‹ La civilisation païenne et la religionChapitre 21 sur 120 · Saint Marc, chap. xur · texte numérisé non relu

Saint Marc, chap. xur

est bon, et, comme bon, il est incomparable, dit l'Évangile. Dieu est Père, et comme Père, il est incomparable ; Dieu est maitre, et comme maître, il est incomparable. Dieu est immense, Dieu est immuable, Dieu est éternel ; à tous ces points de vue, il est incomparable... et tous ces attributs, toutes ces gloires le placent à une hauteur inaccessible et lui font une magnifique solitude!.

Cette belle doctrine, sans doute les Juifs la possédaient, avant que Jésus ne prit la parole. Moïse, les juges, les Prophètes, tous les sages d'Israël, avaient proclamé le Dieu Un, le Dieu pur esprit, le Dieu distinct et maître du monde?. Tous, pendant la grande nuit du paganisme, alors que la plupart des nations du globe dormaient aux pieds des idoles, tous avaient fait briller, comme un phare, cette éclatante idée du Dieu

1. Solitudinem quamdam de singularitate præstantiæ suæ possiens, unicum est. Tertullien, Adv. Marcionem, 1.

2. Certains auteurs ont mis en doute la pureté de la croyance juive au sujet de l'unité de Dieu. lls ont dit : les Juifs s'imaginaient que les autres peuples avaient des dieux autres que le leur ; donc les Juifs étaient, philosophiquement parlant, des polythéistes. Cette interprétation des idées juives est certainement erronée. Que le peuple grossier n’eût pas une notion très nette de la nature de Dieu, soit ; mais la Bible, mais Moïse, mais les prophètes ont bien soin d'affirmer qu'il n'y à qu'un seul Dieu pour toute l'humanité, un Dieu créateur du monde, et maître de tous les royaumes de la terre. Ce dogme s'est constamment conservé dans la race juive, malgré les tendances polythéistes du peuple: Voir Deut 1V,35;:xxx1r, 39: II Reg., vir, 22; III Reg., vit, 60 ; Sap., XIT, 13; Is., XXX VI, 16, XL; 10, XLIV, 24.

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personnel et vivant; tous l’avaient maintenue en Judée, malgré les tendances idolâtriques et les défaillances momentanées d'un peuple grossier. Mais Jésus a eu la gloire d'affirmer avec une énergie nouvelle cette idée et de lui faire franchir les frontières du royaume d'Israël pour la

propager dans le monde entier. De plus, Jésus

a ajouté quelque chose à la notion juive. Les Juifs voyaient surtout en Dieu la toute-puissance et la majesté d'un Maitre souverain; Jésus, après avoir affirmé l’unité et la toute-puissance, a affirmé

encore plus, — et c'est là le caractère particulier de son enseignement, — il à affirmé encore plus la bonté.

En fixant ses regards sur [a divinité, Jésus à

discerné cet attribut spécial qui semble lui faire

oublier tous Les autres attributs, et sur lequel il revient avec une insistance toujours nouvelle. Jéhovah, n’est plus Jéhovah, c’est le Père céleste; Dieu

n’est plusle Dieu des armées, c’est le Père de famille

et le bon Pasteur. Il est évident que cette notion

de Dieu est nouvelle. On peut trouver dans les

auteurs païens une phrase, un trait, un mot qui

indique cette idée, et on les trouve en ellet; mais ces éclairs passagers se perdent tout de suite dans les ténèbres. Ce sont des lueurs, qui, en éblouissant, fatiguent le regard plutôt qu'elles ne l’illuminent et, après leur apparition, l'obscurité devient plus

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grande qu'auparavant. Le paganisme n’osait pas :

contempler Dieu sous ce point de vue spécial, et, sil écrivait sur le frontispice de ses temples: Deo Optimo, au Dieu très bon, immédiatement après il ajoutail : e/ Haximo, et très grand, pour corriger la hardiesse de la première affirmation. Les Juifs

eux-mêmes, tout privilégiés qu'ils avaient été par les faveurs providentielles, ne considéraient pas

Dieu sous cet aspect. Ouvrez la Bible, et prenez un de ses nombreux tableaux où les prophètes peignent la Divinité, qu’entendez-vous? On vous parlera des colères, des fureurs, des vengeances de Jéhovah! La Bible, sans nier les attributs de bonté et d'amour, insiste surtout sur les attributs d'intelligence et de puissance : l'Évangile, sans nier les attributs d'intelligence et de puissance, in-

siste surtout sur les attributs de bonté et d'amour.

Le lon général de la Bible révèle le Dieu fort

14 plus que le Dieu bon; le ton général de l'Évan-

gile révèle le Dieu bon plus que le Dieu fort. D'un côté, c'est le Dieu maïtre, de l'autre, c'est le Dieu père.

Pourquoi cette place d'honneur à la bonté?

Pourquoi cette sorte de faculté maitresse que Jésus met en Dieu? Nous savons avec la haute philosophie qu'en soi on ne doit admettre aucune distinction réelle entre les divers attributs de

Dieu, ni entre Dieu et ses attributs, pourquoi |

donc Jésus donne-t-il une sorte de suprématie à la bonté, et pourquoi met-il particulièrement en relief cette prérogative? Cest que, de fait, la bonté révèle le mieux et le plus à l'esprit humain la nature divine. Pour saisir dans son ensemble et dans ses détails une magnifique chaîne de montagnes, nous sommes obligés de choisir un endroit déterminé, en dehors duquel nous serons ou trop en avant ou trop en arrière, ou Érop à droite ou trop à gauche. Choisissez ce point privilégié et fixez-vous-y. Il en est ainsi pour voir Dieu, et Jésus nous a marqué le point de vue le plus heureux. Voulez-vous connaître Dieu autant que l'humanité peut le connaitre ici-bas? Fixez la Bonté infinie.

Au sommet du monde et à l'origine des choses, il y a une Intelligence. Affirmation lumineuse qui nous rend compte enfin du spectacle qui est sous nos yeux. Nous nous demandions d'où venaient les beautés du Cosmos, le voici : une pensée créatrice et organisatrice a présidé à la formation de l'univers. Voilà pourquoi nous rencontrons partout les traces d’un dessein merveilleusement conçu et parfaitement exécuté; voilà pourquoi partout les moyens sont proportionnés à la fin; voilà pourquoi l'ordre règne partout, et si un désordre ou un mal apparaissent quelque part, voilà pourquoi nous voyons ce désordre ou ce mal s'éva-

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