loi. Fixé dans la terre promiseavecla paix à toutes

ses frontières et l’auréole de la gloire à son front,

il se préoccupe avant tout. de fonder un temple superbe au vrai Dieu. Menacé, écrasé, vaincu par ses ennemis, 1l se préoccupe avant tout de sauver le temple et ses trésors. Exilé sur les rivages de l’'Euphrate, 1l suspend sa harpe aux saules du fleuve, et fait laire les cantiques sacrés, que les échos du temple doivent seuls répéter. Au retour de la captivité, les Macchabées donnèrent le dernier reflet de gloire au sacerdoce juif. Prêtres et soldats, du même coup de trompette, ils appellèrent le peuple aux cérémonies saintes et aux exterminations de l'ennemi. L'éclair de leursépées

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attira peut-être la foudre du ciel, car, après eux, la décadence fut rapide et irrémédiable.

Le sacerdoce juif succomba. [IIsuccomba, moins sous le poids de ses propres fautes que sous Île

poids de son imperfection native. La part que les

prêtres juifs prirent à la mort de Jésus leur aurait mérité le trépas, s’ils n'avaient déjà été condamnés par une incurable infirmité. Impuissance et inutilité : tels furent Les deux titres du sacerdoce juif à l'abolition, et il fut abolif.

Au fond, c'était un sacerdoce imparfait. Son premier défaut était de se propager par une succession charnelle. C'est par droit de naissance qu'on était prôtre, et la famille d’Aaron, en veillant sur la pureté de son sang aristocratique, se réservait les honneurs de la sacrificature. Or cela ne pouvait durer. Il fallait un sacerdoce prenant sa source non pas dans la chair et le sang, mais dans la gràce spirituelle?, se transmettant non par la génération et l'hérédité de la chair, mais par l'énergie .. d’une vie immortelle*, se prolongeant non par la succession du fils au père, mais par l’éternelle durée d’un ministère éternel. Il y a eu autrefois

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4 1. « Reprobatio fit præcedentis mandati propter infirmitatem - ejus et inutilitatem. » (Hebr., vu, 18).

2. « Sacerdotium Christi non sequitur carnis originem sed gratiam spiritualem, » dit saint Thomas.

3. «Non secundum legem mandati carnalis sed secundum virtutem vitæ insolubilis, » (Hebr., vir, 16.)

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plusieurs prêtres, continue l'écrivain sacré en traçant le portrait du prêtre idéal, — parce que la mort les frappait l’un après l’autre, il en fallait un qui demeurât toujours!. La loi mosaique établissait pour prêtres des hommes faibles et charnels, obligés d'offrir tous les jours des victimes, premièrement pour leurs propres défauts,etensuite pour les péchés du peuple. Or il fallait un pontife saint, innocent, sans tâche, séparé des hommes corrupteurs et corrompus*. Les prêtres Juifs desservaient un temple bâti de mains d'hommes; il fallait un prêtre pénétrant non dans un sanctuaire humain, mais dans le ciel même, en présence de Dieu. Les prètres juifs offraient des dons et des victimes terrestres :ombreset figures des choses d'en haut : or il fallait un prêtre offrant les biens du ciel et nous rapportant la possession de Dieu luimême. Les prêtres juifs prèchaient une loi écrite sur des tables de pierre; il fallait un prètre imprimant la loi dans les esprits et l’inculquant dans les cœurs. Les prètres juifs offraient des sacrifices incapables de purifier la conscience, puisqu'ils ne consistaient qu'en viandes et en breuvages’. Les ablutions extérieures, les purifications charnelles,

1. « Et alii plures quidem facti sunt sacerdotes, idcirco quod morte prohiberentur permanere. Hic autem eo quod maneat in æternum, sempiternum habet sacerdotium.» (Hebr., vi, 23, 2%.)

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