CHAPITRE V
: Avons-nous des devoirs à l'égard de Dieu? Quels sont ces devoirs? Tel est le deuxième problème qu'il nous faut examiner. Le paganisme commit de graves erreurs sur ce point, comme sur la question de la nature de la Divinité, et il a fallu l'intervention de Jésus pour promulguer exacten ent et définitivement les lois qui doivent régler nos rapports avec Dieu.
Cette seconde série de problèmes est intimement liée à la première.
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Étant données l'existence et la nature de Dieu, étant donnés les liens profonds et multiples qui rattachent la créature humaine au Dieu Créateur, Providence et Rédempteur, il est évident
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que l'homme ne peut rester indifférent vis-à-vis! de l'Étre Suprême; et quand la grande personnalité divine se dresse devant nos yeux, immédiatement des devoirs s'imposent à nous : devoirs de respect et d’adoration, parce que le premier caractère de la Divinité qui frappe notre regard, &'esl la grandeur; devoir de prière, parce que nous, sommes pauvres et que Dieu nous apparait comme infiniment généreux et riche; devoir d’expiation, parce que nous sommes pécheurs et que Dieu nous apparait comme infiniment saint; devoir d'amour, parce que ce Dieu si grand nous apparaît comme infiniment bon. Tous les sentiments de l'âme humaine par rapport à la Divinité se ramènent à lun de ces quatre devoirs. Toute la religion est là, car la religion est avant tout dans le for intime de l’âmef.
Examinons successivement ces devoirs et commencons par le devoir fondamental de l'ado- "ation.
Jésus nous dit dans l'Évangile que nous devons adorer Dieu et que nous devons l'adorer lui seul! Mais ici encore l'élévation et la supériorité de la doctrine évangélique éclatent avec une force in-
1. La théologie formule ainsi nos quaire devoirs principaux :
1. Sacrificium latreuticum: 11. Sacrificium impelralorium ; HT. Sa= crificium expialorium : IN. Sacrificium Eucharisticum.
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comparable, car Jésus nous dit tout de suite qu'à Dieu, pur esprit, nous devons avant tout une ado-
ration spirituelle. Le £emps est venu, alfirme-t-il
avec solennité à la Samaritaine, /e femps est venu
où les véritables adorateurs adoreront le Père en
Despril et en vérité!.
Ces grandes paroles condamnent les religions païennes, qui étaient des religions purement extérieures ; elles abolissent le judaïsme qui n'’attei-
gnait pas assez profondément l'homme intérieur,
et elles fondent la religion de l'esprit.
Voyons comment les anciens comprenaient
. l'adoration; nous dirons ensuite comment Jésus-
Christ l'a comprise.
Les anciens croyaient fermement à l'existence d’une puissance invisible, el cette puissance, qu'ils
confondaient avecles forces multiples de la nature,
se révélait à eux à chaque instant du jour. Eblouis, effrayés, écrasés par les phénomènes naturels, ils
sentaient la petitesse et la dépendance de l’homme,
el, pour avouer cette petitesse et cette dépendance,
en même temps que la grandeur et la souveraineté
des dieux, que faisaient-ils? Ils sacrifiaient. Ils absorbaient tout leur zèle religieux dans une multitude de sacrifices plus ou moins étranges, sans songer que le meilleur hommage à rendre à la
f. Saint Jean, 1v.
Divinité, c'est l'hommage de l'intelligence et du cœur.
Is offraient les prémices de leurs vergers et de leurs champs. Ils suspendaient des paniers de fruits ou des vases de légumes dans les rues de leurs villes où aux arbres de leurs campagnes. Ils faisaient des libations de vin, de lait, d'huile, de miel; ils brülaientdes bois odoriférants, de l’encens, des parfums de toute sorte. Ils immolaient des animaux, oiseaux ou quadrupèdes, et, quand ils voulaient louer les dieux d’une façon toute parti-. culière, ils immolaient non pas un seul, mais un. grand nombre d'animaux. Les hécatombes étaient | fréquentes. On trouve chez les Grecs des sacrifices de 450 bœufs offerts à Jupiter, de 500 chèvres offertes à Diane. Après la défaite de Trasimène, | les Romains immolèrent 300 bœufs au maitre des dieux. À la mort de Tibère et à l’avènement de GCaligula, on immola dans l'empire, en témoignage de la joie publique, plus de 160.000 victimes. | Auguste et Marc-Aurèle usèrent d’une telle quanlité de victimes qu'on disait : les bœufs et les veaux désirent que l’empereur ne revienne Jamais de ses voyages ou de ses campagnes, sinon leur mort est assurée. -
Outre les sacrifices, on faisait aux dieux des présents, ordinairement conservés dans les temples ; $ trépieds, statues, lampes, vases précieux, objets |
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pris sur l’ennemi, œuvres d'art de toute espèce. Le temple de Delphes et le temple d'Olympie reorgeaient de ces sortes de richesses.
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Voilà comment le paganisme comprit le devoir religieux. En soi, ce genre d’adoralion n'avait rien que de légitime. Offrir à Dieu une chose que br on détruit en son honneur pour reconnaitre son souverain domaine sur toutes choses, c'est le droit -naturel!. Malheureusement les païens oublièrent cette grande vérilé chrétienne, que tout sacrifice visible doit être l'expression d'un sacrifice spirituel, que l'offrande d'un objet matériel doit signifier Al offrande de l'âme elle-même, et que, dans l’ado- ‘ration, s'il Y a une chose accessoire : le signe extérieur, il y a une chose essentielle : la dévotion intérieure de l'esprit.? — Les paiens, négligeant les sentiments de l'âme, leurs sacrifices, “quelque nombreux et quelque coûteux qu'ils fussent, manquaient de ce qui pouvait leur donner du prix et manquaient même de raison d’être.
Aussi leur religion se perdit dans des prohibitions minutieuses, dans des pratiques insigni- fiantes, et parfois ridicules. Le triage des victimes dans les troupeaux était une affaire de grande im-