Euler, Lettre à une princesse d'Allemagne. 90° Lettre
? Dieu est-il vraiment bon? Jésus l’affirme avec une énergie el une insistance toujours émouvante ; et il est superflu de démontrer encore une fois cet attribut éminemment divin. Dieu serait-il Dieu, s'il avait la puissance sans avoir la bonté? Le plus grand des théologiens a dit : « la puissance divine, c'est sa bonté! »; confondant ainsi dans la même affirmation et dans lamême gloire les deux grandes qualités du Très-Haut. Ce sont deux rayons lumineux qui se confondent à leur point de départ et q 1 se divisent en tombant sur nous; ne les séparez donc point; et, si l’on pouvait disjoindre ces deux prérogatives, s'il était permis d'affirmer en Dieu une qualité aux dépens de l'autre, ilfaudrait dire que Dieu est Dieu en vertu de sa bonté infinie plutôt qu'en vertu de sa puissance. Au point de
vue humain, un être intelligent vaut surtout par ‘ dons du cœur. Un riche qui n'aurait pas d’entrailles est un misérable; un roi possédant un vaste empire, des armées innombrables, une autorité incontestée, n’en est que plus dangereux, si les qualités de son cœur ne répondent pas à la grandeur de son omnipotence. Sa grandeur ne doit être que la puissance de faire du bien. Le cœur, c'est l’homme, le cœur c’est Dieu; Dieu doit donc être bon.