‹ La civilisation païenne et la religionChapitre 18 sur 120 · DRE AT A PES · texte numérisé non relu

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regardent le monde divin commeun monde chimérique, ni de ceux qui regardent le monde divin. comme un monde inabordable; nous croyons à la

Puissance de nos facultés comme à la réalité de: leur objet, et, grâce à l'Évangile, les certitudes de : la foi s'ajoutent aux certitudes naturelles pour nous

encourager à franchir les régions de l'univers créé,

et aller voir ce qui se passe au delà. Quand la. raison fatiguée ne pourra plus aller en avant, la foi

ouvrira ses ailes, et nous arriverons à connaître | quelque chose de Dieu.

Comment y arriverons-nous ?

Il y a plusieurs moyens de connaître quelqu'un. Si ce quelqu'un peut être vu directement et en face, nous venons devant lui, nous interrogeons l'expression de son visage, la profondeur de son regard, la sérénité de son front, le jeu de ses lèvres, en un mot tout l'ensemble de sa physionomie. Puis, nous écoutons sa parole, nous enten- | dons vibrer sa voix et nous apprenons ce qu'il porte de désirs, d'amour, de lumière au fond de son être ; nous avons le secret de sa vie, nous entrons | dans son intimité, nous le voyons tel qu'il est.

Est-ce ainsi que nous connaissons Dieu ici-bas? Non. Son essence est trop haute pour notre intel- | ligence trop grossière. Nous ne pouvons pas nous. dresser devant lui ni le regarder en face, nous ne pouvons pas pénétrer dans sa vie intime. Il y a

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loin de la terre au ciel, il y a loin de la créature au créateur, et prétendre à la vision directe de la Divinité, ce serait une folie de la part de la raison humaine. Comment donc arriverons-nous jusqu’à la nature de Dieu? Il nous reste un autre moyen.

Quand nous ne pouvons pas voir quelqu'un face à face, nous cherchons du moins à le connaître indirectement par ses œuvres. Un ouvrier met toujours quelque chose de son âme dans l’œuvre qu'il produit. Le sculpteur révèle la puissance de son génie dans la statue qu'il met en lumière ; le poète révèle l'étendue de ses pensées et la chaleur

de ses sentiments dans le poème qu'il met au

Jour; et plus lartiste est grand, plus il imprime énergiquement dans les entrailles du marbre ou dans l’airain du rythme les vastes idées qu'il a agi- {ées en son cerveau. Aussi, si nous voulons connaître un artiste, nous examinerons attentivement son œuvre.

Pourquoi n agirions-nous pas ainsi à l'égard de [a Divinité? Les œuvres de Dieu nous ont déjà révélé son existence, les œuvres de Dieu nous révèleront jusqu'à un certain point sa nature. Je dis jusqu'à un certain point, car il ne faut pas espérer pénétrer dans toutes les profondeurs de l'océan divin. Les œuvres humaines, quelque parfaites qu'elles soient, ne peuvent pas exprimer l'âme entière de leur auteur, à cause de la fai-

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| blesse de l’ouvrier et à cause des résistances de la! matière employée. Les œuvres divines, quelque parfaites qu’elles soient, ne peuvent pas exprimer la beauté entière de leur créateur, non point à cause de l'impuissance de l'ouvrier puisqu'il est toutpuissant, mais à cause des infirmités de la matière, et à cause de l’infinité de l'idéal divin. Ne comptez donc pas voir Dieu pleinement en le regardant dans ses œuvres. Que dis-je? Soyez bien réservés dans vos conclusions, soyez bien cireonspects dans vos procédés. N'allez pas, comme je l'ai déjà dit, n'allez pas, vous appuyant sur les ressemblances de l'effet et de sa cause, prêter à Dieu des imperfections qu'il n’a point et lui refuser des attributs auxquels il a droit. Souvenez-vous qu'il reste une distance infinie entre Dieu et ses œuvres, et dans ce trajet qui va du fini à l'infini, prenez garde de trébucher ou de vous fourvoyer.

Jésus nous a avertis du péril. Pour prévenir les illusions, il nous recommande de n'affirmer une perfection en Dieu qu'en supprimant les limites humaines. Ne nappelez point bon, dit-il, 4/ n’y a qu'un seul être quisoitbhon, c'est Dieu!. Nem'appelez. point maître, il n'y a qu'un seul être qui mérite ce nom, c'est Dieu. N'appelez personne votre Père, ul n'ya qu'un seul être qui mérite ce nom, c'est Dieu?

À. Saint Matth., XIX, 16, 17.

2; Saint Matth., XXIIT, 8,9.

La sagesse humaine nous fait la même recommandation. Elle nous dit de nous appuyer d’abord sur le principe de causalité, c'est-à-dire d'attribuer au créateur tout ce qu'il y a d’essentiel dans la créature ; elle nous dit ensuite de nous appuyer sur le principe de négation, c'est-à-dire de rapporter à la cause suprême ce que nous voyons dans les effets en écartant les bornes et les imperfections ; elle nous dit enfin de nous appuyer sur le principe d’analogie, c'est-à-dire de rapporter à la cause suprême ce que nous voyons dans les effets en poussant les perfections à l'infini. Discernons dans la nature et dans l’âme humaine ce qui est positif et affirmons-le de Dieu avec suréminence ; éliminons de la nature et de l'âme humaine ce qui est négatif et gardons-nous de l’attribuer à Dieu.

L'univers nous révèle la nature de Dieu.

L'ampleur de l'océan, la profondeur du ciel, les prodigieuses distances qui séparent les étoiles les unes des autres, les déserts de l'espace où des millions de soleils se promènent à leur aise, en un mot l’immensité du monde nous révèle l’immensité de Dieu. La multitude des choses créées, le nombre étonnant des grains de sable et des astres du ciel, ces mondes innombrables que nos téles- -copes découvrent derrière les mondes anciens, les amas de nébuleuses qui s'accumulent les unes à

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côté des autres, en un mot l'infinité des êtres matériels nous révèle l’infinité de Dieu. La lente formation des choses, les longues périodes qui ont présidé à la création des continents et des générations végétales et des générations animales, la longévité de l’homme, la longévité de la terre; en un mot, tout ce qui dure nous révèle l'éternité de Dieu.

Mais prenons garde. Malgré certaines analogies, il y à un gouffre entre la nature des choses et la nature de Dieu. Dieu est tout entier partout, l'uni-|

vers est par C1 par là. Dieu est tout entier toujours, l'univers n’est que succession et change-| ment. Dieu possèdetoutson être dansune indivisible simplicité, l'univers est multiple, divisible, rela-

üf, imparfait. Ainsi Dieu est supérieur, antérieur, extérieur au monde, et nous sommes finalement obligés de dire avec la Bible que le monde n’est rien à côté de Lui!.

L'âme nous révèle la nature de Dieu.

Cette force mystérieuse, qui ne peut être ni divisée, ni pesée, ni mesurée, qui échappe aux. étreintes de l’espace et à la mesure du temps, qui donne le mouvement et la vie à notre corps, qui organise et maintient la multitude des molécules

matérielles dans un ordre déterminé, qui réduit à.

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