Saint Matth., v, 8. SAUT LAC EXT
du paganisme, du moins à un réveil formidable de l’athéisme. L'affirmation de Jésus est mise en doute. Il y a des bouches humaines qui disent : Dieu n'est pas. I! y à d'autres bouches humaines qui disent : Dieu est peut-être, mais il nous est possible de l’atteindre etilest inutile de lechercher. Ceux qui disent : Dieu n'est pas, sur quoi se fondent-ils? Ils ouvrent les yeux, ils voient la matière et ses mouvements merveilleux et ses prodigieuses métamorphoses et l’infatigabie perpétuité de ses travaux et l’immensité de son empire. Ils sont fascinés par ce spectacle, et ils croient qu'on peut expliquer tout cela par les énergies latentes et immanentes contenues dans les atomes primitifs et dansles forces inséparablement unies à ces atomes. D'après eux, il y a un progrès Inhérent aux choses, et ce progrès nécessaire nous explique les pérégrinations de la molécule matérielle dans les facettes du cristal, dans les tissus vivants de la plante, dans les organes sensitifs de l'animal, et dans le cerveau délicat de l'homme ; comme elle nousexplique les transformations des nébuleuses et la lente formation des étoiles. Un instinct aveugle, sans intention préalable, finit par tout régler, sinon dans l'ordre le plus parfait, au moins dans l'ordre relatif que nous conslatons et que nous admirons. Mais tout n’est que matière, la matière est tout etla matière suffit.
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L'Évangile proteste contre cette affirmation.
Non, la matière n'est pas tout. Non, la matière ne suffit pas. C’est en vain qu’on cherche à lui attribuer l’infinité, l'éternité, la toute-puissance créatrice, le mouvement, la vie, la pensée; c’est en vain qu'on cherche à la parer de toutes les beautés et de toutes les perfections; c'est en vain, en un mot,qu oncherche à la diviniser. Regardons de près cette idole, et nous constaterons sa pauvreté, son insuffisance, son impuissance.
En quoi consiste la matière essentiellement ? Nous ne le savons pas. Elle brille à nos yeux, elle à de l'éclat, des couleurs... mais que dis-je ? Get éclat, ces couleurs ne lui appartiennent pas, à proprement parler, et sont plutôt des modifica- Uons de notre sensibilité. A-t-elle au moins des sons, des murmures, des harmonies? Pas davanlage. A-t-elle da poids, de la pénétrabilité, de l'étendue? Peut-être ! Peut-être aussi ce sont là des attributs que je lui prête bénévolement ; c’est une parure que je jette sur sa pauvreté, et, en regardant de près, j'arrive à ne constater en dehors de moi qu'un je ne sais quoi, capable de mouvement qui m affirme sa présence, qui me révèle son activilé en heurtant mes organes, et se dérobe dans. la nuit après avoir excité ma curiosité. La matière est-elle la source du mouvement, de la vie, de la pensée ? Rien ne le prouve, et nous constatons
au contraire une contradiction flagrante entre le F À :
peu que nous connaissons de la matière, et ce que nous connaissons de la vie organique et de
la vie intellectuelle. |
Qu'est-ce donc que la matière? Une molécule en convulsion. Et si cette molécule s'organise de manière à former le calice d’une fleur, c'est que le Père céleste, c’est-à-dire une intelligence et une bonté suprême, dirigent son évolution. Considérez les lis des champs,comment ils grandissent… C'est Dieu qui les habille ainsi!. Etsi cette molécule s'organise de manière à former l'aile d’un papillon ou d’un oiseau, c'estque le Père céleste, c’est-à-dire uneintelligence et une bonté suprème dirigent son évolution.
Regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment n1 ne moissonnent, votre Père céleste les nourrit* Ne me parlez pas de l'éclat des sphères célestes et de leur harmonie et de leur éternité : /e ciel et la terre passeront, dit l'Évangile. Le soleil s'obscurcira, la lune se changera en ténèbres, les étoiles se heurteront les unes contre les autres, la terre tressaillera d'horreur, les hommes sécheront de frayeur et se briseront dans une confusion plus tumultueuse que celle des flots de la mer. Tout ce qui passe n'est rien, tout ce qui change n'est rien. La ma-
À. Saint Luc, chap. xxr.
. 2. Saint Matth., chap. vr.
… 3. Saint Matth., chap. vr.
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tière, puisqu'elle change et qu'elle passe, n'es rien. Dieu seul est véritablement.
Ceux qui disent : Dieu est peut-être, mais 1 nous est impossible de l’atteindre, et il est inutil de le chercher, sur quoi se fondent-ils? Il ouvrent les veux, ils prêtent l'oreille, ils étenden la main, ils palpent, ils pèsent, 1ls mesurent; et enivrés de la précision de leurs calculs et de certitude des résultats acquis, ils affirment qu l'expérience est l’unique lumière de l’homme comme le monde sensible est le seul objet dignt de nos recherches. Ils trouvent qu'avec l'obser. vation expérimentale le champ de notre activit est assez vaste, et que nous aurons assez à faire Observons, disent-ils,etexpérimentons. Observon: les propriétés des êtres corporels, leurs rapport: de divergence et de similitude, observons le: phénomènes dont ces corps sont le siège, évaluon: leurs mouvements et leurs forces. À l’observatior ajoutons l'analyse. Décomposonsles éléments don la matière est formée et étudions-les successive. ment jusqu'à leurs divisions extrêmes. A l’analys ajoutons l'induction. Comparons les faits au: faits, les phénomènes aux phénomènes, et nou: arriverons à formuler des lois. Nous parcourron: ainsi l'univers entier sur un terrain ferme et a grand soleil de l'évidence. Quant à Dieu qui n
x re,
St L'ÉVA
peut être observé, ni pesé, ni mesuré, à quoi bon s'en occuper ? Il échappe aux prises de notre
expérience, il échappe par conséquent aux lois de notre certitude, et le meilleur est de ne pas le rechercher.
L'Evangile proteste contre cette doctrine. Non,
il n'est pas inutile de chercher Dieu. Non, il n’est pasimpossible dele rencontrer.Ce qui estinutileetce qui estimpossible, c’est d'emprisonnernotre pensée dans le cercle du monde matériel. Le monde ma-
tériel ne suffit pas aux ambitions de l'esprit humain.
L'homme ne vit pas seulement de pain : il faut à
l’homme un autre aliment. Nous pouvons d’abord
parcourir avec un certain plaisir le royaume des
corps ; nous pouvons observer et expérimenter,
analyser et induire, peser et mesurer les forces, les mouvements, les phénomènes de la nature; mais, bientôt nous arrivons à des frontières. Explorateurs, nous nous heurtons à une muraille; plongeurs, nous touchons un fond, et nous nous
demandons ce qu'il y a plus loin. C’est l'esprit
humain frappant à la porte du monde invisible. Non contents de voir des phénomènes et de constater des faits, nous éprouvons le besoin de voir, par-delà les phénomènes, les substances et, par-delà les faits, les causes. Que dis-je ? Pardelà les substances créées nous cherchons la subs-
tance incréée, et par-delà les causes secondes nous