‹ La civilisation païenne et la religionChapitre 67 sur 120 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

ont prescrit, et qui a donné lieu à beaucoup de cruelles superstitions : c'est l’expiation. L'homme ayant conscience d’un idéal moral à réaliser, et | étant doué d’un libre arbitre qui lui permet de. violer la loi morale, peut commettre le mal. Quand il commet le mal, il offense Dieu. Quand il à offensé Dieu, il est tenu de réparer, autant qu'il est en lui, l’outrage commis contre la souveraineté de l’Étre infini. De là résulte le grand devoir. de l’expiation. Ce devoir on le voit, implique di-. verses notions importantes : la notion de pureté. morale, la notion d’une possibilité d'une réhabilitation.

L'expiation est-elle un devoir religieux? Comment les païens ont-ils compris l’expiation ? Et} comment Jésus nous a-{-il apporté, à ce point de: vue, une doctrine supérieure? C'est ce que nous : allons voir.

Tous, nous sommes des coupables. Sans parler du mal héréditaire que nous apportons en nais-

LOI DE L'EXPIATION

sant, il nous est impossible de marcher quelque » temps sur la grande route de la vie sans soulever beaucoup de poussière et sans recueillir un peu de boue. À peine arrivés à l’âge de raison, la lutte morale commence pour chacun de nous, et nos passions sont trop vives, notre liberté est trop défaillante pour que la victoire se déclare toujours en notre faveur. Nous ne tardons pas à être des vaincus. Notre résistance est plus ou moins hé- roïque; mais de rudes coups nous sont portés, et . de nombreuses plaies saignent bientôt dans notre âme. L'orgueilou l’avarice, ou la luxure, ou l’envie, ou la colère, ou la paresse, ou la gourmandise, ou quelques-uns de ces vices coalisés, ou ces vices tous ensemble, prennent possession de notre cœur. À Nous déshonorons la haute dignité de notre âme en foulant aux pieds nos devoirs à l’égard de nous- mêmes, nous déshonorons notre prochain en fou- “ant aux pieds nos devoirs à l'égard d'autrui; nous | péchons par pensées en nourrissant des des coupables ou en laissant complaisamment errer. notre imagination sur toutes les fleurs du mal. Nous péchons par paroles en blasphémant, en calomniant, en injuriant Dieu ou les hommes.

Nous péchons par actions en refusant à Dieu ou aux hommes les biens auxquels ils ont droit, ou | en leur infligeant des maux qu'ils ne mérilaient pas. Ainsi, tous, nous sommes des coupables, et ê ul

au bout de quelque temps, chaque âme humaine est souillée et défigurée.

Or nous ne pouvons souiller el déformer notre âme sans faire injure à Dieu. C’est là une vérité à laquelle l'Évangile a donné un relief incomparabie et qu'il importe d'établir solidement.

La loi de notre conscience est dans un rapport étroit avec Dieu, d’après la doctrine évangélique. Cette loi n’est pas une pure abstraction : nébuleuse du ciel de la pensée, qui naitrait, brillerait et mourrait en jetant une clarté douteuse. Elle n’est pas le produit exclusif de la raison humaine. Non : elle est la parole mème de Dieu: Verbum Dei. C'est la bouche de Dieu qui dit à homme : tu adoreras et tu aimeras le Seigneur; tu honoreras ton père et ta mère ; tu ne voleras point; tu ne tueras point; tu ne forniqueras point, etc., etc. Les commandements de notre raison sont des commandements divins; les prohibitions de notre raison sont des prohibitions divines; et l’un des crimes que Jésus reproche aux Pharisiens, c'est de souiller l’or pur des préceptes de Jehovah par l'alliage des préceptes exclusivement humains. « Vous anéantissez la parole de Dieu par une tra- « dition dont vous ètes vous-mêmes les auteurs!. »

1.« Rescindentes verbum Dei per traditionem vestram. »(Saint Marc, chap. vu, 13.)

Done dis-je? Dieu est la justice vivante. La loi Bo est non seulement d’origine divine, mais . encore d'essence divine; et à la rigueur, il est “inexact de dire que Dieu est l’auteur de la loi. Dieu n’est pas plus l’auteur de la loi qu'il n’est l’auteur de sa propre existence !. La loi fait partie de son essence incréée. Toute prescription, toute vertu a . pour raison et pour type la Divinité elle-même. Nos devoirs envers le prochain, nos devoirs envers nous-mêmes sont des devoirs envers la sainteté infinie de Dieu, de telle sorte que toutes nos obligations morales sont des obligations reli- 5 |

De même que Dieu est le principe de la loi, Hors l'Évangile, il en est le gardien jaloux et il en surveille attentivement l'exécution. Les textes évangéliques sont nets et énergiques à cet égard. Le Père céleste regarde et voit tous nos actes, ceux que nous commettons à la face du ciel, ceux que nous cachons dans les ténèbres de Ja nuit, ceux qui restent ensevelis dans le secret de notre conscience. Nous aurions tort de nous inquiéter du regard des hommes; mais malheur \ nous, si nous ne nous inquiétons pas du regard de Dieu. Écoutez la doctrine évangélique : « Prenez « garde de faire vos bonnes œuvres devant les

hommes pour être vus d'eux, car vous ne recevrez point la récompense de notre père céleste. Quand vous faites l’aumône, ne sonnez pas de la trompette devant vous, comme font les hypocrites au milieu des rues et des synagogues, afin d'être honorés des hommes. Que votre main gauche ignore ce qu'a donné votre main droite, et votre Père céleste, qui voit ce qui se passe dans le secret, vous le rendra. Quand vous priez, vous ne ferez point comme Îles hypocrites qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux angles des places publiques, afin d'être vus des hommes; je vous le dis, ils

vous priez, entrez dans votre chambre, et, après

ont recu leur récompense. Pour vous uand

en avoir fermé les portes, priez votre Père en

secret, et votre Père, qui voit dans le secret, vous ” | le rendra. » Et plus loin encore, il insiste sur la même idée. « Lorsque vous jeûnez, ne soyez 1 pas tristes comme les hypocrites, qui affectent 1 de paraître avec un visage pàle pour faire voir à

aux hommes qu'ils jeûnent; je vous le dis : ils

ont recu leur récompense. Pour vous, lorsque 4 vous jeûnez, parfumez-vous la tête, et lavez- F vous le visage, afin de ne pas faire voir aux à hommes que vous jeûnez, mais seulement à à

votre Père céleste qui est présent à ce qu'il y &. de plus secret (ici, la formule revêt un peu.

Fée RIT ee di

Lo

4 AN th PE « plus d' énergie), et votre Père qui voit dans le * secret vous le rendra.

Dieu est plus que le MER de la loi morale, il en est la sanction. Mille passages de l'Évangile en témoignent. Nous aurons à rendre compte de 1 la plus petite action, du moindre désir, de la der- nière pensée. Le plus infime grain de poussière égaré dans les profondeurs de notre conscience ‘ai nous sera reproché. « Tout ce qui est couvert 10 « sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu. « Les choses que vous dites dans les ténèbres 104 Ex seront répétées dans la lumière, et ce que vous « racontez à l'oreille, dans le secret de vos 7 chambres, sera proclamé sur les toits?. » Nous aurons à rendre ROLE d’une parole oiseuse.

« Je vous le dis, s’écrie Jésus, au jour du juge- « ment, les hommes ours detoute « parole oiseuse*. » Nous serons félicités pour un verre d’eau jee au nom de Dieu. « Qui- « conque donnera au moindre des miens un verre « d’eau froide, celui-là, je vous le dis en vérité, | «ne perdra pas sa récompenses. » En un mot «© vous ne sortirez point des mains de Dieu que 2 vous n'ayez payé jusqu’à la dernière obole;. » Fe

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