CHAPITRE Ill
Après nous avoir révélé Dieu en lui-même, le | christianisme nous a révélé Dieu dans ses rapports | avec nous. |
Qu'est-ce que Dieu relativement à nous? Que | sommes-nous relativement à lui? Les anciens | l'ignoraient. Ils ne pouvaient se rendre compte ni. de l’existence du fini ni de l'existence de l'infini, ni | de leurs rapports mutuels. Le mystère couvraitces | problèmes d’un voile épais, et toutes les mains humaines faisaient des efforts impuissants pour soulever ce voile. Les plus grands philosophes devinérent quelque chose, entrevirent quelques lueurs, | jetèrent quelques éclairs; mais il leur fut Impos- | sible d'établir une doctrine précise, solide, décisive; et ils se perdirent dans les contradictions. . Platon, Aristote, Cicéron n’eurent Jamais l'idée de la création. Platon croyait que Dicu avait fa- | conné le monde à l’aide d’une matière primordiale éternellement existante. Aristote croyait que l’uni- | vers matériel n'avait ni commencement ni fin. La doctrine chrétienne a éclairé ces mystères, et, selon son habitude, elle les a éclairés catégo- |
riquement et avec une éclatante lucidité en nous
disant : Dieu est le créateur de l'homme.
L'humanité n’a pas toujours été sur la terre. fi y à cinquante ans, beaucoup d’entre nous n’exis-
taient pas; il y a cent ans, aucun de nous n'existait,
et si, hardis explorateurs du passé, nous remontons le long des siècles écoulés, nous arrivons à une époque où la terre était vide de l’homme. La science elle-même proclame ce dogme de l'apparition relativement récente de l'hommesur la terre. Elle a constaté et elle affirme que notre globe s'est
longtemps trouvé dans des conditions telles qu'il
était impossible à la race humaine de l'habiter. Où était l'humanité ? Où étions-nous à ces époques
lointaines? Nous n étions rien, nous n'étions pas.
Le soleil se levait vainement à l'horizon : aucun œil humain n'était là pour le contempler. La terre voguait vainement dans les mers de l’espace : elle n'emportait aucun passager avec elle. Nous n'étions rien, nous n'étions pas ; et voilà que maintenant nous vivons et nous sommes. Nous sommes debout sous le ciel; nos yeux boivent la lumière, nos oreilles s'émeuvent aux mille bruits de la créa-
tion, nous aspirons les souffles vivifiants que les
quatre vents du ciel nous apportent, nous dépensons dans des actes innombrables les forces vives de notre nature; nous jetons en dehors de nous les trésors d'activité dont nous sommes les dépo-
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sitaires : c'est la vie. Mais cette vie, à quelle. source l’avons-nous puisée? Ce grand don de l’existence, de qui le tenons-nous? Qui nous a poussé du néant à l'être ?
Les sages sont embarrassés. Les uns disent :
l'homme est le produit d'une génération spontanée. Les autres disent : l’homme est le produit d’une transformation d'espèce. De plus prudents disent : les origines de l'homme nous échappent. Le christianisme nous dit : l'homme vient de Dieu : cest Dieu qui est le père de l'humanité comme il est le père universel, |
L'homme ne s’est pas fait lui-même. Dire qu'il : est le fruit de l’évolution d'un germe primitif | ayant passé successivementet par de longues étapes de lhumble existence minérale à la vie plus glorieuse de la plante, de la vie de la plante à la vie de l’animal, de la vie de l'animal à la vie raisonnable; soutenir qu'il n’est rien de plus qu'un atome transformé peu à peu, à l’aide de ses instincts, de ses besoins, de ses victoires, à l’aide du temps, à l’aide du milieu, en être intelligent et libre, ce n’est ni scientifique, ni philosophique. …
Ce n’est pas scientifique, car l'expérience n’a … encore constaté aucun cas de génération sponta- à née ni de transformation aussi radicale. Ce n’est î pas philosophique, car que de miracles ne suppose point une telle théorie. Pour la soutenir, il faut
fit Es hiael
D or CRÉATEUR DE L'HOMME 57 attribuer à l'atome matériel ce qu'on refuse à Dieu : à savoir l'énergie créatrice et l'intelligence organisatrice. Au lieu du dogme si grand et si lumineux qui nous dit : Au commencement était l'intelligence et l'intelligence était Dieu, et tout a été fait par Dieu’, on est obligé d'admettre cet autre dogme mille fois plus obscur : Au commencement était l'atome et l'atome était Dieu, et l'atome créa le ciel et la terre *.
Loin de trancher les difficultés, le système évolutionniste les multiplie. Au mystère de l'existence d'un atome primitif, il ajoute le mystère de l’évolution spontanée de cet atome et le mystère du génie organisateur de ect atome, et pour échapper aux interventions d’une intelligence suprême, -on recourt aux interventions d’une inintelligence suprème. Est-ce philosophique? Est-ce raisonnable ? Parler d'une force inconnue qui pousse tout à la vie et à une vie de plus en plus développée, est-ce expliquer l’origine des choses? Au
1. In principio erat Verbum et Deus erat Verbum... omnia per ipsum facta sunt (Saint Jean).
2. Nous n'exagérons rien. Voici les propres paroles du matérialiste Büchner : L'atome ou la plus petite partie indivisible et fon- . mentale de la matière est le Dieu auquel toute existence, la plus infime et la plus relevée, est redevable de l'être.
3. On peut admettre un évolutionnisme modéré et croire à la transformation des espèces ; mais il est absurde d'admettre cet évolutionnisme radical, qui prétend que la pierre a pu d’ellemême devenir plante, la plante devenir animal, etc.
AR Ah, 2 EE Hp TE NET A OT M RON
lieu d’un Dieu, ne dresse-t-on pas un sphinx sur
le seuil de la création ? Mais les sphinx n’expliquent rien. À supposer que l’on démontrât expérimentalement la génération spontanée et la transfor-
mation d'un minéral en végétal ou d’un animal. en homme, resterait à savoir qui a mis dans la! malière cette spontanéité de génération et cette énergie transformatrice.
La doctrine chrétienne est autrement lumineuse. | Elle nous dit que l’homme vient de Dieu, et elle! nous dit pourquoi et comment. |
Nous ne sommes pas une émanation de la.
substance divine, comme l'ont prétendu certains | philosophes. La substance divine ne nous a été | communiquée ni en partie, car elle est indivisible, ni en totalité, car les marques de notre néant. sont trop éclatantes. Toutes les imperfections, toutes les douleurs, toutes les morts que nous trainons après nous comme des haillons, ne sauraient - | être le manteau d'une divinité, et par consé-. quent c'est une folie de dire que la substance de l'homme est tirée de la propre substance de |
Dieu. \ Par quel procédé sommes-nous donc sortis du néant? Par le procédé de la création. î
Nous sommes une création. Idée nouvelle! car * aucun génie humain, pas même celui de Platon, ne | l'avait entrevue ni pour l' adopter, ni pour la com-"
battre. Idée grandiose! car que ne suppose point cet